En bref
- Le 29 novembre, le peuple suisse décidera du financement supplémentaire de l'AVS
- Figure historique du PS et conseiller aux Etats, Paul Rechsteiner est considéré comme le père de la 13e rente AVS
- Il défend la hausse de la TVA en faveur de l'AVS
En mars 2024, le peuple suisse a plébiscité l'introduction d'une 13e rentre AVS, destinée à améliorer le pouvoir d'achat des retraités. Cette mesure représentera un coût supplémentaire de 4 à 5 milliards de francs par an pour l'AVS. La première 13e rente sera versée en décembre.
Figure historique du PS, Paul Rechsteiner est considéré comme l'un des principaux artisans de cette 13e rente AVS. Il y a déjà plus de 20 ans, alors qu'il dirigeait un syndicat, il réclamait l'introduction d'une 13e rente AVS. Dans un entretien accordé à Blick, il défend désormais une hausse de la TVA, pour financer, au moins en partie, ce supplément de rente. Les Suisses seront appelés à se prononcer sur cette mesure le 29 novembre prochain.
Blick: Vous toucherez votre première 13e rente AVS en décembre. Qu'avez-vous prévu d'en faire?
Paul Rechsteiner: La question n'est pas de savoir ce que je vais en faire personnellement. Pour les personnes aux revenus modestes et moyens, cette 13e rente représente la première véritable amélioration des prestations AVS depuis près de 50 ans. Pourtant, durant toutes ces décennies, la Suisse a considérablement accru sa prospérité et sa capacité économique. C'est donc une avancée majeure. Je le constate d'ailleurs au contact de la population suisse.
Dans quelle mesure?
Dans la rue, des retraités viennent régulièrement à ma rencontre pour me dire à quel point ils se réjouissent de recevoir la 13e rente. Elle leur permettra de boucler un peu plus facilement leurs fins de mois ou de s'accorder quelques petits plaisirs. Un homme proche des 80 ans m'a confié que, grâce à cette rente supplémentaire, il pourrait à nouveau s'offrir l'abonnement général pour seniors. Pour lui, cela signifie retrouver un peu de liberté et améliorer sa qualité de vie.
Les jeunes voient probablement les choses différemment! Selon un dernier sondage, ils sont sceptiques à l'égard du projet. A leurs yeux, ils devront payer davantage, sans en tirer de bénéfice immédiat.
C'est tout le contraire! Le renforcement de l'AVS profite à toutes les générations, y compris aux jeunes. Sans l'AVS, ceux-ci devraient épargner des sommes considérables pour pouvoir bénéficier, une fois à la retraite, d'une couverture équivalente. Il est également dans leur intérêt que leurs parents et grands-parents puissent vivre dignement grâce à une bonne prévoyance vieillesse. Depuis la mise en place d'une AVS solide, les liens entre les générations se sont considérablement renforcés. Il suffit de voir le rôle joué par les grands-parents dans la garde des enfants: ils constituent de loin la plus grande structure d'accueil de Suisse!
En tant qu'artisan de la 13e rente AVS, ne culpabilisiez-vous pas à l'idée que votre projet coûtera entre 4 à 5 milliards de francs supplémentaires chaque année?
Non. Une telle revalorisation des rentes était nécessaire depuis longtemps. Nous avons plusieurs fois cherché à y parvenir. Avec la 13e rente, nous avons finalement trouvé la solution qui nous a permis de franchir une étape décisive en matière de politique sociale. La 13e rente AVS deviendra désormais aussi évidente que le 13e salaire mensuel.
Le principal problème, reste donc la question de son financement.
L'AVS est l'assurance sociale la mieux financée de Suisse. Au regard des prestations qu'elle fournit et de leur coût, elle est particulièrement avantageuse. Il est toutefois évident qu'une prestation supplémentaire comme la 13e rente nécessite des ressources financières additionnelles.
C'est pourtant la TVA qui doit désormais assurer ce financement, alors que les syndicats la dénoncent régulièrement comme un impôt «antisocial».
J'aurais préféré que le financement repose sur une augmentation des cotisations salariales. Le projet actuel prévoit toutefois des mesures de compensation sociale, puisque le taux de TVA appliqué aux biens de consommation courante ne sera pas augmenté. Les personnes aux revenus modestes et moyens sont particulièrement avantagées, car elles bénéficient largement des prestations de l'AVS par rapport à leurs cotisations. Ce serait une grave erreur de rejeter ce projet.
C'est pourtant la position défendue par le syndicat VPOD.
Comment peut-on envisager de rejeter un financement supplémentaire de l'AVS? Un refus ne ferait le jeu que de ceux qui souhaitent réduire les prestations de l'AVS. Il profiterait notamment à l'UDC et au PLR, qui veulent relever l'âge de la retraite et remettent en question la compensation du renchérissement. Ces partis auraient tout à gagner d'un rejet de la hausse de 0,4 point de TVA. J'espère toutefois que les membres du VPOD soutiendront le projet.
Cette hausse de la TVA se répercutera pourtant sur le prix de la bière à la fin du travail, la visite chez le coiffeur ou encore le prochain plein d'essence.
L'augmentation reste très modeste au regard de ce qu'elle permet d'obtenir en contrepartie, c'est-à-dire un supplément de rente AVS pouvant dépasser 2000 francs par an.
La coprésidente du PLR, Susanne Vincenz-Stauffacher, fait campagne contre le projet et propose plutôt des fonds du budget fédéral vers l'AVS. Cette solution semblerait pourtant plus simple.
Les arguments du PLR ne sont pas crédibles. Les marges de manœuvre dans le budget de la Confédération sont extrêmement limitées. Réduire les dépenses dans la formation ou les transports publics serait une très mauvaise option. En revanche, le PLR ne souhaite pas réaliser d'économies dans l'agriculture ou l'armée. En invoquant les contraintes du budget fédéral, le parti cherche surtout à masquer ses véritables intentions.
C'est-à-dire?
Le PLR veut affaiblir l'AVS afin de justifier un relèvement de l'âge de la retraite. Il remet également en question certaines prestations, comme l'adaptation régulière des rentes à l'augmentation du coût de la vie.
Le PLR se montre favorable à un système qui tiendrait compte de la durée de la vie active. Les personnes ayant commencé à travailler tôt pourraient ainsi partir plus rapidement à la retraite, tandis que ceux ayant suivi des études devraient travailler plus longtemps. Qu'en pensez-vous?
L'AVS offre déjà aujourd'hui une grande souplesse. Ceux qui le souhaitent et qui en ont la possibilité peuvent continuer à travailler au-delà de l'âge de la retraite. La santé joue également un rôle essentiel. Pour ma part, je continue d'exercer mon métier d'avocat. Mais pour permettre aux personnes qui ont commencé à travailler jeunes de partir plus tôt à la retraite, la solution ne passe pas par l'AVS, mais par des mesures adaptées à chaque branche dans le cadre du deuxième pilier. Dans le secteur de la construction, par exemple, cela pourrait se traduire par un départ à la retraite dès 60 ans.
Les sondages annoncent un scrutin très serré. La gauche ne paie-t-elle pas aujourd'hui le prix d'avoir laissé entendre, lors de la campagne sur la 13e rente AVS, que celle-ci ne coûterait pratiquement rien?
Nous avons toujours expliqué que les réserves financières de l'AVS permettraient de financer la 13e rente pendant un ou deux ans, mais qu'un financement supplémentaire serait indispensable à plus long terme. Nous aurions préféré financer la 13e rente par une légère augmentation des cotisations AVS prélevées sur les salaires. Mais le Parlement a rejeté cette proposition.
Un rejet du projet pourrait pourtant permettre de trouver une autre solution de financement, qui correspondrait davantage aux positions de la gauche.
On peut toujours espérer d'autres solutions, mais il faut aussi tenir compte de la réalité. Aujourd'hui, nous devons nous prononcer sur le projet qui est sur la table, et celui-ci est tout à fait raisonnable. Il permettrait d'apporter 1,5 milliard de francs supplémentaires à l'AVS, voire 2 milliards par an à plus long terme. Ce n'est pas négligeable! Pour l'équilibre financier de l'AVS et, par conséquent, pour le montant de nos rentes, cela fait une différence considérable. Pour garantir l'équilibre de l'AVS sur le long terme, mieux vaut saisir l'occasion qui se présente plutôt que de miser sur une solution hypothétique. Le reste ne serait pas sérieux.
Si le projet est rejeté, seriez-vous prêt à envisager un compromis associant une légère hausse de l'âge de la retraite à une augmentation modérée de la TVA?
Le PLR et l'UDC ont voulu instaurer un relèvement automatique et sans limite de l'âge de la retraite. Le peuple leur a infligé une nette défaite en 2024. Les femmes doivent déjà accepter le relèvement progressif de leur âge de départ à la retraite à 65 ans. Désormais, l'âge de la retraite est fixé à 65 ans pour les femmes comme pour les hommes, et il doit le rester. C'est tout à fait justifié.