Professeur à Lausanne, il alerte
Ce «poison» nuit bien plus à l'économie qu'une hausse de prix du pétrole

Chocs pétroliers dus au conflit iranien: selon Simon Evenett de l'IMD Lausanne, ce ne sont pas les prix élevés mais les fluctuations extrêmes qui constituent le véritable problème. Le plein impact économique ne se fera pas sentir avant 19 mois.
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Les prix élevés à la pompe sont une source d'irritation.
Photo: Imago
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Martin Schmidt

Ici un soupir, là un grognement: depuis le début de la guerre en Iran, les automobilistes accusent le coup à chaque passage à la pompe. Les prix des carburants ont encore bondi, pesant lourdement sur le budget des ménages.

Mais alors que la population s'agace, les experts, eux, gardent les yeux rivés sur le cours du baril: à environ 90 dollars US le baril, l'économie suisse ne croît plus que de 0,7% au lieu de 1% selon les prévisions. Si le prix venait à se maintenir à long terme à 120 dollars US, on parlerait d'une crise mondiale. Actuellement, il se situe à 105 dollars.

Pourtant, une nouvelle analyse vient bousculer cette focalisation sur le seul niveau des prix.

Son auteur est Simon Evenett, professeur de politique commerciale et de géopolitique au célèbre Institut international de développement du management (IMD) à Lausanne. Il l'assure: un prix du pétrole élevé mais stable est supportable. Le véritable poison pour l'économie mondiale est la volatilité – c'est-à-dire les fluctuations imprévisibles des prix.

La hausse des prix n'est pas le problème

En épluchant les données du commerce mondial de 2000 à 2026, Simon Evenett est arrivé à une conclusion surprenante: un prix du pétrole élevé et constant peut, dans de nombreux cas, accélérer la croissance du commerce mondial.

Si le niveau des prix du pétrole augmente de 10%, le commerce augmente de 0,38 point de pourcentage. Pourquoi? Parce que les pays exportateurs d'énergie obtiennent des revenus plus élevés qu'ils dépensent à leur tour pour l'importation de biens et de services.

En revanche, seuls les spéculateurs boursiers se réjouissent des fluctuations de prix plus importantes. Une hausse de 10% de la volatilité suffit à freiner sensiblement la croissance du commerce mondial. Et le prix du pétrole joue actuellement les montagnes russes. Le président américain Donald Trump fait des annonces presque tous les jours, de quoi affoler les bourses.

Les fluctuations agissent comme un tsunami

L'aspect le plus inquiétant de l'étude concerne l'effet retardé de ces chocs. Selon Simon Evenett, les «secousses» actuelles provoqueront un séisme qui sera suivi d'un tsunami… dans environ 19 mois. C'est à ce moment-là que l'impact se fera pleinement sentir.

Pourquoi un tel délai? Parce que si le prix du pétrole fait les montagnes russes, les patrons du monde entier tirent le frein d'urgence. Les investissements sont stoppés. Les contrats de livraison sont renégociés après leur expiration, en tenant compte de la nouvelle volatilité. Par ailleurs, les stocks sont vidés. Résultat: le commerce s'effondre plus tard, mais avec une force trois à quatre fois supérieure au choc initial.

Pour l'expert, l'engrenage est déjà enclenché. Même si Trump négocie la paix en Iran ou si la situation se calme un peu. Comme les prix du pétrole ont déjà énormément fluctué ces dernières semaines et ces derniers mois en raison du conflit, cette tendance à la baisse pour le commerce est «déjà dans le pipeline». Simon Evenett écrit explicitement que les déclarations selon lesquelles le commerce mondial est resté robuste face au conflit sont prématurées.

Demandes aux autorités

Les conséquences les plus graves devraient se faire sentir fin 2026 et 2027, avec de grandes différences géographiques. Les pays d'Afrique et du Moyen-Orient seraient de loin les plus durement touchés.

Pour Simon Evenett, il est donc clair que la politique ne doit pas se concentrer sur une baisse artificielle du prix du pétrole dès qu'il s'envole. Les réserves stratégiques de pétrole devraient avant tout être utilisées pour lisser les hausses de prix sauvages, conclut-il.

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