Il y a encore quelques semaines, un reportage de la RTS montrait Misra Torniainen, aux côtés de Mathilde Gremaud. «C'est une forme de sécurité d'avoir quelqu'un qui me suit à 100%», confiait la Fribourgeoise au micro de la télévision nationale. Le coach était entraîneur de l'équipe de Suisse en 2018, aux Jeux de PyeongChang, lorsque la Gruérienne a décroché la première de ses trois médailles, l'argent en slopestyle.
Sauf que, dans la foulée de ces JO, le Zurichois a décidé de passer dans «l'autre camp», celui d'Eileen Gu, celle qui va devenir la principale rivale de Mathilde Gremaud sur le circuit. D'ailleurs, quatre ans plus tard, à Pékin, les deux femmes se partagent les titres en Big Air et en slopestyle. «Ça m'a pris du temps à digérer cette histoire avec Misra, Eileen et tout ce qui s'était passé», avoue, dans le reportage de la RTS, la Gruérienne.
De son côté, le principal intéressé voulait tourner la page: «Les vieilles histoires sont terminées, expliquait Misra Torniainen début janvier. Mathilde a toujours été dans mon cœur. La situation est la suivante: j'aide toujours Mathilde, quand l'équipe nationale n'a pas de disponibilité. Ce qui signifie que nous travaillons ponctuellement ensemble.» Coach privé de la Fribourgeoise, celui-ci allait l'aider à de nouveau monter sur la plus haute marche du podium du côté de Livigno.
«Ça m'a pris trois ans pour digérer»
Sauf que, surprise en ce mercredi 4 février. «Alors, il y a eu un petit twist, sourit Mathilde Gremaud lors du point-presse organisé par Swiss-Ski. Il a retourné sa veste et sera au départ avec Eileen.» Comme il y a quelques années. «Je me suis pris un puck comme ça», lâche-t-elle en montrant son visage et ses dents.
Le timing est également surprenant. «C'était il y a 3-4 jours», détaille la Fribourgeoise, qui admet que ce n'est pas l'idéal dans le but de préparer ses troisièmes Jeux olympiques.
Par contre, Mathilde Gremaud pourrait voir cela comme une motivation supplémentaire au moment de dévaler la neige de Livigno. «Ce n'est pas dans mon caractère de prendre une revanche, souligne-t-elle. Je vais me concentrer sur moi-même, faire de mon mieux.» On sent toutefois qu'elle l'a en travers de la gorge. «Il a perdu de l'importance pour moi, avoue-t-elle. Ça m'a pris trois ans pour digérer la première fois… Là, c'est bon.»
Elle peut compter sur Greg Tüscher
Ce qui est sûr, c'est que la skieuse de la Roche ne devrait pas retravailler de sitôt avec Misra Torniainen. «Je prends toute la préparation qu'on a faite ensemble, commence-t-elle. Mais en tant qu'humain, on ne partage pas les mêmes valeurs. Ce n'est pas une personne décente. J'avais espoir que ça puisse durer sur le long terme. Mais maintenant, c'est la clé sous la porte et je n'ai plus besoin de m'en soucier.»
Même si, perdre l'un de ses entraîneurs à quelques jours du début des Jeux n'est pas la meilleure des préparations, Mathilde Gremaud n'est pas non plus totalement perdue. «Ce n'est pas comme si mon team s'effondrait, tempère-t-elle. Avec Greg, on a une super entente et j'ai dû travailler dans un premier temps avec Misra parce que Greg n'était pas dispo pour être 100% avec moi.»
Greg, c'est Greg Tuscher, l'entraîneur de l'équipe de Suisse. C'est lui qui était déjà aux commandes lorsque la Gruérienne a décroché ses deux médailles à Pékin. Et c'est aussi lui qui a propulsé Mathilde Gremaud au départ des derniers X-Games, pour qu'elle réalise son premier nose butter 1260 – figure qu'elle est la seule skieuse à maîtriser. Autant dire qu'elle peut avoir confiance en lui pour ces Jeux.