Marco Odermatt revient sur ses JO
«J'ai skié à 98 ou 99%»

Marco Odermatt continue d'écrire l'histoire du sport suisse, mais a été qualifié de «figure tragique» par certains médias après ses JO. Il évoque les attentes, la fatigue et ses rêves d'or, sans nourrir le moindre regret.
Yara Vettiger, Pascal Mora (Photos)

Enfin, plus de micros et plus de caméras. C'est ce dont se réjouissait le plus Marco Odermatt au terme des Jeux olympiques de Milan-Cortina. Le lendemain du géant, le Nidwaldien est rentré à Buochs (NW). Un peu fatigué, mais de bonne humeur, il est apparu dans le hall de l'hôtel. Avant de rentrer chez lui, il a pris une dernière fois le temps de répondre aux questions et de revenir avec franchise sur «ses» Jeux.

Le Suisse est reparti avec trois médailles dans ses bagages. Un nouvel exploit dans un hiver déjà exceptionnel: il devient le premier skieur suisse à totaliser quatre médailles olympiques au cours de sa carrière.

«La lumière est tellement bonne ici, laissez-moi prendre un selfie!», lance Marco Odermatt aux photographes en brandissant ses trois médailles.

Et pourtant, certains médias se sont montrés critiques: résultats décevants, figure tragique de ces JO… Marco Odermatt se contente de secouer la tête et de rire. «Celui qui rentre à la maison avec trois médailles et n'est pas satisfait a un problème.»

«D'une certaine manière, je comprends»

Durant les JO, il n'a rien lu de ce qui s'écrivait sur lui. Les commentaires, il les accueille avec indulgence: «D'une certaine manière, je comprends. Cela tient aussi à mon statut de meilleur skieur du monde. Beaucoup ont l'impression que seule la médaille d'or compte.» L'or était bien sûr l'objectif, mais le bilan reste très positif: «En quatre courses, je termine quatre fois dans le top 4. J'ai montré ma constance. J'en suis fier.»

Echangerait-il ses trois médailles contre un titre en descente? Il hésite un instant. «Non, je ne pense pas. Trois médailles, c'est énorme. Peut-être que si je n'avais pas déjà l'or de Pékin, je verrais les choses différemment pour pouvoir dire que je suis champion olympique. Mais je le suis déjà. Et puis, j'ai une belle collection maintenant.»

La famille partage chaque émotion! Sa comagne Stella (2e à partir de la gauche), ainsi que sa mère Priska et son père Walti, ont toujours été à ses côtés.
Photo: PASCAL MORA

Avez-vous skié à 100% lors de ces Jeux?
Non, plutôt à 98 ou 99%. Le calendrier y est pour beaucoup. Je le dis chaque année, mais cet hiver a été le plus éprouvant jusqu'ici.

Les Jeux n'étaient-ils pas la priorité absolue?
Beaucoup d'athlètes diraient que oui. Pour moi, la Coupe du monde compte tout autant. J'y poursuis aussi des objectifs. Je n'étais pas prêt à faire des concessions.

Même sur les célébrations?
Cela peut paraître stupide, mais j'ai très peu fait la fête cette saison! (Rires.) Avec ce programme chargé, j'ai essayé de préserver mon énergie et de ne pas trop célébrer à Adelboden ou à Wengen. C'était presque frustrant de gagner sans pouvoir vraiment savourer.

Quelles conséquences cela aura-t-il pour vous?
Je ne répéterai certainement plus un programme aussi exigeant ces prochaines années. Il est probable que je réduise le nombre de slaloms géants à mon calendrier.

Avant les prochaines courses, prévues fin février à Garmisch-Partenkirchen (descente et super-G), Marco Odermatt va lever le pied. «Faire ce qui doit être fait, puis me reposer, bien manger et ne rien faire.» Car le skieur le plus célèbre du pays n'échappe plus à sa popularité. A Bormio, des «Odi, Odi!» résonnaient depuis les balcons. Son coéquipier Alexis Monney, reparti sans médaille, a comparé sa notoriété à celle de Roger Federer – et assuré qu'il ne voudrait pas être à sa place.

Échangeriez-vous votre statut?
Il y a des moments où on aimerait bien. Mais cela fait partie du jeu. Je n'échangerais pas non plus toutes les expériences extraordinaires que j'ai vécues. Et heureusement, Franjo est là maintenant! (Rires.)

Pour Franjo von Allmen, est-ce que c'est plus facile pour lui parce que ce sont ses premiers JO?
Je me revois en lui il y a trois ou quatre ans. Cette insouciance où tu n'as rien à perdre et tout à gagner. Tout est plus frais, plus nouveau.

Souhaitez-vous retrouver ce sentiment en voyant Franjo?
Non. Je ne voudrais rien échanger dans ma carrière. Passer du jeune talent un peu fougueux au professionnel accompli fait partie du processus. Il y a quelques années, toutes mes phrases faisaient rire. A un moment, ce n'est plus pareil.

C'est la deuxième fois que Marco Odermatt et Loïc Meillard montent ensemble sur le podium.
Photo: PASCAL MORA

Sacré champion olympique du géant à Pékin il y a quatre ans, Marco Odermatt connaissait parfaitement Bormio et la Stelvio grâce à la Coupe du monde. Pourtant, il critique le site décentralisé: «Cela n'avait pas grand-chose à voir avec les Jeux. L'esprit olympique, nous ne l'avons pas vraiment ressenti.»

En Chine, malgré le chaos lié au Covid-19, l'atmosphère l'avait davantage marqué. «C'était spécial, presque étrange. Mais dans 20 ans, je me souviendrai sans doute plus de Pékin.» Et l'histoire n'est pas terminée. En 2030, les Jeux se tiendront dans les Alpes françaises. Si tout se passe bien, Marco Odermatt devrait encore être au départ d'au moins une discipline.

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