A 44 ans, rien n’est impossible
Comment Lorie est restée la meilleure amie des trentenaires

La chanteuse est attendue dimanche à Festi’Neuch. Icône des années 2000, elle n’a rien perdu de son aura auprès de ses premiers (et surtout premières) fans. Grâce à un mélange de carrière bien gérée et de nostalgie assumée.
La chanteuse Lorie est attendue dimanche à Festi’Neuch.
Photo: IMAGO/Starface
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Margaux BaralonJournaliste Blick

Sous le toit polygonal de la vaste scène Cargo, le Festi’Neuch s’apprête à faire un bond dans le temps. Dimanche, un peu avant 16 heures, les milliers de festivaliers présents – jusqu’à 8’000 – pourront se trémousser sur le meilleur du son des années 2000. Devant eux, coupe plus courte mais aussi blonde qu’à l’époque, une star de la décennie: Lorie. 

L’interprète de «Je Serai (ta meilleure amie)», «Sur un air latino» ou encore l’indétrônable «La Positive attitude» est de retour dans le cadre d’une tournée exceptionnelle lancée l’année dernière. Et sa seule date Suisse de 2026 ravive bien des souvenirs, notamment auprès des trentenaires, qui ont passé leur adolescence avec sa pop dans les oreilles. 

Car Lorie, ce fut cela: l’époque des colliers en plastique ras-du-cou et du Hit Machine, des jeans taille basse et des magazines pour ado avec des posters à l’intérieur, des cheveux longs et lisses tirés en arrière, ne laissant que deux mèches pour encadrer le visage, et des CDs single. 

Si la chanteuse est de retour, ce n’est pas seulement parce que la nostalgie est à la mode dans quasiment tous les domaines. L’artiste protéiforme a toujours su se réinventer, sans courir après la célébrité à tout prix, acceptant de disparaître pour mieux renaître. 

Un retour imprévu

Ce retour sur scène, après quasiment dix-sept ans sans concert, n’était pas franchement planifié. En 2024, les deux volets de «Hyper Lorie», des albums avec ses anciens succès réarrangés, connaissent un franc succès. Il faut dire que Laure Pester, de son vrai nom, s’est entourée d’artistes bien de leur temps pour ressusciter sa pop des années 2000. 

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Au début, je me disais que ce n’était pas pour moi
Lorie au «Parisien»
»

Un duo avec Bilal Hassani, ex-candidat de la France à l’Eurovision et idole LGBT+ des jeunes générations, un autre avec Piche, l’une des queens de la version française de «Drag Race», encore un autre avec Adé, chanteuse de feu le groupe Thérapie Taxi… la liste est longue, toutes et tous ayant un point commun: Lorie est la chanteuse qui a bercé leur jeunes années. «C’est en voyant cette jeune génération répondre aux questions: 'Quel était ton premier concert? C’était Lorie', 'Ton premier album? C’était Lorie' que je me suis dit: 'Wahou, il y a quelque chose à faire.' Aujourd’hui, c’est moi qui les écoute», raconte l’interprète à la radio belge RTL info

L’idée d’une tournée lui est soufflée, cette fois, par le public. «On a reçu beaucoup de messages qui nous demandaient quand on ferait des concerts», se souvient Lorie dans «Le Parisien». «Au début, je me disais que ce n’était pas pour moi, mais ça revenait tout le temps, et de plus en plus. On s’est dit qu’il fallait peut-être prendre la question sérieusement.» 

Et parce qu’avec Lorie, c’est toujours du sérieux, l’artiste de 44 ans, déjà réputée pour sa capacité de travail dans sa jeunesse, s’est remise au sport, à la danse pour apprendre toutes les chorégraphies d’un show de plus d’1h30 qu’elle assume seule, et à la technique vocale avec une coach.

L'irrésistible ascencion des années 2000

Lorsqu’elle déboule sur les ondes le jour de ses 19 ans, en 2001, avec le titre «Près de moi», Lorie est loin d’être aussi entourée. En réalité, c’est même l’inverse: personne n’y croit vraiment. Malgré le succès de Britney Spears, qui pousse les producteurs européens à chercher partout son équivalent local, une jeune femme qui déchaînerait les jeunes foules en étant sexy juste ce qu’il faut sur des airs qui restent dans la tête de tout le monde, toutes les maisons de disque refusent sa première maquette depuis un an.

Qu’à cela ne tienne: son producteur balance «Près de moi» gratuitement sur Internet. Deux mois et 15’000 téléchargements plus tard, le label Epic signe Lorie. Il faudra quelques semaines pour que sa chanson grapille des places, mais elle termine 2e du hit parade français, et sur la première marche en Belgique. 

Dès lors, la machine s’enclenche. Un premier album six mois plus tard, des singles inoubliables, des certifications d’or et de platine qui tombent dans tous les pays francophones, dont la Suisse, un couple médiatisé avec Billy Crawford, autre popstar de l’époque, des publicités pour des marques d’eau en bouteille et même sa statue de cire au musée Grévin: toutes les étapes de la success story sont franchies. Celle-ci est d’autant plus belle que cette fille d’une comptable et d’un programmateur radio ne se destinait pas à régner sur les charts, mais sur les patinoires. 

«Je ne vivais que pour le patinage artistique», raconte Lorie à France 2. «Je vivais patin, je rêvais patin, je voulais être championne.» A deux mois des championnats de France 1996, une fracture du ménisque la cloue au sol. Elle raccroche immédiatement et ne garde qu’une seule chose de cette carrière avortée: «Je me suis rendue compte que j’aimais être en petite tunique à paillettes à donner du rêve aux gens.»

De Bercy aux supermarchés

C’est la première fois, alors, que Lorie se relève. Pas la dernière. Car après les années fastes des albums «Près de toi», «Tendrement», «Attitudes» et «Rester la même», après être devenue la meilleure amie des ados et la petite chérie de producteurs qui louent son opiniâtreté derrière le micro comme sur la piste de danse, son aisance devant les caméras et en studio, le monde change. La nouveauté impulsée par Lorie, qui se présente sur scène avec des effets pyrotechniques dignes d’une grande star américaine, s'essouffle.

Les ados se détournent de leurs premières amours. La chanteuse tente de suivre le mouvement avec un premier album plus électro, «2lor en moi», en 2007, puis un deuxième, «Regarde-moi», quatre ans plus tard. Mais les équipes de son label sont remplacées et les nouveaux arrivants refusent de la suivre. «Ils m’ont dit que j’étais finie», racontera-t-elle dix-huit ans plus tard dans l’émission «Un dimanche à la campagne». «'Ce n’est plus ça que les gens veulent entendre', 'laisse la place aux autres'... Ils ont eu des mots très violents.»

Comme les patins quelques années plus tôt, Lorie raccroche le micro, après une tournée interrompue faute de réservations suffisantes. L’artiste a anticipé, déjà commencé à se reconvertir en actrice, décrochant des rôles dans des téléfilms. Mais ne retrouve pas la gloire d’antan. Si TF1 lui réserve une bonne place dans de nombreuses productions maison, le surnom de Lorie ne fait plus la une et elle passe de cinq Bercy (l’une des plus grosses salles françaises) à guichets fermés à des showcases dans des hypermarchés pour son album «Les Choses de la vie», sorti en 2017.

«
Que Lorie me dise qu’elle sera ma meilleure amie, à moi, petit garçon gay qui n’en ait pas beaucoup, c’est vraiment énorme
Bilal Hassani
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Pourtant, Lorie n’est jamais devenue la has-been qu’on a complètement honte d’avoir aimée. Peut-être parce qu’elle a su garder un équilibre, sans jamais disparaître mais jamais avoir l’air de s’accrocher trop fort non plus à cette image de petite fiancée du public. Au contraire, Laure Pester vieillit et parle d’autre chose que des envies de rester «Toute seule» ou des innombrables possibilités de la vie «A 20 ans». 

Elle raconte notamment son endométriose dans deux livres, «Les Choses de ma vie» puis «Revivre», exposant sans tabou ses doutes, ses envies de maternité puis son combat pour devenir mère via une PMA, et enfin la lourde décision de se faire enlever l’utérus. «J'ai voulu reprendre cette conversation avec mon public et lui en dire un peu plus sur qui je suis, sur ce que j'ai traversé et sur ce que j'affronte encore», explique-t-elle à la radio ICI en 2018. 

L'art du lien

C’est là, sûrement, que se niche le secret de la longévité d’une star qui aurait pu ne jamais survivre aux années 2000: dans la conversation ou, autrement dit, la capacité à faire lien avec son public. «Il y a le 'tu' dans les chansons de Lorie. Elle est vraiment en train de te parler», note ainsi Bilal Hassani sur France 2 en se remémorant l’avoir écouté dans sa jeunesse. «Que Lorie me dise qu’elle sera ma meilleure amie, à moi, petit garçon gay qui n’en ait pas beaucoup, c’est vraiment énorme.» 

Dans le journal «La Montagne», Delphine, une fan de la chanteuse, raconte avoir longtemps échangé directement avec elle, via des cartes postales, alors qu’elle était au sommet de sa gloire. «La revoir en 2026 c’est comme retrouver une copine qu’on n’a jamais vraiment quittée. Un retour aux sources, un cocon de réconfort», abonde Mylène, une autre femme, dans les colonnes du «Maine Libre».

La nostalgie joue aussi beaucoup, alors que la mode, le cinéma ou encore les séries ont tendance à se réfugier dans des ambiances vintage. «Je viens par nostalgie. J’étais fan», confiait ainsi Julie, 27 ans, à «La Tribune de Genève» lors du dernier passage de la chanteuse par la Suisse en octobre 2025. «J’ai même choisi Lorie comme deuxième prénom pour ma petite sœur qui est née en 2004. Aujourd’hui, ses chansons font toujours partie de ma playlist.» Interrogée par le «Maine Libre», Zahra évoque elle aussi une «parenthèse hors du temps»: «Lorie nous offre une pause dans ce monde de fous. J’ai 36 ans mais, pendant deux heures, j’en ai 15.» 

La même parenthèse sera donc offerte dimanche aux spectateurs et spectatrices de Festi’Neuch. Il y a un quart de siècle, une jeune blonde en crop-top devant une cascade dans la jungle mexicaine promettait d’être «toujours là», «n’importe où quand tu voudras», «toujours la même», «prête à faire des folies», «celle qui te redonnera l’espoir», «même si la vie nous sépare». Elle n’avait 


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