Le ministère public a requis jeudi 18 ans de réclusion criminelle contre l'adolescent accusé d'avoir tué l'an dernier, à l'âge de 14 ans, une surveillante de son collège en Haute-Marne, un meurtre qui avait provoqué une onde de choc nationale.
Le ministère public a demandé au tribunal pour enfants de ne pas retenir l'altération du discernement de l'accusé au moment des faits, a précisé à l'AFP le parquet de Chaumont. Un suivi socio-judiciaire pendant dix ans a aussi été demandé.
La décision est attendue jeudi, alors que ce procès à huis clos, qui s'est ouvert mercredi à Chaumont, était initialement prévu jusqu'à vendredi. Du fait de son jeune âge (15 ans aujourd'hui), l'accusé encourt 20 ans de réclusion criminelle maximum au lieu d'une peine de prison à perpétuité. Il a été placé en détention provisoire depuis sa mise en examen il y a 13 mois. Le matin du 10 juin 2025, Mélanie, 31 ans, assistante d'éducation au collège Françoise-Dolto de Nogent, un bourg de 3.500 habitants en Haute-Marne habituellement paisible, avait été tuée à coups de couteau devant l'établissement.
Les faits s'étaient déroulés devant de nombreux témoins, lors d'un contrôle inopiné des sacs des élèves par des gendarmes devant le collège, précisément destiné à détecter d'éventuelles armes blanches. Le mis en cause, alors élève de troisième dans l'établissement, avait été maîtrisé sur place par un gendarme, blessant ce dernier à la main au moment de son interpellation.
«Perte de repères»
En garde à vue, il avait dit aux enquêteurs qu'il n'avait pas de «grief particulier» envers Mélanie, mais qu'il voulait s'en prendre à une surveillante, «n'importe laquelle». Sans antécédents judiciaires jusque-là, l'adolescent aurait mûri son projet quelques jours avant les faits, après qu'une autre surveillante l'aurait «sermonné» alors qu'il embrassait sa petite amie au sein du collège, avait rapporté à l'époque le procureur de Chaumont Denis Devallois.
Il «apparaît en perte de repères quant à la valeur de la vie humaine, à laquelle il ne semble pas attacher d'importance particulière», avait encore estimé Denis Devallois. S'inscrivant dans le contexte d'une série d'agressions au couteau en milieu scolaire, ce meurtre avait eu un très fort retentissement dans tout le pays, notamment dans les sphères politiques et éducatives.
Une cinquantaine de proches de la victime sont venus mercredi et jeudi à Chaumont en soutien à sa famille, portant des T-shirts à l'effigie de Mélanie et installant des banderoles ou pancartes près du palais de justice. «La gravité des faits doit guider la justice, pas seulement» l'âge de l'accusé, pouvait-on lire sur l'une de ces pancartes. «Une vie volée, une famille brisée. Notre justice est notre combat», disait une autre de ces pancartes.
Les parents de l'accusé sont aussi présents à l'audience, assistés d'un avocat en leur qualité de représentants légaux. Leur responsabilité civile pourrait être engagée, notamment si leur fils était condamné à verser des dommages et intérêts aux parties civiles, a expliqué Denis Devallois. Les avocats des parties civiles n'ont pas souhaité s'exprimer pour l'instant. A l'issue de la première journée d'audience mercredi, durant laquelle la personnalité de l'accusé a été notamment examinée, son avocat, Me Antoine Chateau, avait estimé que les débats étaient «de très belle qualité» et se déroulaient «de façon sereine».