À 10h50, le jury de la FIS tire la sonnette d’alarme: la descente féminine de Crans-Montana est interrompue. En cause, des chutes de neige trop importantes et une visibilité devenue insuffisante. «Je suis contente d’être arrivée sur mes deux jambes», souffle la Française Romane Miradoli après sa course. L’ancien président du comité d’organisation, Marius Robyr, appuie: «Nous ne devons pas mettre la vie des skieuses en danger.»
Pourtant, tout semblait réuni pour une course normale. Lors de l’inspection à 9h15, les conditions étaient jugées bonnes: pas de brouillard, seulement une légère chute de neige. «Nous étions ravis», confie le chef de Swiss-Ski Hans Flatscher. «La piste était très bien préparée.»
Le départ est donné à 10h. La première à s’élancer, Nina Ortlieb, chute après vingt secondes dans le trou du renard, le passage le plus délicat du parcours : un saut suivi immédiatement d’un virage serré à droite. Elle manque la ligne idéale et termine dans les filets. « La piste était agitée. Sur un tel parcours, les erreurs sont interdites », explique-t-elle. Elle s’en sort sans blessure.
Même Lindsey Vonn chute
Après une interruption de treize minutes, la course reprend. Miradoli passe sans encombre. Pas le dossard 3, Marte Monsen. Dans la pente finale, la Norvégienne se met trop directe, rate une porte et ne parvient plus à freiner. Elle percute violemment le filet, est projetée sur la piste, perd son casque et saigne. Elle est évacuée en civière.
Corinne Suter s’élance en cinquième position. Elle skie fort, ralentit dans le bas et rallie l’arrivée sans incident. «La piste était extrêmement agitée, mais bonne. Chez moi, il faisait jour», lâche-t-elle.
Juste après, Lindsey Vonn prend le départ. La reine de la vitesse chute au même endroit que Nina Ortlieb et termine elle aussi dans les filets. En larmes à l’arrivée, elle souffre du genou gauche. Prise en charge dans la tente médicale, elle est ensuite héliportée à l’hôpital. Les Jeux olympiques de Cortina, son dernier grand objectif, sont désormais menacés.
«Les athlètes étaient en colère»
La course est alors définitivement interrompue. Le directeur de course de la FIS, Peter Gerdol, justifie la décision: «Toutes les chutes sont dues à la mauvaise visibilité. Et selon le météorologue, les conditions n’allaient pas s’améliorer. Au sein du jury, tout le monde était d’accord pour arrêter.»
Un avis que ne partage pas Rainer Salzgeber. À 11h30, le chef de course de Head se montre très critique auprès de Blick: «Je trouve que cette interruption est une horreur. À ce moment-là, la visibilité était très bonne. J’ai parlé à plusieurs skieuses qui n’ont finalement pas pu courir: elles parlaient de super conditions et étaient en colère.»
Ce n’est toutefois pas le seul point qui irrite l’ancien spécialiste autrichien. La mise en place du parcours dans et avant le «trou du renard» lui pose problème. «Ce n’était pas optimal. Lindsey était très rapide, elle a sauté très loin, puis elle a été touchée directement dans la compression. Il aurait fallu adapter l’approche pour empêcher les skieuses d’arriver aussi directes.»
Trop de neige fraîche!
La violente chute de Marte Monsen soulève également des questions. Déjà à l’entraînement, plusieurs skieuses avaient manqué la même porte. «Elle a skié trop direct, bien sûr. Mais ça arrive», analyse Rainer Salzgeber. «Le vrai problème, c’est qu’elle n’avait aucune possibilité d’éviter la chute. Il y avait trop de neige fraîche à côté de la ligne idéale. Elle ne pouvait plus diriger ses skis. C’était dangereux.»
Ce qu’il ne comprend pas: «Lors de la reconnaissance, certaines sections étaient interdites, on devait contourner par l’extérieur. Pourtant, si davantage de personnes avaient glissé sur cette neige, cela aurait aidé. Cette partie aurait dû être dégagée. Là, la FIS aurait dû intervenir. » Déçu, il conclut : « On parle toujours de sécurité, de matériel. Mais les accidents d’aujourd’hui n’avaient rien à voir avec ça. »
Rainer Salzgeber reste convaincu qu’il aurait fallu poursuivre la course après une courte pause. Plusieurs personnes dans l’aire d’arrivée partageaient cet avis, estimant que les skieuses restantes auraient su s’adapter.
Le jury en a décidé autrement. Peter Gerdol conclut: «Nous savons que le ski est un sport à haut risque. Mais nous ne devons pas placer les athlètes dans une situation où ce risque devient excessif.»