Initialement prévu en septembre, le 2e procès de Cédric Jubillar, qui a avoué avoir étranglé son épouse Delphine fin 2020, a été renvoyé mardi par la présidente de la Cour d'assises de Haute-Garonne au 1er semestre 2027 en raison de la poursuite de l'enquête après ces aveux.
A l'issue d'une réunion au palais de justice de Toulouse avec l'ensemble des parties, «la présidente a décidé, compte tenu des délais nécessaires à la réalisation des actes restant à entreprendre, au déroulement serein de l'enquête et au respect du contradictoire, d'ordonner le renvoi de l'audience», a indiqué la Cour d'appel de Toulouse dans un communiqué. Après cinq ans et demi de silence et de dénégations, Cédric Jubillar a suscité un coup de tonnerre judiciaire en reconnaissant, d'abord le 6 juillet dans un courrier, puis le 15 juillet face aux enquêteurs, avoir tué son épouse Delphine Aussaguel.
«Elle m'a dit quelque chose qui m'a fait péter les plombs, j'ai vrillé, je voulais qu'elle se taise, je l'ai attrapée par le cou et j'ai serré. Je lui disais "tais-toi, tais-toi, je t'en supplie, tais-toi!"», a-t-il déclaré le 15 juillet, selon le procès-verbal de ses déclarations révélé par RTL, «Le Parisien» et «Le Monde» et dont l'AFP a aussi eu connaissance. «Elle est tombée inerte (...) Il m'a fallu quelques instants pour réaliser que je venais de tuer la mère de mes enfants», a-t-il ajouté.
«Abominable»
Son épouse, infirmière de 33 ans, avait disparu à Cagnac-les-Mines (Tarn), près d'Albi, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, sans que son corps ne soit jamais retrouvé. Malgré l'absence de preuves ou d'aveux à l'époque, Cédric Jubillar, peintre-plaquiste de 38 ans, avait été condamné en octobre à 30 ans de réclusion criminelle. Il a désormais conscience d'avoir commis «un acte abominable», a déclaré l'un de ses avocats, Pierre Debuisson.
Après ses aveux, Cédric Jubillar a indiqué aux enquêteurs avoir caché le corps de son épouse en bordure d'un champ à une dizaine de kilomètres de leur domicile de Cagnac-les-Mines, près d'Albi. Des fouilles ont permis d'y découvrir des ossements, dont l'analyse a confirmé qu'il s'agissait bien de la disparue. «Retrouver seulement certains ossements et se dire qu'on ne retrouvera peut-être jamais l'entièreté du corps, c'est extrêmement difficile», a commenté lundi auprès de l'AFP Me Danaé Jeanclos, avocate d'une amie de Delphine Aussaguel.
«Consensus»
Le report du procès, autour duquel il y a eu «consensus» lors de la réunion de mardi selon l'avocate des enfants du couple, Me Malika Chmani, permettra de réaliser «des investigations (et) des expertises de personnalité, au regard du nouveau positionnement de Cédric Jubillar sur les faits», a par ailleurs déclaré après le report Laurent de Caunes, avocat des frères et sœur de la disparue.
«Dans le cadre de ce renvoi, il peut d'ores et déjà être indiqué que le procès en appel de Cédric Jubillar devrait pouvoir se tenir au cours du 1er semestre 2027», précisent les magistrats toulousains dans leur communiqué. «Le délai qui se rajoute, s'il permet d'avoir une justice de qualité et d'avoir des réponses à des questions, on n'y est pas opposés», a poursuivi Me Chmani. Au procès, qui devrait se tenir avant le 19 avril selon plusieurs avocats, Cédric Jubillar sera jugé pour le même chef d'accusation qu'en 1re instance, à savoir meurtre par conjoint.
Sa détention, à nouveau provisoire après qu'il a interjeté appel de sa condamnation en 1re instance et «qui arrive à échéance le 20 octobre 2026, pourra être prolongée de six mois, renouvelable une fois», rappelle la Cour d'appel de Toulouse. Incarcéré à l'isolement à la maison d'arrêt de Seysses, près de Toulouse, Cédric Jubillar s'est vu retirer en décembre l'autorité parentale sur ses deux enfants, désormais âgés de 11 et 6 ans, confiés par la justice à leur tante maternelle.