Les manifestations et blocages aux abords de lycées continuent de s'étendre lundi, à la veille d'un appel à une journée de mobilisation nationale et sur fond de tensions entre le gouvernement et LFI qui s'accusent mutuellement du climat de tension dans les établissements scolaires.
Depuis une semaine, des lycéens d'Île-de-France se mobilisent devant leurs établissements pour protester notamment contre des classes et des emplois du temps surchargés ou encore l'absence de professeurs, des rassemblements qui ont parfois dégénéré avec des dégradations, des tirs de mortiers et conduit à des interpellations.
Mais lundi, le mouvement s'est étendu à d'autres régions: des manifestations ont été recensées à Marseille, à Lille et à Sedan (Ardennes), et quatre lycées étaient bloqués dans les Alpes-Maritimes et le Var selon le rectorat de l'académie de Nice.
«Cantine trop chère» et «punaises de lit et les douches cassées»
A Lille, des lycéens citent pêle-mêle «le manque de moyens, de personnel», la «cantine trop chère», les classes «trop chaudes en été et trop froides en hiver» et les «punaises de lit et les douches cassées» à l'internat.
Dans l'académie de Créteil, «la mobilisation semble s'intensifier cette semaine, avec un nombre d'établissements concernés conséquent, notamment dans le Val-de-Marne et en Seine-Saint-Denis», mais aussi en Seine-et-Marne, selon l'académie qui n'a cependant pas communiqué de chiffres.
«Les revendications exprimées apparaissent très variables selon les établissements concernés. Les réseaux sociaux agissent comme un amplificateur de mobilisation et exposent aux récupérations diverses», a rapporté l'académie de Créteil à l'AFP.
La principale organisation syndicale des lycéens, l'Union syndicale lycéenne (USL), a par ailleurs appelé au blocage des lycées partout en France mardi, à l'occasion de la journée de mobilisation dans la fonction publique.
Le mouvement de grogne lycéen a pris une dimension politique à sept mois de l'élection présidentielle, avec un bras de fer opposant le gouvernement et La France insoumise (LFI).
«Surenchère irresponsable
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a dénoncé lundi sur le réseau X une «surenchère irresponsable» d'élus de la LFI qui «appellent à étendre» le mouvement de blocus des lycées, tandis que Jean-Luc Mélenchon a reproché à l'exécutif d'avoir «ordonné la répression».
Les ministres de l'Intérieur et de l'Education nationale ont prévenu qu'en cas de violences et de blocage total, les forces de l'ordre interviendraient.
«Que (les autorités) viennent échanger avec (les lycéens) et constater par eux-mêmes si cette jeunesse est instrumentalisée, ou si elle est simplement capable de penser, de s'organiser et de défendre elle-même ses conditions d'études et son avenir», a répliqué dans un communiqué la mairie LFI de Saint-Denis, qui a jugé les revendications «légitimes».
Policiers accusés de «violences»
Le maire de cette ville, Bally Bagayoko, s'est rendu lundi au lycée Paul-Eluard de sa ville où plusieurs centaines d'élèves s'étaient réunis devant la grille de l'établissement, où le sol était jonché de poubelles incendiées.
L'édile a été porté par la foule d'adolescents, qui a repris La Marseillaise, poing gauche levé, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux par le média du journaliste Clément Lanot.
Sur d'autres images, le maire apparaît en train d'essayer de calmer des élèves après une hausse des tensions avec les forces de l'ordre. «Les policiers veulent (...) nous faire taire», a accusé Syrine, en première générale à Paul-Eluard, faisant part à l'AFP de tirs de gaz lacrymogène.
Dénonçant une différence de traitement entre les lycées de banlieues et ceux de Paris, elle cite en exemple des salles «où il fait très chaud», le manque de papier toilette et de savon et des classes à plus de 30 élèves.
«On a une seule infirmière pour 2000 élèves. Elle n'est quasiment jamais là. On a des fuites d'eau, on a des chaises qui sont cassées», abonde Kaiser, également en première générale à Paul-Eluard, accusant aussi les policiers de «violences».