Vladimir Poutine est de nouveau défié. C’est au cœur de Moscou, alors que venait de s’ouvrir la troisième journée de vote pour les législatives, qu’une pluie de missiles ukrainiens s’est abattue sur la capitale russe. Le maire de Moscou affirme que 450 drones se dirigeant vers sa ville ont été détruits. Une raffinerie moscovite a été endommagée. Il s’agirait de la plus importante attaque de drones contre la métropole.
Or, Volodymyr Zelensky n’a-t-il pas commis une erreur en approuvant ces frappes en profondeur, assurées d’entraîner une riposte encore plus terrible de la part du Kremlin?
Des élections complètement verrouillées
Ceux qui critiquent la stratégie du président ukrainien redoutent surtout l’après-scrutin. Sans surprise, Vladimir Poutine sortira grand vainqueur de ces élections législatives et régionales complètement verrouillées, lors desquelles il a été possible, pour la première fois, de voter électroniquement. Le maître du Kremlin a d’ailleurs lui-même été filmé en train de voter à partir d’un ordinateur. La possibilité d’influer électroniquement sur les résultats est donc encore plus importante qu’auparavant dans ce pays dirigé par le clan Poutine depuis 26 ans, sans interruption.
Difficile, dès lors, de miser sur un sursaut de l’opinion publique russe. Même si les reportages des médias occidentaux ont tous montré des électeurs désireux de voir «l’opération militaire spéciale» en Ukraine s’arrêter, aucune manifestation ou protestation n’a eu lieu, à l’exception de quelques posters électoraux déchirés par des jeunes, dont on ignore s’ils ont été ensuite interpellés ou arrêtés. Les premiers chiffres électoraux disponibles sont, comme on pouvait s’y attendre, spectaculaires.
Russie unie largement en tête
Après dépouillement de 25,21% des procès-verbaux, la Commission électorale centrale russe donnait dimanche soir 57,04% pour le parti présidentiel Russie unie, 13,9% pour le Parti communiste et 9,31% pour le Parti libéral-démocrate. La participation annoncée par la Commission électorale centrale était de 56,66% à la fermeture des bureaux.
La principale formation enregistrée qui s’opposait ouvertement à la guerre, Iabloko, a été écartée du scrutin national par la Cour suprême russe. Les autres grands partis représentés à la Douma soutiennent globalement les orientations fondamentales de Poutine et appuient sa guerre en Ukraine. La Russie n’avait pas invité les observateurs de l’OSCE.
Pari risqué pour Zelensky
Pour Zelensky, le moment est particulièrement risqué. Le scrutin organisé dans les régions ukrainiennes occupées et revendiquées par la Russie va encore plus faire basculer ces territoires dans l’orbite du Kremlin.
Autre risque: la volonté ukrainienne de faire payer économiquement à la Russie la poursuite de la guerre et de diminuer les ressources disponibles pour son appareil militaire n’a jusque-là pas eu d’effet. Le parti présidentiel Russie unie devrait conserver une domination et la majorité constitutionnelle de 301 sièges à la Douma, et le ministère russe de la Défense a annoncé que, «en réponse» aux attaques ukrainiennes, l’armée russe allait poursuivre et intensifier ses frappes de haute précision contre des objectifs militaires à Kiev. Moscou va ainsi pouvoir présenter la guerre comme touchant directement le territoire russe et justifier la poursuite de l’effort militaire.
Le front intérieur ukrainien
Ces attaques en profondeur en Russie interviennent en outre alors que le front intérieur ukrainien chancèle un peu avec de nouvelles affaires de corruption. Ruslan Kravchenko, procureur général d’Ukraine, a présenté sa démission après qu’une enquête du NABU, le Bureau national anticorruption, a visé l’un de ses subordonnés. Ce dernier est soupçonné d’avoir participé à un système de protection de centres d’appels frauduleux et de blanchiment.
Plus grave: selon des médias ukrainiens, Ruslan Kravchenko aurait quitté l’Ukraine dans la nuit du 13 au 14 septembre, officiellement dans le cadre d’un déplacement en Lituanie et après avoir émis un avis de suspicion contre Semen Kryvonos, le directeur du NABU...
Le président ukrainien, qui a parlé dimanche avec Donald Trump, rencontrera celui-ci la semaine prochaine à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Ils discuteront du nouveau paquet de sanctions promulgué le 18 septembre par la Maison-Blanche. Il permet aux Etats-Unis de sanctionner encore plus durement les banques, responsables et pétroliers de la «flotte fantôme» russe. Un argument que Trump pourrait utiliser pour demander à Kiev de temporiser, afin de laisser la Russie saisir les offres de négociations qu’elle a, jusque-là, toujours écartées.