L'euro est tombé lundi son plus bas niveau depuis près d'un an et demi face au dollar, l'incertitude politique en Espagne venant s'ajouter aux inquiétudes budgétaires en Europe, notamment en France. Peu après avoir atteint un plus bas depuis mai 2025 face au billet vert à 1,1161 dollar pour un euro, la monnaie unique européenne reculait de 0,31% vers 09H25 GMT (11H25 heure de Paris), à 1,1219 dollar. Elle perdait aussi 0,26% face à la livre britannique, à 84,47 pence pour un euro.
«La France était déjà sous pression en raison de questions sur sa crédibilité budgétaire et sa stabilité politique. L'Espagne ajoute désormais une couche supplémentaire d'incertitude», constate Patrick Munnelly, analyste chez Tickmill. Trois jours après le rejet des mesures de son gouvernement pour sortir de la crise du logement, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a annoncé lundi la convocation d'élections législatives anticipées le 29 novembre.
«La BCE a une tâche difficile»
Le paquet de mesures rejeté s'inscrit en pleine vague de protestations déclenchées après l'expulsion de Maricarmen Abascal, une Madrilène de 87 ans contrainte de quitter l'appartement où elle vivait depuis sept décennies, après son acquisition par une société d'investissement qui entendait augmenter son loyer de 275%.
En parallèle, la semaine dernière, le taux d'emprunt français s'est envolé au plus haut depuis 2002, le jour de la présentation du projet de budget 2027 du gouvernement présentant une série de mesures d'économies, notamment sur les retraites. Ce plan n'a pas suffi à calmer les inquiétudes des marchés, qui doutent de la capacité du pays à adopter un budget, alors que la situation politique est bloquée et que la France affiche un déficit et une dette par rapport au produit intérieur brut (PIB) parmi les plus élevés en Europe.
«La situation n'est pas encore systémique, mais elle suffit à peser sur l'euro et à maintenir la prudence des investisseurs» vis-à-vis des obligations souveraines européennes, indique M. Munnelly. «La BCE a une tâche difficile: tenir un discours ferme pour contenir l'inflation, tout en étant attendue au tournant pour intervenir» si besoin en soutenant les états «si la vente massive sur la dette française devait devenir incontrôlable», note Chris Turner, analyste chez ING.
Mercredi est aussi attendu le compte-rendu de la dernière réunion de la Réserve fédérale (Fed) de mi-septembre, qui devrait éclairer sur les intentions des responsables monétaires. Au vu des derniers chiffres décevants sur l'emploi américain, les cambistes s'attendent à ce que la Fed marque une pause dans son resserrement en octobre.