En bref
- A six mois de la présidentielle de mai 2027, la France est confrontée à une crise économique et sociale de grande ampleur. L'appel à la grève générale ce 5 novembre en est l'illustration.
- Avec une croissance économique quasi-nulle, la dette publique atteindra 120,2 % du PIB en 2027, avec un déficit de 5,7 %.
- Les tensions sociales, la montée du chômage à 8,7 % et la hausse des coûts énergétiques freinent la consommation intérieure qui ne devrait progresser que de 0,2 % en 2026 et 0,7 % en 2027. L’incertitude politique et les difficultés économiques persisteront jusqu’à l’élection présidentielle.
La panne française est-elle assurée jusqu'à l'élection présidentielle d'avril-mai 2027? A priori, la réponse est oui. Déjà confronté à une colère lycéenne qui perdure et à des protestations à répétition contre la vie chère, le gouvernement doit faire face, ce jeudi 5 novembre, à un appel à la grève générale qui marque l'entrée en lice des syndicats.
Ces derniers, sauf la CGT et les syndicats les plus marqués à gauche, s'étaient tenus jusque-là plutôt à l'écart des mouvements de jeunes et des appels à manifester lancés par les collectifs de «gilets jaunes». Cette fois, leur mobilisation sera un test. Plus de 250 actions sont annoncées à ce stade dans tout le pays.
Au-delà de la colère
Pourquoi parler de panne de la France? Parce qu'au-delà de la colère sociale – 63% des Français se disent exaspérés et 91% sont pessimistes sur l'état de l'économie, selon un récent sondage de l'institut Ipsos –, tous les indicateurs sont au rouge.
L'économie d'abord: dans ses prévisions publiées le 14 octobre 2026, l'Institut français d'économie (IFE) estime que la croissance française ne dépassera pas 0,4% en 2026 et 0,5% en 2027, alors que l'OCDE, un peu moins sévère, avance les chiffres de 0,7% et 0,8%. Les faillites d'entreprises ensuite: près de 72'000 entreprises ont fait faillite ou ont été placées en procédure collective sur douze mois, selon le cabinet Altares, dans une étude récente, soit un chiffre légèrement supérieur à celui de 2025, qui avait déjà atteint un record.
S'y ajoutent, souvent cités, les chiffres inquiétants de la dette publique qui s'aggrave et du chômage reparti à la hausse. Du côté de la dette publique, même si les agences financières Moody's et Fitch n'ont pas dégradé la note française ces jours-ci, le plafond de 120% du produit intérieur brut (PIB) est désormais dépassé. Tandis que les demandeurs d'emploi représentent 8,7% de la population active. A titre de comparaison, la Suisse affiche un endettement public de 40,8% du PIB et l'Allemagne de 65,8%. Les taux de chômage helvétique et allemand sont estimés autour de 4%, soit la moitié de celui de la France. «La France prend goût au chaos. L'Allemagne devra-t-elle, au bout du compte, en payer la facture?», interrogeait «Der Spiegel» dans un éditorial, au lendemain des scènes de pillage à Paris et dans plusieurs grandes villes, le 17 octobre.
La date du 2 mai
Une date est bien sûr dans toutes les têtes: celle du second tour de l'élection présidentielle du 2 mai 2027. Et deux noms de candidats caracolent dans les sondages: ceux de Marine Le Pen pour le Rassemblement national (RN, droite nationale-populiste, 35% des intentions de vote au premier tour) et de Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise (LFI, gauche radicale, entre 16 et 18% des intentions de vote). Or, un affrontement entre ces deux candidats en finale de la présidentielle pourrait précipiter le pays dans des semaines de convulsions sociales et financières.
L'analyste Mujtaba Rahman, qui scrute le pays pour Eurasia Group, pointe un premier risque. «Un second tour entre les deux extrêmes provoquerait une très forte vague de ventes sur le marché obligataire», expliquait-il récemment devant des journalistes. Un avis partagé par le politologue français Dominique Reynié, selon lequel une opposition brutale se manifesterait dans les rues en cas d'élection de Marine Le Pen. «Jean-Luc Mélenchon ne prépare pas que l'élection, affirmait-il récemment sur la chaîne LCI. Jean-Luc Mélenchon prépare en plus l'insurrection.»
Comment empêcher que la France soit progressivement asphyxiée par la campagne pour l'élection de son chef de l'Etat au suffrage universel? A ce stade, peu d'experts ont la réponse, tant les mains du gouvernement sont liées par l'impasse budgétaire. Faute de majorité à l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu ne semble pas en mesure de faire adopter son projet de budget pour 2027, qui prévoit 44 milliards d'euros d'économies (alors que la seule charge de la dette représentera l'an prochain 91,2 milliards !).
La probabilité la plus forte est celle de l'adoption du budget par ordonnances, en contournant les députés, une première depuis la création de la Ve République en 1958! Dès l'élection du nouveau président, suivie sans doute par la dissolution de l'Assemblée nationale et de nouvelles législatives, un projet de loi de finances rectificative serait enclenché. Mais sans aucune assurance de pouvoir être adopté, dans un paysage politique français fragmenté...
L'ordre public en question
L'autre raison de s'inquiéter, d'ici la présidentielle, est l'ordre public. Les manifestations récentes ont montré l'inquiétude des autorités. Mercredi 4 novembre, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a encore annoncé mobiliser 70'000 policiers et gendarmes, promettant «une réponse d'une extrême fermeté aux éventuels débordements». Le renseignement s'attend à voir entre 500'000 et 700'000 personnes dans les cortèges, sans compter Paris, avec la crainte de «nombreuses violences et de dégradations de bâtiments publics», selon une note consultée par la radio Franceinfo.
Une autre inquiétude est la désunion politique qui a prévalu après l'attentat raciste de Trappes (région parisienne) le 23 octobre 2026, lorsqu'un individu proche de l'extrême droite a tué un résident français d'origine congolaise, et fait sept blessés. Organisée dans la foulée, la cérémonie d'hommages à la victime, combattant connu de MMA, n'a pas suscité l'unanimité attendue. Le pays est apparu fracturé, et le risque de violences communautaires en cas de séisme politique a augmenté d'un cran. Difficile, voire impossible, dans un tel contexte, d'espérer une sortie rapide de crise.