«À jamais la première.» S'il y a une chose qu'on n'enlèvera pas à Sarah Höfflin, c'est bien sa médaille d'or aux Jeux de PyeongChang en 2018. La Genevoise était devenue la première championne olympique de slopestyle sur la neige sud-coréenne, voilà huit ans.
Depuis, elle a fait bien du chemin. Forcément, elle n'arrive pas dans les mêmes dispositions dans le nord de l'Italie. Surtout que fin novembre, elle a subi une grosse chute du côté de la Chine. «J'ai vécu un début de saison compliqué, avoue la skieuse du bout du Léman. À Secret Garden, je suis tombée malade et, comme j'avais toute la tête bouchée, je me suis perdue en l'air… Ce qui ne m'était jamais arrivée auparavant. L'épaule m'embête encore un peu aujourd'hui, mais ça va bien.»
Des nouvelles rassurantes même si, finalement, il n'y a pas que l'aspect physique qui aurait pu déranger Sarah Höfflin. Car la Genevoise a expérimenté des «twisties», cette perte de repères dans les airs dont a, par exemple, souffert la gymnaste Simone Biles. Pédagogue, la skieuse suisse parle d'un «glitch dans la matrice». «Tout à coup, tu ne sais plus où est le haut ou le bas. Et juste avant de décoller, je me suis retrouvée à tourner de manière infinie et j'ai atterri, au sol.»
Si la chute était rude, il a fallu reprendre les airs. «Ça a été hyper dur de remettre les skis et c'était une bataille mentale, avoue Sarah Höfflin. Dès que les figures devenaient plus compliquées, j'avais cette peur. D'ailleurs, les JO seront la première compétition où je vais retenter de mettre à deux reprises la tête en bas sur le même saut.» Heureusement, elle a pu se rassurer une semaine avant de se rendre à Livigno. La Genevoise a réussi certains de ses sauts, avec l'aide d'un airbag.
«J'ai dû apprendre à faire les choses différemment»
Ce n'est donc pas dans les meilleures conditions, mais pas dans les pires non plus, qu'elle aborde les Jeux olympiques. Le tout à 35 ans, ce qui est admirable dans un sport où les plus jeunes dictent leur loi. «Je suis impressionné», salue Greg Tüscher, l'entraîneur de l'équipe de Suisse.
L'âge, ce n'est pas un tabou pour Sarah Höfflin. «Quand tu es jeune, tu récupères mieux après les impacts sur ton corps, explique-t-il. C'est quelque chose que j'ai dû apprendre et, maintenant, je comprends pourquoi les athlètes plus âgés font les choses différemment.» Massages, repos sont davantage au programme de la Genevoise, qui doit parfois réfréner ses ardeurs pour ne pas en faire trop.
«Le plus dur, ce sont les douleurs chroniques, peste-t-elle. Plus jeune, les maux partent. Mais maintenant, si je ne laisse pas mon corps revenir à 100%, je remarque que j'ai mal à quelque part. C'est dur à vivre d'avoir tout le temps ça.»
Un podium en perspective
Par contre, le point positif est que, même à 35 ans, Sarah Höfflin continue de grandir en tant qu'athlète. «Chaque année, mon niveau progresse, s'en réjouit-elle. J'ai travaillé avec une psychologue du sport qui m'a fait comprendre que, plus on a d'expérience, moins on a besoin de faire des répétitions.»
C'est donc optimiste que la skieuse freeride aborde ces JO. «Si je réussis ce que j'ai en tête, je pourrais très bien monter sur le podium», sourit-elle. Surtout, le plus important pour Sarah Höfflin est qu'à son âge, elle garde sa flamme. «Le truc qui me fait le plus peur, c'est que je stagne, avoue la Genevoise. C'est pour ça que je suis toujours à fond la caisse.» Réponse dès les qualifications, samedi.