Eléonore Caroit est le visage de la France dans le monde francophone, et pour les communautés françaises à l'étranger. A Genève, cette ville où elle a résidé, son action est suivie de près. Mais que pense-t-elle de la situation actuelle en France, sur fond d'émeutes et de colère sociale. Dans Républick, le podcast de Blick qui raconte la France, elle se livre sans détours. Extraits d'un entretien-vérité à écouter sans retenue.
Eléonore Caroit, cette flambée de colère sociale française vous a surpris?
Absolument. Moi, j'étais en Asie au moment de cette crise, de ce chaos. Je me trouvais au Vietnam. Et je pense que lorsque l'on est à distance, on voit les choses avec un miroir amplificateur. On est exposé uniquement aux images terribles de cette violence inouïe. On ne voit pas que le quotidien continue, que la vie se déroule normalement dans la quasi-totalité du territoire. Je pense que, comme tous les membres de la classe politique, et comme tous les Français d'ailleurs, j'ai été sidérée, moi, par le niveau de violence que l'on a vu, qui est un niveau de violence tout à fait exceptionnel. Il n'est pas comparable à ce qu'on a pu vivre dans d'autres moments de notre histoire récente, comme au plus fort de la crise des gilets jaunes. Là, on voit bien qu'il y avait des groupes qui étaient prêts à en découdre, qui étaient extrêmement mobiles, qui étaient en dehors des cortèges et qui ont causé énormément de dégâts.
Votre bilan de ces journées du 17 et 24 octobre?
Je pense qu'il faut peut-être rentrer un petit peu dans le détail pour comprendre d'une part l'origine de cette violence et ce qu'elle traduit, à ce stade des différentes enquêtes qui sont en train d'avoir lieu. Une chose est certaine, c'est que depuis 2022, et a fortiori depuis 2023 et la dissolution, il n'y a pas de majorité claire en France. Ce qui, pour un pays comme la Suisse, habitué à créer des consensus, à trouver des formes de coalitions, ne serait pas un problème.
Or la France est un pays très habitué à une division assez binaire du pouvoir, vous êtes dans l'opposition ou dans la majorité? C'est oui ou non, c'est blanc ou noir. Or comme on s'approche d'un moment d'élection présidentielle, moment d'ailleurs dans lequel les partis traditionnels sont très faibles, les oppositions sont incarnées par des partis qui sont très radicaux dans leur approche.
Cette radicalité vous inquiète?
Lorsque nos institutions sont mises en danger par des groupes ultra-violents et, je le pense, organisés – voire même pour certains, les enquêtes sont encore en cours, dirigées ou amplifiées par des ingérences, y compris de l'étranger – il y a danger! Or dans ce contexte-là, au lieu d'avoir une forme d'unité nationale pour défendre nos institutions, pour défendre la paix civile, pour vouloir que les choses reviennent à une forme de calme qui pourrait permettre le déroulement d'élections démocratiques.
Car, rappelons-le, nous sommes dans un pays démocratique et dans six mois, les Français seront appelés à renouveler la personne qui sera à la tête de l'Etat. Au lieu de ça, vous avez des partis qui, à tort ou à raison, croient bénéficier de cet état de chaos permanent. Le Rassemblement national, parce qu’il se dit «plus c'est le chaos, plus nous on apparaît comme étant le parti de l'ordre et le parti d'une forme de retour à l'ordre et à l'autorité, l'autorité». Et la France insoumise en se disant peut-être même, pourquoi pas provoquer des élections anticipées pour prendre de court nos adversaires à gauche. Je ne veux pas leur prêter des intentions, mais je vais vous dire qu’en tout cas, dans l'échiquier politique français, vous avez plusieurs partis qui ont intérêt à ce que ce désordre prospère.
La suite dans notre podcast Républick, à écouter en intégralité sur Blick et sur toutes les plate-formes.