A peine 21 ans et déjà trois évasions. Pour la dernière, il a traversé toute la prison de Lyon-Corbas dans un sac à linge, respirant avec une paille. Une humiliation pour l'administration pénitentiaire qui lui a valu une condamnation à 30 mois de prison ferme vendredi.
Son ex-codétenu a lui été condamné à un an ferme tandis qu'une ex-surveillante, qui était suspectée de les avoir aidés, a été relaxée mais condamnée à 10 mois pour communication avec d'autres détenus avec interdiction définitive d'exercer dans la fonction publique.
«Je m'attendais pas à ce que ça fasse autant de bruit», avoue Elyazid A. devant le tribunal correctionnel de Lyon. Dans le box, six policiers, dont trois cagoulés, l'escortent et, en détention, il est désormais à l'isolement. «Trop d'évasions, donc après on a moins de liberté, si j'ose dire», lui lance la présidente.
Avant ce 11 juillet 2025 qui a fait la Une des journaux, le jeune homme s'était déjà évadé deux fois de façon certes «moins rocambolesque», commente la magistrate, rompant en 2023 une semi-liberté puis en janvier 2025 une détention à domicile.
Caché dans les affaires de son codétenu
La troisième fois, il était donc en détention provisoire à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas, mis en cause dans un dossier de narchomicide dans l'Essonne en janvier 2025. Il sait alors que son codétenu, Andy P., un «frère» qu'il connait depuis l'enfance, doit sortir. Il réussit à le convaincre de se cacher dans ses affaires. Le dispositif : renforcer un grand sac à linge, faire des petits trous et respirer avec une paille de brique de jus de pomme.
Andy P. demande un chariot à la surveillante Amal M. pour y charger ses affaires. A ce moment-là, elle regarde ailleurs pendant deux minutes. Le détenu traverse ensuite la prison avec son chariot, sort avec ses sacs, se met derrière un bosquet et libère son ami, qui a quelques fourmis dans les jambes.
Il faudra plus de 24h aux surveillants pour réaliser qu'il manque à l'appel. Une affaire humiliante pour l'administration pénitentiaire qui a reconnu à l'époque «une série de dysfonctionnements» «graves» et «inadmissibles». Après être allé voir sa mère et sa fille, il sera finalement retrouvé trois jours plus tard dans une cave en région lyonnaise et son codétenu sera arrêté à Marseille.
«Aspiration à la liberté»
Elyazid A., né à Mayotte, a un bac en poche mais aussi 10 mentions à son casier judiciaire. «J'ai manqué de maturité, j'ai su qu'Andy sortait, ça a été bête de ma part», explique-t-il au tribunal. «Je m'excuse envers la pénitentiaire, mon but n'était pas de les afficher ou de leur faire honte», dit-il aussi. Et il dédouane l'ex-surveillante, qui n'a plus le droit d'exercer depuis sa mise en cause dans ce dossier: «Si elle est là, pourquoi les autres surveillants (qui ont vu le chariot) ne sont pas là ?», lance-t-il.
«Oui, j'ai tourné le dos mais sur le coup j'ai pas réfléchi», avance la trentenaire. Elle assure qu'elle était occupée à remplir l'état des lieux de sortie contre une porte et qu'elle n'allait «pas rentrer dans une cellule avec trois détenus seule».
La justice lui reproche aussi d'avoir été trop proche de certains détenus, notamment un à qui elle a envoyé une photo dénudée. C'est à son égard que le procureur a eu les mots les plus durs, estimant qu'elle jetait «l'opprobre sur l'intégralité du système carcéral». Son avocat, Me Naguin Zekkouti a au contraire demandé sa relaxe, soulignant l'"échec collectif» du personnel pénitentiaire de Lyon-Corbas. «Tout le monde s'est moqué de Lyon-Corbas», appuie Me Olivier Forray, l'avocat d'Elyazid A.
«En Suisse, l'évasion simple n'est pas une infraction» car «l'aspiration à la liberté» y est considérée comme «un besoin humain fondamental», lance de son côté l'avocat d'Andy P., Sébastien Sertelon. Au final, les peines sont bien inférieures aux réquisitions du parquet qui pourrait faire appel.