Après la tragédie de Lyon
Jean-Luc Mélenchon peut-il encore se présenter en 2027?

Le leader de La France Insoumise est le dos au mur après la mort d'un jeune militant identitaire à Lyon, en marge d'une conférence de Rima Hassan. Ce samedi, une marche d'hommage s'est transformée en procès de la gauche radicale. Jusqu'où cela ira-t-il?
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Jean-Luc Mélenchon est de nouveau en piste pour une candidature à la présidentielle de 2027 en France.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

25% des Français, selon les sondages, voient encore en lui un candidat «sérieux» à l'élection présidentielle de mai 2027. Sérieux? C'est-à-dire capable de se qualifier pour le second tour, ce que Jean-Luc Mélenchon avait raté de peu voici cinq ans, terminant troisième du scrutin avec 21,95% des suffrages et 7'712'520 voix, selon les résultats officiels. Une performance inédite pour le leader de la gauche radicale, lequel croit encore, sur cette base, qu'il peut atteindre la finale de la prochaine course à l'Elysée.

Impossible, pourtant, de ne pas voir que les obstacles commencent à s'amonceler pour l'ancien sénateur et député de 74 ans, surtout après le meurtre à Lyon d'un jeune militant identitaire par des activistes d'extrême gauche gravitant dans l'orbite de son parti, «La France Insoumise (LFI)». Même les Etats-Unis de Donald Trump ont décidé de s'en mêler! 

Ce vendredi 20 février, la Maison Blanche a partagé un message du Bureau de lutte contre le terrorisme – qui dépend du département d’Etat américain – affirmant que «l’extrémisme violent de gauche est en hausse et son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu’il représente pour la sécurité publique». Branle-bas de combat au sommet de l'Etat à Paris, au moment où une marche d'hommage au jeune homme tué, Quentin Deranque, avait lieu à Lyon, encadrée par des activistes d'extrême droite. L'ambassadeur américain Charles Kushner, dont le fils Jared est marié à l'une des filles de Trump, se retrouve convoqué par le Quai d'Orsay. Tandis qu'Emmanuel Macron a appelé l'extrême gauche et l'extrême droite à «faire le ménage» dans leurs rangs.

En bout de course

Et Mélenchon, alias «Méluche», dans tout ça? Dans une longue analyse publiée sur le site Telos.eu, le sociologue Gérard Grunberg le juge en bout de course. «Jean-Luc Mélenchon est finalement rendu là où il devait finir, isolé et rejeté aux extrêmes», explique l'auteur, longtemps proche du Parti socialiste. «Le drame du 14 février, le leader de LFI en est responsable politiquement même s’il n’est bien sûr pour rien dans l’assassinat de Quentin Deranque (...). Sa stratégie d’affaiblissement du parlementarisme s’est doublée, dans la dernière période, d’appels à l’insurrection populaire et de tentatives de mobilisation de la rue.»

Gérard Grunberg résume ce que beaucoup d'analystes pointent ces jours-ci, à un mois pile des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, lors desquelles beaucoup surveilleront l'attitude des électeurs de gauche. «LFI porte une double responsabilité dans la mort de Quentin Deranque», ajoute-t-il, reprenant des propos de l'ancien président François Hollande. La première, «depuis des mois», est «l’espèce de brutalité dans l’expression, de dénonciation permanente, de mise en accusation, d’outrance, de formules verbales qui blessent». 

Une stratégie destinée à ce qu’il n’y ait «plus rien» entre les Insoumis et l’extrême droite. La deuxième est «d’avoir accepté d’avoir un lien avec un groupe, en l’occurrence La Jeune Garde, qui fait du combat physique son but et sa méthode». Pour mémoire, «La Jeune Garde» est ce collectif antifa dont plusieurs membres ont été mis en examen après la tragédie de Lyon.

Toujours populaire

A l'inverse, d'autres avancent le scénario contraire. Dans un éditorial publié avant l'affaire de Lyon dans l'influente revue de gauche Regards, Catherine Tricot estime que le candidat quasi désigné de LFI incarne une posture bien plus populaire qu'on ne le croit: celle «de la centralité du droit international, du non-alignement et de la critique de l’impérialisme américain». Elle s'appuie pour cela sur sa conférence de presse du 28 janvier. Visionnée plus de 200'000 fois sur YouTube, celle-ci a donné l'occasion à Mélenchon de présenter les Etats-Unis comme «un empire agressif né d’un génocide et qui a passé les neuf dixièmes de son temps en guerre avec le reste du monde». Et l'éditorialiste d'ajouter: «Jean-Luc Mélenchon prend date et n’entend pas laisser le champ libre à Dominique de Villepin, plante ses banderilles dans la logique du discours portée par Raphaël Glucksmann, affirme sa stature présidentielle. La compétition est lancée. Les concurrents sont défiés.»

Quid, au final? Pour Mélenchon, tribun habitué à se transformer dans le dernier sprint électoral en rassembleur à gauche, la priorité est d'installer l'idée que sa candidature n'est pas négociable. Pourquoi? Parce que LFI, avec 70 députés et son maillage dans les villes et banlieues populaires, dispose d'une force de frappe électorale non négligeable. Sa stratégie, en somme, doit consister à laisser passer l'orage de l'affaire Quentin, en coupant les cordons entre les groupuscules antifa et LFI. Ce qui ne sera pas si simple. 

L'ancien député LFI François Rufin est déjà dans les starting-blocks pour se lancer dans la course à l'Elysée. Et si Mélenchon, caméléon politique, se transformait dans les semaines à venir en tenant d'une reconstruction sociale face à l'extrême droite? «Je n’adhère pas à une lecture qui le décrit comme un déconstructeur de la France ou le promoteur d’un progressisme débridé. Je crois au contraire que l’évolution contemporaine de La France insoumise témoigne d’une pénétration d’affects réactionnaires au sein de la gauche radicale», juge dans Le Figaro Adrien Broche, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès.

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