Le sourire est immense sur le visage d'Alexander (Alex, pour tout le monde) Astridge. Son accent, lui, semble venir tout droit de Cambridge, au Royaume-Uni. Pourtant, il est bien citoyen des Émirats arabes unis, pays où il a débarqué à peine âgé de six mois. «C'est juste que j'ai fait toutes mes études dans une école britannique à Dubaï, se marre-t-il pour expliquer son timbre. Mais mon père est néo-zélandais et ma mère est italienne.»
La coïncidence fait donc qu'il va participer à ses premiers Jeux olympiques, à 19 ans à peine, dans son pays maternel. «Mais je ne suis pas vraiment nationaliste de ce côté, tempère-t-il. C'est par contre bien que ma grand-mère puisse me voir à la télévision depuis Rome.» Dernière particularité géographique et familiale d'Alex Astridge: il a de la famille en Suisse, à Klosters (GR). «C'est d'ailleurs pour ça que ma mère voulait que j'apprenne à skier, si un jour je devais partir en vacances avec eux», révèle-t-il.
Trois générations d'Émiratis
Mais du côté de Bormio, il n'y a qu'un seul pays dont il est fier de porter haut et fort les couleurs (et le drapeau lors de la cérémonie d'ouverture): les Émirats arabes unis – qu'il sera le premier à défendre lors de Jeux d'hiver. «Oui, je suis blanc mais je représente toute la nation, s'exclame-t-il. C'est une nouvelle porte qui s'ouvre pour nous.» Non loin de là, Ibrahim Khadem, team manager, abonde dans le sens de son athlète: «C'est un moment exceptionnel! On est surtout là pour gagner un maximum d'expérience, afin de continuer notre aventure en ski alpin.»
Le membre du staff nous explique l'histoire du sport dans son pays: «Il y a trois générations, explique Ibrahim Khadem. La première, ce sont les gens, comme moi, qui n'avaient jamais entendu parler du ski et qui n'ont pas pu essayer dans leur jeunesse. La deuxième, pour qui c'est devenu un loisir. Et, la troisième, qui a la chance de faire des compétitions.» Alex Astridge fait donc partie de cette dernière et il y a eu un moment clé pour les Émirats arabes unis: la construction de Ski Dubaï, en 2005. Cette piste, au sein d'un centre commercial, a fait beaucoup parler d'elle au moment de son inauguration. Sa colistière, la skieuse alpin Pierra Hudson, est également présente à Milan-Cortina mais ne fait partie d'aucune de ses cases, elle qui avait encore la nationalité sportive néo-zélandaise jusqu'à l'année dernière.
Entre Dubaï et l'Italie
C'est pourtant là qu'Alex Astridge, futur olympien, a appris à skier, dès l'âge de 3 ans. «Mon premier souvenir remonte à deux ans plus tard, se remémore-t-il. Mon coach voulait que je grimpe la pente avec mes skis. C'était trop dur et j'ai commencé à pleurer.» Mais il n'a pas été dégoûté par Mohamed Moulay, loin de là. Il a continué de suivre la trace de son entraîneur et ce lundi, l'un sera sur la piste de slalom olympique pendant que l'autre l'analysera sur le côté.
Meilleur de son âge, Alex Astridge a été forcé à l'exil pour continuer sa progression. Dans le centre commercial, il n'y a que deux pistes: une d'entraînement et une autre pour la compétition. «Ski Dubaï est orienté vers le côté commercial du ski, détaille le jeune athlète. Oui, c'est incroyable de pouvoir y aller n'importe quel jour, à n'importe quelle heure. Mais j'ai dû ensuite travailler avec une équipe italienne en Lombardie.» La moitié de l'année, il skie et l'autre, il est à Dubaï pour continuer ses études à l'université, gestion des affaires internationales. Tout en continuant à s'entraîner dans le centre commercial.
«La neige est de meilleure qualité que partout ailleurs, puisqu'il n'y a pas de vent et que la température ambiante est toujours à -4 degrés», ose Ibrahim Khadem. Son skieur olympique tempère un peu les propos: «Elle est un poil plus molle qu'en montagne mais elle est clairement skiable. Preuve en est, je me suis qualifié pour les Jeux (rires).»
«Je ne voulais pas faire tomber le drapeau»
Ce lundi, c'est donc sur les pentes de la Stelvio qu'Alex Astridge va faire ses débuts, après avoir déjà participé aux Jeux olympiques de la Jeunesse en 2024. «Les JO, c'est un rêve pour chaque enfant, se réjouit l'Emirati. Ça ne fait pas si longtemps que je me suis dit qu'il était accessible. Mais après avoir porté le drapeau à Gangwon, je me suis dit que je devais en être.» Deux ans plus tard, il a fait de même à Livigno. «C'était irréel, mais je ne voulais surtout pas le faire tomber (rires).»
Avant même sa première course, son expérience est pratiquement réussie. Alex Astridge a eu la chance de rencontrer son idole de jeunesse: «L'autre jour, je l'ai vu de loin mais je n'étais pas sûr qu'il s'agissait de lui. Je me suis rapproché tout près de son visage et j'ai dit: 'Oh mon dieu, tu es Ted Ligety! J'ai toujours voulu te rencontrer'. Ça l'a fait marrer et on a pu prendre une photo ensemble.»
«Fils de la nation» comme le présente son manager, mais modeste, l'Émirati ne veut pas que les futures générations l'idolâtrent. «J'essaie juste de leur montrer que j'ai grandi dans le même système qu'eux et qu'il est possible d'aller aux JO.» Pionnier, Alex Astridge ne sera probablement pas le dernier représentant des Émirats arabes unis aux JO d'hiver.