«Dérapage total»
France 2 critiquée pour sa couverture biaisée du 17 octobre

France 2 essuie de vives critiques suite à sa couverture du 17 octobre. La chaîne a offert au téléspectateur 12 minutes de violence brute, presque sans commentaire et aucune mise en contexte. La direction de France Télévision dû reconnaître le problème. La rédaction en chef est appelée à démissionner.
La sommet de la hiérarchie de France Télévisions est sous pression.
Photo: imago/ABACAPRESS
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Myret ZakiJournaliste Blick

«Dérapage total», «crash éditorial», «narratif nauséabond»… La colère gronde chez France Télévisions. Motif: la couverture des événements du 17 octobre. Pendant 12 minutes, une longueur rarissime pour une séquence, la chaîne a diffusé en boucle des scènes de violence brute au téléjournal de 20 Heures du 18 octobre, sans aucun contexte. Cela lui a valu de multiples courriels désapprobateurs de téléspectateurs, racontent Libération et Telerama.

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L'indignation a été quasi unanime chez les quelque 700 journalistes de la rédaction nationale de France Télévisions, qui y voient une approche obscène («riot porn»). Dans Télérama, le président de la Société des journalistes (SDJ), Valéry Lerouge, parle d’«une séquence ovni» et d’«un dérapage total et non contrôlé», selon «à peu près tous les rédacteurs, chefs de service et même certains rédacteurs en chef.»

Le syndicat de la rédaction, la CGT-France TV, évoque de son côté un «clip de propagande», un «narratif nauséabond», «qui décrédibilise les manifestants du 17 octobre». Elle réclame la démission de la rédaction en chef, selon Libération. Le 20 octobre, France Télévisions a reconnu un manque de contextualisation.

L'émission incriminée est le reportage «au cœur des violences du 17 octobre», diffusée dimanche 18 octobre au soir. Après avoir passé l’intégralité de son journal télévisé à évoquer «les violences» et «le chaos» survenus la veille, le présentateur Laurent Delahousse a annoncé une «immersion» dans la journée du 17 octobre où «l'on assiste à la bascule dans cette violence désinhibée».

S'ensuivent alors 12 minutes d’un reportage place de la République à Paris, presque sans commentaires, «où le téléspectateur, laissé sans explication, est gavé, jusqu’à la nausée, d’images de casseurs, d’incendies et de jets de pierres», écrit Libération. Curieusement, TF1 n'a pas été aussi loin que France 2 dans l'approche sensationnaliste.

Un traitement qui «fait le lit du RN»

La SDJ a rapidement interpelé le directeur de l’information de France Télévisions, Philippe Corbé. Ce dernier a fini par publier un mea culpa: «Nous aurions dû être plus précis dans le montage, la contextualisation et le commentaire pour qu’il n’y ait pas de confusion» entre ces scènes de violence d’une part et la manifestation contre la vie chère de l’autre.

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De son côté, le médiateur de France Télévisions juge qu'à l'heure où les réseaux sociaux diffusent souvent des images sans contexte, France 2 ne devrait pas faire de même.

Le 19 octobre, la CFDT de France Télévisions a de son côté accusé ce traitement médiatique d'avoir failli au devoir d'«information équilibrée, froide, vérifiée, avec de l'analyse et du recul». Et surtout, de «faire le lit du RN et de son obsession pour le tout sécuritaire et l’ensauvagement de la France».

Le 20 octobre enfin, c’était au tour de la CGT de s’insurger contre le «crash éditorial» d’un «JT de désinformation, porte-parole du ministre de l’Intérieur». Le syndicat demande la démission de toute la rédaction en chef responsable de l’édition spéciale du 18 octobre.

75% du temps d'antenne pour les violences

Début octobre, Acrimed avait déjà épinglé les JT de France 2 concernant les mobilisations lycéennes, indiquant qu'entre le 28 septembre et le 1er octobre, 75% du temps d’antenne avait été consacré à parler des violences, et 12% à sonder leur lien supposé avec La France insoumise.

Mais à peine 8% du temps a été consacré aux revendications des lycéens. Pour l'émission du 18 octobre, la CFDT estime que sur 48 minutes, 2 minutes ont été consacrées aux revendications lycéennes et aux plus de 600'000 manifestants dans les rues de France.

«Il faut revoir absolument le processus de création des JT de France 2, qui se font trop souvent dans l’urgence, sans réflexion collective, avec 95% des journalistes écartés des décisions majeures», a appelé Antoine Chuzeville, délégué du Syndicat national des journalistes (SNJ) à France Télévisions.

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