Données privées dévoilées
Un an de prison pour «un policier avec un sentiment de toute-puissance»

Révoqué en 2025, un ancien policier parisien a été condamné à deux ans de prison, dont un an ferme sous bracelet électronique, pour avoir transmis des informations confidentielles sur une infirmière à un informateur.
L’ex-policier avait été révoqué en mai 2025 (photo prétexte).
Photo: IMAGO/Muhammed Said Tako
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AFP Agence France-Presse

Un policier révoqué de ses fonctions a été condamné lundi à deux ans de prison, dont un an ferme à purger sous bracelet électronique, pour «violation du secret professionnel» et «consultations illégales des fichiers» mis à sa disposition en tant qu’enquêteur.

L’ex-policier, en poste à Paris au commissariat du 18e arrondissement avant sa révocation en mai 2025, avait notamment transmis le numéro de téléphone d’une infirmière à un informateur, un homme incarcéré à plusieurs reprises pour des faits liés aux stupéfiants et à une association de malfaiteurs, également connu pour agression sexuelle.

2500 euros de dommages et intérêts

Les faits s’étaient déroulés en mars 2023. «C’était un contexte d’échange d’informations, je donnais un numéro de téléphone, ce n’était pas dangereux, en retour, les informations que j’allais avoir en contrepartie étaient importantes», avait expliqué devant le tribunal correctionnel de Marseille Lotfi T., Marseillais de 34 ans, affirmant avoir «agi avec discernement». Présentant ses excuses à l’infirmière, il a relativisé la portée de ses actes: «Je n’ai pas donné l’adresse, le maximum qu’il pouvait faire, c’était de lui téléphoner.»

Estimant que cette jeune femme avait souffert d’une «intrusion dans sa vie privée et une atteinte à sa sécurité», le tribunal a condamné le prévenu à lui verser 2500 euros de dommages et intérêts. Son avocat, Me Loïc Roccaro, avait évoqué l’inquiétude de sa cliente, qui s’était «retrouvée au milieu d’une histoire teintée de mystères».

Affaires d’extorsion

Bien qu’en poste à Paris, le policier a assuré avoir fourni à ses collègues marseillais des informations «utiles» sur des affaires d’extorsion visant des bars et des établissements à chichas, ainsi que sur un individu condamné pour meurtre.

Selon les propos d’un cadre de la police marseillaise interrogé durant la procédure, Lotfi T. «avait essayé de marchander des informations sur la délinquance marseillaise dans le but d’être soutenu afin d’obtenir sa mutation». L’ex-policier a démenti.

Bon nombre des consultations irrégulières des fichiers avaient lieu en dehors de ses heures de service, voire durant ses nombreux arrêts maladie.

«En roue libre»

Durant ses dix années de service, le fonctionnaire avait fait preuve d’une grande désinvolture: dès l’école de police, avec une conduite sans permis, puis lors d’un contrôle alors qu’il portait son arme de service à la ceinture en jouant à la pétanque dans une cité marseillaise, ou encore lors du vol de son terminal professionnel alors que, en convalescence, il intervenait dans une rixe à 4 heures du matin dans un établissement de nuit.

«Un policier en roue libre avec un sentiment de toute-puissance», avait résumé le procureur Mathieu Vernaudon, déplorant que l’enquête n’ait pas tenté de rechercher d’éventuelles «contreparties».

L’ex-policier avait mis en avant le fait d’avoir «grandi dans les quartiers Nord de Marseille avec des gens qui ont emprunté d’autres chemins», et ainsi «connaître beaucoup de monde, dont certains ne sont pas les meilleures fréquentations en tant que policier». Reconverti dans la mécanique industrielle, il écope aussi d’une amende de 5000 euros et se voit définitivement interdit d’exercer toute fonction au sein du ministère de l’Intérieur.

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