En bref
Joy Crookes a ouvert la soirée du Stravinsky avant John Legend avec un concert soul, chaud et contemporain. Sa voix rappelle Amy Winehouse, mais son univers mêle aussi trip-hop, phrasé urbain et chansons de rupture. Mention spéciale à «Fade Your Heart», moment le plus marquant du set.
Début de soirée evergreen sur la scène du Strav. Bracelets verts pour les spectateurs, robe idoine pour une chanteuse venue pour partie de l’île Emeraude. Et le recyclage incessant de la soul. Bref, si vous fermez les yeux et que vous ne faites qu’écouter Joy Crookes, vous penserez immédiatement à feu Amy Winehouse, figure de proue de ce qu’on appelle désormais le retro-soul.
Même grain rétro, même élégance cabossée. La comparaison est facile, presque paresseuse. Elle n’est pas complètement fausse pour autant. Amy Winehouse n’a jamais chanté à Montreux. Jeudi soir, on a pu, par moments, imaginer ce que cela aurait donné.
Gardez les yeux ouverts
Mais il aurait été dommage de garder les paupières fermées. Joy Crookes, 27 ans, autrice-compositrice londonienne d’origine irlandaise et bengalie, n’est pas qu’une héritière du rétro-soul. Elle en reprend les codes – le gospel descendu dans la rue, le rhythm’n’blues, les cuivres, les basses rondes, les blessures amoureuses – pour les emmener ailleurs: vers le trip-hop, le phrasé presque rap, les climats urbains et les fractures intimes.
«So Shy»
Elle avait l’insigne honneur d’ouvrir le bal avant John Legend, pour lequel était venue une bonne partie de l’assistance. Cela s’est senti. Joy Crookes a même demandé au public pourquoi il était «so shy».
Il y avait pourtant de quoi se réveiller. Bien plus, par exemple, que mercredi soir, quand l’idole tiktokienne Tyla — la chanteuse sud-africaine, pas la tour de Malley — a réussi l’exploit de donner un concert dans un festival légendaire sans un seul musicien sur scène. Va-t-on voir de plus en plus de clips vivants dans cette enceinte? Vraie question à la limite du boomer.
Venimeuse
Avec Joy Crookes, au moins, le concert respire. Puisqu’on est en période de coupe du monde et de canicule, on dira que le show est monté en puissance, les sons chauffent, la voix se libère, les chansons prennent de l’épaisseur. Elle offre autre chose qu’un simple exercice de nostalgie soul: une version plus londonienne, plus contemporaine, plus venimeuse aussi.
Un bon concert, c’est comme un bon repas gastronomique: il faut qu’un plat reste en mémoire. Jeudi soir, ce fut «Fade Your Heart». Une chanson de rupture élégante et addictive, un morceau qui laisse sur la langue ce petit goût de reviens-y.