Patrice Morisod décrypte la Stelvio
«Une victoire d'Alexis Monney serait incroyable»

Consultant pour la RTS lors de ces JO, Patrice Morisod connaît très bien la piste de Bormio. Pour Blick, le Valaisan la décrypte, dans sa version olympique.
1/2
Patrice Morisod (à droite) sera le consultant de la RTS pour le ski alpin aux JO.
Photo: keystone-sda.ch
Blick_Matthias_Davet.png
Matthias DavetJournaliste Blick

Voilà des années que Patrice Morisod arpente les aires d'arrivée des courses de ski alpin. Que ce soit en tant qu'entraîneur ou consultant, le Valaisan connaît très bien les pistes du circuit. Ce samedi, c'est sur l'une d'entre elles, la Stelvio de Bormio, que les athlètes vont se disputer l'or olympique en descente.

En marge de son rôle de consultant pour la RTS, il a accepté de répondre à nos questions avant la grande échéance. Interview.

Patrice, on se retrouve au pied de la Stelvio. Qu'est-ce qui change le plus entre une course disputée en décembre et en février?
Il y a deux grandes différences. D'abord la visibilité: en décembre, c'est tout le temps sombre, alors qu'en février, même quand c'est couvert, on voit beaucoup mieux. Ça rend la piste plus facile.

Et la deuxième?
La préparation. Les organisateurs ont eu davantage de temps. La piste est mieux travaillée du départ à l'arrivée, avec beaucoup moins de glace. En décembre, ils sont souvent dans l'urgence et mettent énormément d'eau. La piste est peut-être un peu moins impressionnante, mais elle a énormément évolué entre le premier entraînement et aujourd'hui. Elle tape déjà davantage et samedi, on aura une bonne Stelvio: un peu moins dur que d'habitude, mais toujours, à mes yeux, la descente la plus exigeante du circuit masculin.

Cette configuration va-t-elle laisser la place à une éventuelle surprise?
Je ne vois pas un outsider gagner ici. Sur une piste aussi exigeante, je pense que le podium se jouera entre les grands noms. Les trois Suisses, bien sûr (ndlr: Marco Odermatt, Franjo von Allmen et Alexis Monney). Mais les Italiens avec Dominik Paris et Gionvanni Franzoni seront là. Et il ne faut pas oublier Ryan Cochran-Siegle, qui revient vraiment à son meilleur niveau, comme lorsqu'il avait gagné ici en super-G. Hormis ces six, je ne vois pas un autre monter sur le podium. Je peux me tromper. À l'entraînement, on a vu beaucoup de bluff et des joueurs qui n'ont skié que sur quelques sections. Quoiqu'il en soit, ça restera un Bormio impressionnant et exigeant techniquement et physiquement.

Pour les personnes qui vont te regarder à la télévision ou ceux qui seront sur place, où se jouera la course?
Il y a d'abord des sauts qui vont loin, notamment le tout premier à La Rocca. Ensuite, le Canalino se fait assez bien. Mais la clé se situe vraiment entre le départ du super-G et la traverse de la Carcentina: là, il faut être extrêmement précis, surtout sur cinq ou six virages où la ligne ne pardonne pas. Ensuite, sur le bas, à partir de San Pietro, la piste est un peu différente cette année. Les coureurs auront un peu plus de force. Il y a plus de neige, donc les compressions sont moins violentes, notamment à l'endroit où Cyprien Sarrazin était tombé l'an dernier. Pour moi, la course se joue entre ce départ super-G très exigeant et la Carcentina. Il faudra sortir très haut pour garder la vitesse. Ce ne sont pas beaucoup de courbes, mais ce sont de longues trajectoires très difficiles à exécuter. La moindre erreur de ligne n'est pas permise.

Le fait qu'Alexis Monney ait déjà gagné ici, sur une piste pourtant différente, lui enlève-t-il des chances?
Je ne crois pas. Je l'ai vu skier très fort jeudi sur les deux ou trois premiers secteurs. Mercredi, il était très rapide sur le bas, comme il l'est presque toujours. Pour aller chercher une médaille, il faudra qu'il reste au contact au troisième temps intermédiaire. On sait qu'il finit très vite. Il a clairement cherché à hausser l'intensité sur le haut du parcours. Et la piste a beaucoup évolué: le premier entraînement s'est déroulé dans de moins bonnes conditions. Jeudi et vendredi, c'était bien mieux. Avec la météo annoncée, on devrait avoir un très beau spectacle.

Un favori se dégage-t-il parmi les noms cités?
Après sa démonstration à Crans-Montana, Franjo von Allmen est un cran au-dessus. Mais je vois «Odi» aller chercher quatre médailles lors de ces Jeux olympiques, quelque chose que personne n'a encore jamais fait. Ça reste le favori. Il peut être battu, que ce soit par un autre Suisse, les Italiens ou l'Américain.

Et Alexis Monney?
Évidemment, une victoire d'Alexis serait incroyable. Mais j'ai le sentiment qu'Odermatt s'est totalement recentré sur son objectif olympique après sa terrible «déception» de deuxième place à Kitzbühel. Sur les dernières courses, à Saalbach et à Crans-Montana, on sentait déjà qu'il était focalisé sur les Jeux. J'aimerais bien le voir médaillé d'or en descente, car c'est la seule chose qui lui manque. Après, il pourra se concentrer sur Kitzbühel lors des prochaines années (sourire).

Articles les plus lus