Un drame les a soudés
Ce trio italien veut contrecarrer les plans suisses

Un duel Suisse-Italie se dessine pour la descente olympique de samedi. Les locaux ont trois redoutables descendeurs qui pourraient barrer la route à nos athlètes.
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Giovanni Franzoni est un candidat sérieux à une médaille lors de la descente olympique.
Photo: AP
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Marcel W. Perren

Tous les espoirs de l’Italie reposent sur eux. Le trio composé de Giovanni Franzoni, Dominik Paris et Florian Schieder portera haut les couleurs des Azzurri en descente, avec l’ambition claire d’aller chercher une médaille. Ces trois spécialistes sont considérés comme les principaux rivaux des stars suisses de la discipline.

Giovanni Franzoni

Le vainqueur de Kitzbühel, qui vit au bord du lac de Garde, est issu d’un milieu aisé. Son père a bâti une entreprise florissante dans le traitement des métaux. Mais Giovanni n’a jamais été élevé comme un enfant gâté. À la maison, la discipline sportive était une règle intangible.

Son frère jumeau Alessandro a lui aussi été considéré un temps comme un grand talent du ski, avant de mettre un terme à sa carrière en 2019 après quelques courses FIS. Giovanni, lui, a intégré le cadre C italien et poursuivi son ascension.

À ce niveau, il est encadré par une légende de la discipline: Peter Fill, double vainqueur du globe de descente. L’ancien champion se souvient de leur première rencontre: «Giovanni était alors physiquement en retard sur les autres. Mais comme il adorait s’entraîner, il s’est rapidement transformé en véritable machine. Le problème, c’est qu’à l’époque, c’était aussi un athlètes complètement casse-cou.»

Peter Fill raconte un épisode marquant: «Lors d’un entraînement estival en VTT de descente, j’avais insisté sur le fait que l’objectif était surtout de s’amuser. La consigne n’a pas duré longtemps: sur la toute première bosse, Giovanni a tenté un saut insensé et s’est cassé l’épaule.»

Moins d’un an plus tard, le skieur techniquement très doué signait pourtant son premier top 30 en descente, sur le Stelvio à Bormio – la piste même qui accueillera la descente olympique. Mais un nouveau coup dur l’attendait.

En septembre dernier, son colocataire et ami Matteo Franzoso perd la vie lors d’un entraînement au Chili. La majorité de l’équipe italienne quitte immédiatement La Parva. Giovanni Franzoni, lui, décide de rester une semaine de plus, tout comme Dominik Paris. «Giovanni m’a confié qu’après un tel drame, il n’aurait peut-être jamais osé revenir en descente s’il n’avait pas continué tout de suite», explique Peter Fill.

La boucle semble aujourd’hui se refermer: il y a trois semaines, Giovanni Franzoni a décroché sa première victoire en Coupe du monde lors du super-G du Lauberhorn. Désormais, il figure parmi les candidats les plus sérieux à l’or olympique.

Dominik Paris

Au début de sa carrière, le puissant skieur italien a bien failli tout perdre. «Je buvais parfois trop, et mes performances se sont effondrées», confiait-il en 2021. Un été passé comme vacher au col du Splügen, loin des tentations, lui a permis de remettre sa carrière sur les rails.

Depuis, il a accumulé les succès: 24 victoires en Coupe du monde, dont sept sur le Stelvio. Autant dire que Bormio est son terrain de jeu favori. Malgré une blessure au pied survenue à l’automne, il a confirmé sa bonne forme en terminant récemment deuxième de la descente de Crans-Montana.

«La force brute de l’équipe suisse nous oblige à skier chaque jour un peu plus vite», reconnaît-il. Dominik Paris souligne aussi la cohésion retrouvée au sein du groupe: «Le décès de Matteo Franzoso a sans doute renforcé nos liens. L’ambiance est aujourd’hui bien meilleure, et nous prenons vraiment du plaisir ensemble.»

Florian Schieder

Depuis plusieurs semaines, Florian Schieder enchaîne les performances solides en descente: podium et top 6 à Val Gardena, douzième à Wengen, quatrième à Kitzbühel, neuvième à Crans-Montana.

«J’ai toujours été fort dans les passages techniques, mais je perdais trop de temps sur les sections de glisse», admet-il. Un problème en grande partie résolu grâce aux conseils d’un certain Dominik Paris. «Il m’a donné beaucoup d’inputs pour devenir plus rapide sur le plat.»

Les deux hommes partagent aussi une passion commune pour la musique. Si Dominik Paris joue du heavy metal, Florian Schieder, lui, joue du trombone au sein d'un orchestre. «En été, nous avons un concert tous les jeudis», sourit-il. Peut-être bientôt avec une médaille olympique autour du cou.

Mattia Casse

Considéré comme un phénomène à l’entraînement, Mattia Casse peine souvent à confirmer en course ce qu’il montre lors des répétitions. L'Italien n’a remporté qu’une seule victoire en Coupe du monde: au super-G de Val Gardena.

Lors du deuxième entraînement de la descente olympique, il a toutefois signé le meilleur temps… avant de manquer une porte. Un symbole de son talent aussi impressionnant que frustrant.

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