Vous disposez de 30’000 francs de côté? Peut-être grâce à un héritage, ou simplement après plusieurs années d’épargne rigoureuse. Une question s’impose alors: comment investir intelligemment cet argent pour obtenir un meilleur rendement qu’un simple compte d’épargne?
Première étape: définir une réserve d'urgence pour les imprévus. Une panne de voiture, un chauffage à remplacer ou des frais médicaux peuvent vite peser sur le budget.
La réserve d'urgence avant tout
Karl Flubacher, expert en placement chez VZ VermögensZentrum, recommande de bloquer environ 20’000 francs de réserve. Cette somme permet de faire face aux coups durs, voire de couvrir quelques mois sans revenu. Le placement le plus adapté reste le compte d’épargne. «Avec l’épargne, ce n’est pas le rendement qui compte, mais la disponibilité à court terme», explique-t-il.
En mars, l’inflation en Suisse atteignait 0,3%. Avec des taux d’intérêt faibles, le pouvoir d’achat diminue légèrement. Mais cette réserve offre une sécurité précieuse. Il reste alors environ 10’000 francs à investir.
Si vous vivez en Suisse et que vous êtes encore actif professionnellement, une option s’impose: verser le montant maximal dans le pilier 3a. En 2026, cela correspond à 7258 francs. «Cela permet de réduire sa charge fiscale», souligne Karl Flubacher. «Il existe aujourd’hui des prestataires en ligne peu coûteux pour placer cet argent efficacement.»
Une fois ce montant versé, il reste un peu moins de 3000 francs. L'une des solutions consiste à investir dans un ETF, un fonds indiciel coté en bourse. Ce type de placement permet de profiter de la performance des marchés, sans laisser son argent perdre de la valeur sur un compte.
Pilier 3a et ETF
Si votre réserve d’urgence est déjà constituée, votre marge de manœuvre augmente. Après avoir versé le montant maximum sur les 30’000 francs disponibles dans le pilier 3a, vous pouvez réfléchir à l’utilisation du reste, soit environ 23’000 francs.
Avec un horizon de placement à long terme, de plusieurs années voire décennies, l’investissement en actions devient pertinent. «Sur la durée, les actions sont ce qui rapporte le plus», explique l’expert. Mais il met en garde contre le choix de titres individuels. «Le stock picking est trop risqué. Des entreprises comme Swissair, Credit Suisse ou Wirecard ont connu de fortes performances avant de disparaître.»
Les ETF – un fonds d'investissement coté en bourse – offrent une alternative plus sûre grâce à la diversification. Ils suivent un indice boursier et présentent des frais très faibles. «Sur le long terme, économiser 0,5 à 1% de frais par an fait une vraie différence», précise Karl Flubacher.
En combinant la performance des marchés et les dividendes, ces placements profitent de l’effet des intérêts composés. Le risque reste modéré, même si certaines entreprises peuvent sous-performer. «Un mauvais titre peut toujours se glisser dans un ETF, mais il est compensé par les autres», ajoute-t-il.
Quand se lancer?
Karl Flubacher recommande des indices largement diversifiés comme le Swiss Performance Index, le S&P 500 ou le MSCI World, qui regroupe entre 1300 et 1500 entreprises de pays industrialisés. Les profils plus audacieux peuvent ajouter une petite part d’or ou de bitcoin, sans dépasser 5% du patrimoine. Si ces investissements sont intéressants d'un point de vue du profit, ils ont toutefois le désavantage de ne pas être orientés vers des investissements «propres» (le MSCI World n'intègre, par exemple, aucun filtre d'éthique). Des alternatives plus responsables existent.
Faut-il investir tout le montant en une fois, ou par étapes? Pour l’expert, la réponse est claire. «Si l’horizon de placement est long, il vaut mieux investir immédiatement. Tenter de trouver le bon moment est extrêmement difficile, surtout sur des marchés volatils.» Et d’ajouter: «C’est actuellement une période intéressante pour entrer sur les marchés, les valorisations restant inférieures aux récents sommets», conclut-il.