Un seul instant de déconcentration. Une demi-seconde, même pas. Camille Rast file à toute vitesse lorsqu’elle perd le contrôle de ses skis juste avant la ligne d’arrivée. Elle fait une embardée et chute lourdement. Quelques instants plus tard, elle se relève. Aucun os n’est cassé, aucun ligament n’est déchiré. Et pourtant, Camille Rast souffre encore aujourd’hui des conséquences de cet accident survenu en février 2025.
«Après un an et demi, j’espérais ne plus avoir mal», confie à Blick la Valaisanne de 27 ans. Mais ce n’est pas le cas. «Dès qu’on augmente la charge ou qu’on fait quelque chose de nouveau, ça recommence à faire mal. Puis tout finit par se stabiliser. Jusqu’à ce qu’on change à nouveau quelque chose. Et là, ça repart.»
La championne du monde de slalom de Saalbach 2025 ne se laisse toutefois pas abattre. Elle savait que la guérison de sa hanche serait longue. Elle souffre toujours d’un syndrome de Morel-Lavallée, une blessure caractérisée par une accumulation de liquide provoquée par le décollement de la peau et des tissus sous-cutanés des structures situées en dessous.
«Lors de l’impact sur la neige, une partie du corps est restée bloquée, tandis que l’autre a continué à glisser», explique Florian Lorimier, son préparateur physique.
Une guérison complète pourrait prendre plus de deux ans
Normalement, une telle blessure met entre un an et demi et deux ans à guérir. On pourrait imaginer que le processus soit plus rapide chez une sportive de haut niveau, puisque les athlètes sont en meilleure condition physique, bénéficient d’un encadrement optimal et prennent particulièrement soin de leur corps.
Mais, dans le cas de Camille Rast, c’est tout le contraire.
«Le ski de haut niveau, sans période de repos, n’est pas vraiment ce dont mon corps aurait besoin. Dans mon cas, cela pourrait donc prendre plus de deux ans», explique-t-elle. Cette sollicitation permanente n’est évidemment pas sans conséquences.
L’hiver dernier, la Valaisanne a pourtant démontré tout ce dont elle était capable malgré sa blessure. Elle est montée à huit reprises sur le podium en Coupe du monde et a décroché deux victoires. Aux Jeux olympiques, elle a également remporté la médaille d’argent, sur une piste qui ne correspondait pas vraiment à ses qualités. «Nous savons comment gérer cette blessure. Mais c’est évidemment frustrant», confie-t-elle.
Pour la première fois, Camille Rast raconte à quel point la deuxième partie de la saison a été difficile. «J’avais mal toutes les nuits. Je prenais très rarement des médicaments, car mon estomac ne les supporte pas bien», explique-t-elle.
Malgré cet handicap, elle a terminé deuxième du classement de la Coupe du monde de slalom, derrière l’intouchable Mikaela Shiffrin. Une magnifique preuve de régularité. «J’en suis fière. Mais sans ces problèmes, j’aurais pu aller encore plus loin», affirme-t-elle avec conviction.
À Ushuaia, un véritable test de résistance sur les skis
Après l’hiver, toute la tension est retombée. Son corps a alors complètement lâché, connaissant ce que Camille Rast appelle un véritable «shutdown». «Mon corps m’a clairement fait comprendre: je n’en peux plus. J’ai besoin de repos, maintenant!» Elle lui a donc accordé le répit nécessaire. Mais lorsqu’elle a repris l’entraînement physique, elle en a immédiatement ressenti les conséquences. «Nous avons recommencé tout doucement. Malgré cela, ma hanche et mes fessiers ont mal réagi. Nous avons dû repartir pratiquement de zéro.»
Camille Rast a effectué trois journées de ski sur glacier au coeur de l'été, puis trois autres à Wittenburg, en Allemagne, en «indoor». Et fin août, elle s’est envolée avec l’équipe suisse pour Ushuaia, en Argentine, où un stage de trois semaines doit lui permettre de poser les bases nécessaires en vue de l’hiver. «J’ai hâte d’y être», sourit-elle.
Son nouvel entraîneur, Claude-Alain Art, sera à ses côtés. Il succède à Denis Wicki, le technicien qui a pris sa retraite au printemps.
«Il me connaît depuis que je suis toute petite et il a suivi toute ma carrière. Et puis, il parle français. Cela facilite évidemment le travail avec Florian et moi», explique la Vétrozienne. L’ancien responsable des pistes de Crans-Montana était d’ailleurs le choix privilégié de la championne. C’est elle-même qui avait pris contact avec lui. «Il apporte de nouvelles idées et une nouvelle énergie. C’est vraiment génial que cela ait pu se faire.»
Il ne reste désormais plus que deux mois avant le début de la saison, à Sölden, le 24 octobre. «Comme toujours, c’est beaucoup trop peu de temps», souffle Camille Rast. Sa hanche serait probablement du même avis. La Valaisanne espère toutefois qu’elle saura se faire oublier. Ce serait sans doute le meilleur des signes.