Médaille d'or autour du cou, au fond de la piste qui vient de la voir être sacrée, Mathilde Gremaud relève légèrement sa veste. Dessous, on y aperçoit une belle éraflure, mélangée à un peu de sang. Quelques minutes avant son run qui lui a permis de décrocher l'or olympique en slopestyle, la Fribourgeoise s'était fait une belle frayeur.
Juste avant midi et lors du dernier entraînement, elle a lourdement chuté – comme le prouvent les blessures. «Pendant 30 secondes, je me suis dit que c'était fini, avoue la nouvelle championne olympique. C'était vraiment violent. Le docteur et la physio m'ont un peu retapée.» Cette dernière lui a alors proposé deux options: faire un contrôle complet ou essayer de maintenir le tout. «J'ai dit qu'on allait maintenir, rigole-t-elle. Elle m'a fait un tape à l'épaule et m'a donné quelques anti-douleurs.»
«Je n'avais pas le choix pour le drapeau»
C'est donc un peu groggy que la Gruérienne s'est élancée pour son premier run. Par contre, l'état d'esrit était serein. «J'avais déjà chuté dimanche à l'entraînement. Donc ce matin, je me suis dit: 'Respire, prends du temps et accepte le challenge.' Je pense que ça m'a aidé», sourit-elle.
Une manche initiale qui s'est dans l'ensemble bien passée, mais qui n'était pas suffisante pour prendre le commandement. Sauf qu'elle a réalisé une magnifique prestation lors de son deuxième essai, qui lui a permis de décrocher l'or. Car sa rivale, Eileen Gu, a chuté dès l'entame de son run final. «J'étais au départ à ce moment et je l'ai vue… J'ai attendu 2 secondes et là, Greg (ndlr: Tüscher, son coach) m'a dit: 'C'est bon'», éclate-t-elle de rire
À ce moment-là, son entraîneur a sorti un drapeau suisse de sa poche. «Je l'ai depuis ce matin, s'exclame-t-il. On n'est pas venu pour acheter des terrains en Italie! J'étais confiant et c'était la ligne de conduite avec Mathilde.» Et, apparemment, la Fribourgeoise n'a pas eu son mot à dire et a dû le garder pour son dernier run, qui comptait pour beurre. «Ils me l'ont foutu autour du cou et l'ont tellement serré que je n'avais pas le choix», sourit la championne olympique.
160 messages WhatsApp
Un moment qu'elle a vécu avec beaucoup d'émotions. «J'arrivais pas à réaliser, admet-elle. Je ne faisais que de sourire et de rigoler. C'était juste ouf.» Surtout que, dans la raquette d'arrivée, tous ses proches l'attendaient pour fêter dignement avec elle: «Bien sûr que je les voyais depuis le départ. Pouvoir partager ces émotions en direct, et pas à travers un écran, c'est incroyable.» Famille et amis étaient là, contrairement aux deux dernières éditions. Et c'était la folie dans la raquette d'arrivée.
Sourire aux lèvres, Mathilde Gremaud a dénombré 160 messages de félicitations sur WhatsApp à 15h30, soit une heure et demie après son titre. «Je vais répondre à tout le monde, mais ça va prendre du temps», promet-elle. Pour l'instant, ses Jeux ne sont pas finis puisqu'elle a encore une belle chance de médailles sur le Big Air, là où elle a décroché le bronze il y a quatre ans. Mais avant, la skieuse de La Berra va surtout tenter de se requinquer. «Demain (ndlr: mardi), je vais avoir mal», prévoit la Fribourgeoise. Au vue de ses marques, on veut bien la croire.