Le lieu n'a pas été choisi au hasard. Pour présenter son projet de Jeux olympiques d'hiver, «Switzerland 2038» a décidé de prendre quartier dans la salle du Wankdorf de Berne. «L'été dernier, lors de l'Euro, ce stade a écrit l'une des plus belles pages du sport suisse», s'exclame Frédéric Favre. L'ancien conseiller d'État valaisan est désormais CEO de l'association qui souhaite ramener les JO en Suisse, une première depuis 1948.
À l'heure actuelle, le pays à croix blanche est en dialogue privilégié avec le CIO. «La Suisse ne peut pas être battue mais elle peut perdre, explique le Valaisan. Concrètement, cela signifie qu'on a l'exclusivité. Mais si ça bloque pour X ou Y raisons à l'interne, ça ne se fera pas.» Devant la presse, les organisateurs ont voulu se montrer rassurants: normalement, un référendum au niveau fédéral ne pourrait pas avoir lieu. «Une seule fois dans l'histoire récente de la Suisse, une question de budget a été votée par le peuple: celle de l'acquisition d'avions de la part de l'armée suisse», rappelle Ruth Metzler-Arnold, présidente de Swiss Olympic.
Trois «clusters»
Par contre, un reste pourrait advenir au niveau cantonal ou communal. Car la particularité de la candidature suisse est qu'elle prévoit des compétitions de Genève aux Grisons, en passant par le Tessin ou Zoug. «La Suisse sera le premier pays hôte des Jeux olympiques», proclame Ruth Wipfli Steinegger, co-président de «Switzerland 2038».
Comment faire si, tout à coup, Crans-Montana (là où doit avoir lieu le ski alpin) décide de se retirer de la course? «Pendant dix ans, les choses peuvent évoluer, sait Frédéric Favre. Aujourd'hui, rien n'est fixé mais on présente ce plan de faisabilité, qui est défendu et qui sera présenté.» L'avantage de celui-ci est qu'il se divise en trois «clusters», à savoir des régions (l'arc lémanique, la Suisse centrale et les Grisons).
Le hockey boude les Romands
Parmi les critiques qui peuvent lui être faits, celle d'une diagonale du vide entre le Jura, Neuchâtel, Fribourg et Berne (qui accueillerait tout de même la cérémonie de clotûre). «L'idée est de pouvoir faire profiter toutes les régions dans 10 ans, calme l'ancien politicien. Je ne parle évidemment pas de la volonté d'avoir la flamme qui traverse les 26 cantons ou le fait d'avoir 26 personnes qui allument la vasque olympique.»
Par contre, le hockey sur glace devrait se concentrer entre Zurich, Zoug et Lugano. Ancien arbitre, Frédéric Favre n'a-t-il pas une petite déception de voir «son» sport exilé si loin? «C'est impossible d'avoir une répartition par sport sur les quatre régions linguistiques, souffle-t-il. Ça peut titiller les Romands mais, à l'inverse, tout le ski alpin est chez eux.» Il faut parfois voir le verre à moitié plein.
«Je parie une bonne raclette…»
Cette conférence de presse a également été l'occasion pour «Switzerland 2038» de présenter son budget. Il table ainsi sur 2,2 milliards de francs, dont 18% viendrait des contributions des pouvoirs publics. Parmi les recettes, on peut mentionner 1,1 milliard de sponsoring/médias et 413 millions de billeterie. «Je parie une bonne raclette qu'on aura aucune difficulté à vendre des tickets dans ce beau pays qui aime le sport», s'est exclamé Frédéric Favre à la question d'un journaliste.
Présent en tant que membre du comité, le quadruple champion olympique Dario Cologna a également affirmé l'importance de Jeux olympiques en Suisse, surtout du point de vue de l'héritage. Accompagné de Malena, fondeuse de 10 ans, le Grison a rappelé l'important pour les jeunes d'avoir des rêves. «Quand je pense à Switzerland 2038, j’ai vraiment envie et l’énergie de m’entraîner, a souri la jeune fille. C'est un grand objectif et j’ai hâte d’y être. Le fait que les Jeux puissent même se dérouler chez nous me rend tout simplement heureuse et très fière.»
Elle a été suivie par de nombreux athlètes suisses qui, en vidéo, ont défendu le projet, comme Reto Berra, Mathilde Gremaud, Beat Feuz, Lia Wälti, Roman Josi, Nico Hischier, Théo Gmür, Marcel Hug, Stéphane Charlin, Basile Sansonnens ou Fanny Smith. «Ensemble, unique et innovant», ont-ils conclu.