C'est l'heure du premier départ. Premier trou, 494 mètres, par 5. Peu après 10 heures, Malorie Blanc s'avance avec son driver en main. Pas de démonstration de puissance, mais un geste parfaitement maîtrisé. La balle s'élève dans le ciel avant d'atterrir au beau milieu du fairway. «Je ne joue que depuis trois ans. C'est mon copain, Léo, qui m'a initiée au golf. Quand je touche parfaitement la balle au départ, c'est un vrai plaisir.»
Comme à l'instant? «Exactement. Mais j'ai peut-être déjà utilisé toute ma chance», lance-t-elle en riant. La skieuse valaisanne participe aux Sport Talents Charity Golf Day.
Organisé en Valais, cet événement réunit des personnalités du sport et du monde économique dans un but caritatif. Cette année, 30'000 francs seront reversés à Sporttalente. «A cela s'ajoutent 20'000 francs pour la fondation Beloved, qui soutient les victimes du terrible incendie de Crans-Montana», précise Yves Allegro, ancien joueur professionnel de tennis et organisateur de la journée.
Pour Malorie Blanc, sa présence est une évidence. «C'est important pour moi d'être ici. Ce genre d'événement permet d'aider des personnes qui en ont besoin.»
Juste un petit juron
Crans-Montana occupe une place particulière dans la vie de la skieuse. Elle vit à Ayent, à seulement quelques kilomètres de la station. C'est là qu'elle a appris à skier enfant. C'est aussi là qu'elle s'est gravement blessée au genou peu après son titre de championne du monde junior. Mais c'est surtout ici qu'elle a décroché sa première victoire en Coupe du monde, il y a cinq mois. «J'ai encore parfois l'impression que c'est arrivé à quelqu'un d'autre. Les émotions étaient tellement fortes que j'ai eu de la peine à réaliser ce qui se passait.»
Lors du tournoi, Malorie Blanc fait équipe avec trois sympathiques retraitées. Elles disputent une partie en formule scramble: après chaque coup, seule la meilleure balle est conservée et sert de point de départ au coup suivant. «Ça enlève un peu de pression», sourit-elle.
Son deuxième coup finit pourtant loin de l'objectif. Un petit juron s'échappe, sans plus. Rien à voir avec les célèbres colères du personnage de Happy Gilmore, incarné par Adam Sandler dans le film culte sorti en 1996. «Bien sûr que je connais ce film. Il est génial. J'adore voir Adam Sandler perdre complètement les pédales après un mauvais coup.» Et elle, pourrait-elle réagir ainsi un jour? «Pas encore. Mais il nous reste plus de 17 trous à jouer», répond-elle en éclatant de rire.
Quelques minutes plus tard, elle dépose sa balle avec précision sur le green. «Super!» et «Bravo!» lancent ses partenaires de jeu. «Le golf mélange la technique, le mental et le côté social. C'est exactement ce qui me plaît dans ce sport.»
L'objectif des 500 points avant le géant
A Crans-Montana, l'hiver paraît déjà loin, même si les sommets restent enneigés. La préparation physique pour la prochaine saison a commencé depuis plusieurs semaines. Malorie Blanc le sait: c'est durant cette période que se construisent les succès de l'hiver.
Une question revient régulièrement: la spécialiste de vitesse va-t-elle bientôt se lancer en géant? A l'entraînement, elle a déjà démontré de belles qualités dans cette discipline. «Chaque chose en son temps. Je vais certainement accentuer mon travail en géant. Cela peut aussi m'aider en descente et en super-G. Mais participer à des courses, c'est encore autre chose.»
Le plan semble déjà dessiné: accumuler d'abord 500 points en vitesse afin de bénéficier d'un meilleur dossard, puis tenter sa chance en géant juste derrière le top 30 mondial. Peut-être dès l'hiver suivant? «Ça me paraît être une bonne idée», répond-elle.
Les Mondiaux de Crans-Montana déjà dans toutes les têtes
Ces derniers mois, peu de nuages sont venus assombrir son quotidien. Seul le départ des entraîneurs de vitesse Stefan Abplanalp et Jvano Nesa l'a touchée. «C'était émouvant. Mais le ski est un sport où tout évolue très vite. Les changements apportent aussi de nouvelles opportunités.»
Dans quelques mois, Crans-Montana accueillera les Championnats du monde de ski alpin 2027. Difficile d'imaginer un rendez-vous plus important pour une athlète valaisanne. Après sa victoire en super-G, les attentes autour d'elle seront forcément élevées. «Ça fait partie du jeu. Je suis surtout fière de pouvoir skier sur cette piste. Je l'adore. Et je me réjouis autant de l'ambiance que des courses elles-mêmes.»
Une chose est sûre: sur les greens comme sur les pistes, Malorie Blanc fait preuve d'une belle maîtrise. Et jusqu'au dernier trou, aucun épisode digne de Happy Gilmore n'est venu perturber sa journée. «Je suis restée calme», conclut-elle en riant.