Un président américain ne se déplace presque jamais pour accueillir un dirigeant étranger à l'aéroport. Mais Donald Trump le fera mercredi pour Xi Jinping, illustrant la volonté de Washington de prolonger la fragile trêve commerciale et diplomatique avec Pékin.
Le républicain de 80 ans sera à 18h00 locales (22h00 GMT) à la base aérienne Andrews, près de Washington, pour recevoir son homologue chinois à sa descente d'avion.
D'ordinaire, les chefs d'Etat étrangers sont accueillis sur le tarmac par des responsables d'un rang inférieur et ne rencontrent le président américain qu'à leur arrivée à la Maison Blanche.
Mais Donald Trump bouscule le protocole pour un chef d'Etat avec lequel il assure avoir des affinités particulières, là où Xi Jinping aborde leur relation avec un parfait pragmatisme, selon Judith Shapiro, spécialiste de la Chine à la American University.
Le président chinois «considère que l'ascension de la Chine tout comme le déclin des Etats-Unis sont inévitables», et que par conséquent la relation bilatérale doit être «gérée avec la plus grande délicatesse» pour éviter un affrontement ouvert, selon elle.
Les fastes prévus pour sa venue, dont un survol de la Maison Blanche par des avions militaires, ont suscité une rare critique d'un élu républicain de haut rang.
Un accueil qui suscite la critique
«Notre commandant en chef devrait garder à l'esprit que son invité est un dictateur brutal (...) dont l'arsenal militaire massif est dirigé directement contre les Etats-Unis», a déclaré le sénateur Roger Wicker, président d'une commission consacrée aux affaires militaires.
En matière de résultats concrets de cette visite, qui s'achèvera vendredi, les experts interrogés par l'AFP attendent surtout une prolongation de la trêve commerciale en vigueur entre les deux superpuissances depuis octobre 2025.
Les spécialistes n'attendent en revanche pas de percée sur d'autres dossiers épineux, dont l'intelligence artificielle ou l'accès aux terres rares chinoises, ni de coups d'éclat sur les questions diplomatiques sensibles, dont le soutien militaire américain à Taïwan et l'alliance de Pékin avec l'Iran.
Coups de canon et bombardier
Donald Trump espère sans doute reléguer un temps au second plan ses grandes difficultés politiques, tout en satisfaisant son goût du faste protocolaire.
Le président républicain, enlisé au Moyen-Orient dans un conflit à l'issue toujours incertaine, en chute libre dans les sondages à cause du coût de la vie, risque de perdre le contrôle du Congrès après des élections législatives en novembre.
Jeudi sera le temps fort de la visite, avec une cérémonie d'accueil militaire à la Maison Blanche, accompagnée de coups de canon et du survol d'un bombardier B-2 flanqué de jets F-22 Raptors, ainsi qu'un dîner de gala auquel assisteront les plus grands noms de la tech américaine, dont les patrons d'OpenAI Sam Altman et de Nvidia Jensen Huang, ou encore Jeff Bezos (Amazon) et Elon Musk (Tesla, SpaceX, X).
Dîner de gala aux côtés de Musk
Ce dernier a jugé dans un entretien avec la télévision chinoise que Xi Jinping était «un grand dirigeant. Sous sa gouverne, la Chine a énormément prospéré.»
Il n'est pas prévu pour l'heure de conférence de presse commune, comme c'est souvent le cas pour les visites d'Etat. Vendredi, Donald Trump et son épouse Melania Trump recevront leurs invités pour un thé à la Maison Blanche puis visiteront avec eux les Archives nationales à Washington.
Xi Jinping voyage à bord d'un avion spécial en compagnie de son épouse, du ministre des Affaires étrangères Wang Yi et de Cai Qi, membre du Comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois, parmi d'autres, a précisé la télévision d'Etat CCTV.
Il s'agira de sa première visite à la Maison Blanche depuis plus de dix ans. Mais ce sera la troisième rencontre depuis le retour de Donald Trump au pouvoir et il pourrait y en avoir encore deux autres avant la fin de l'année, lors du sommet de l'APEC en Chine et du G20 en Floride.
Ces multiples entrevues et la volonté partagée de désescalade ne font pas disparaître les réalités économiques ou stratégiques. Entre janvier et août 2026, la Chine a continué à accumuler un excédent commercial de près de 200 milliards de dollars avec les Etats-Unis, 14 milliards de plus qu'en 2025 à la même époque, selon les données chinoises.