Ralph Krüger se confie
«La maladie de Parkinson n'est qu'une partie de moi»

Ralph Krueger, ancien entraîneur de l'équipe nationale de hockey et en NHL, fait plusieurs heures de sport par jour. Lorsqu'il est actif, les tremblements liés à sa maladie de Parkinson disparaissent comme par enchantement.
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Ralph Krüger était le sélectionneur de l'équipe de Suisse de hockey.
Photo: Sven Thomann
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Nicole Vandenbrouck

«Je sens des muscles dont je ne soupçonnais même pas l’existence.» C’est ce que dit Ralph Krüger en remontant dans le bateau, après quelques sessions de ski nautique, par cette matinée ensoleillée et chaude. Un peu épuisé, certes, mais incroyablement heureux et reconnaissant. Il est en pleine forme pour ses 66 ans et il vit ainsi mieux avec le diagnostic qu’il a reçu à l’automne 2024: l'ancien sélectionneur de la Suisse est touché par la maladie de Parkinson.

Tout commence par un léger tremblement dans la main gauche. Ralph Krüger a déjà un pressentiment. Un Dat-scan, qui examine l’activité des neurones dopaminergiques dans le cerveau, confirme ses craintes.

Ce diagnostic a-t-il été un choc? «Oui et non», répond-il en contemplant le lac de Zoug depuis le club de ski nautique de Cham, situé dans un cadre idyllique. «Je ne suis jamais tombé dans le désespoir.» Avant d’en avoir la certitude, il s’inquiète brièvement qu’il puisse s’agir d’une tumeur au cerveau, car sa mère en est décédée par le passé. Mais les examens complémentaires l’excluent.

Il ne veut pas se laisser abattre

Dès le début, l’ancien entraîneur de l’équipe nationale ne se laisse ni décourager ni abattre. «Avec l’âge, nous développons tous des maux. J’ai accepté les miens. Il y a des gens qui souffrent de maladies bien pires.» La maladie de Parkinson ne modifie pas l’espérance de vie, «seulement» sa qualité. Le Canadien, qui possède le passeport suisse depuis 2019, n’a absolument pas honte de ses tremblements. «Cela ne perturbe pas ma vie. Je dors bien. Seule la récupération est importante.»

Car il s’en rend vite compte: plus il est actif, moins il tremble. «Chaque jour, je bouge au moins deux ou trois heures ou je fais du sport à des intensités variées. La diversité est importante quand on est atteint de la maladie de Parkinson.» En été, on retrouve ce quintuple grand-père – qui vit à Davos (GR) avec sa femme Glenda – en montagne pour faire de la randonnée ou du vélo, et régulièrement sur les courts de tennis. Mais dès le printemps, il préfère être sur l’eau, nager, pagayer ou faire du ski nautique, et ce, parfois même lors de compétitions dans sa catégorie d’âge.

«Mes parents étaient des pionniers au Canada, j’ai chaussé mes premiers skis nautiques à l’âge de sept ans.» Ralph Krüger est originaire de la province canadienne de l’Ontario. Il a grandi dans un coin isolé au bord d’un des innombrables lacs, à l’extérieur de la petite ville de Kenora, à deux heures de route à l’est de Winnipeg. Outre le hockey sur glace, son sport préféré, le ski nautique est une passion depuis son enfance. C’est pour le hockey que l’ancien attaquant est venu en Europe à la fin des années 70. La Suisse est devenue sa patrie d’adoption à la fin des années 90, lorsqu’il s’est lancé dans une brillante carrière d’entraîneur.

«Mon grand avantage en tant que personne atteinte de la maladie de Parkinson, c’est que même après ma carrière de joueur, j’ai continué à fréquenter la salle de sport et que je suis resté en forme. Depuis mon diagnostic, cela a pris encore plus de sens. Depuis, je fais de la musculation de manière ciblée.» Le nœud du problème avec cette maladie est que chaque cas est unique, car chaque personne est différente. Selon Ralph Krüger, il n’y a qu’un seul fait avéré: «L’activité physique ralentit la progression de la maladie.» Ainsi, dans son cas, les symptômes se limitent aux tremblements. «Un ami atteint de la maladie de Parkinson n’en souffre pas, mais présente en revanche une raideur de la colonne vertébrale.» La démence ou les problèmes cardiaques sont également des manifestations connues associées à cette maladie.

Une grande question le préoccupe

La maladie change la perspective de Ralph Krüger sur la vie: «Je fais tout de manière encore plus consciente.» Il renonce à l’alcool, surveille son sommeil, «presque comme un scientifique», et a quelque peu modifié son alimentation. «Glenda est une excellente cuisinière, c’est aussi un de nos passe-temps. Je sens désormais bien ce qui convient à mon corps.» L’ancien entraîneur de NHL (Edmonton, Buffalo) a longtemps renoncé aux médicaments, car il souhaite comprendre comment la maladie se manifeste et comment elle évolue. Sa famille le soutient dans cette démarche. Son fils Justin, ancien joueur de hockey professionnel (Berne, Lausanne), a trois filles. Sa fille Geena, qui a remporté la médaille de bronze (2022) et d’or (2017) aux World Games en ski nautique, a deux jeunes enfants. «Mes petits-enfants ne m’ont jamais regardé bizarrement à cause de mes tremblements.»

Pourtant, deux ans après le diagnostic, une grande question préoccupe Ralph Krüger: «Comment vais-je aborder cela en public?» Car l'homme à la triple nationalité (Canada, Allemagne, Suisse) n’est plus sous les feux de la rampe comme lorsqu’il était entraîneur de l’équipe nationale. Il se considère comme «semi-retraité» et donne encore régulièrement des conférences sur des thèmes tels que le team building et la motivation. Mais avant le Championnat du monde à Zurich et à Fribourg, il est sollicité par des chaînes de télévision pour des interviews et des interventions. «On aurait vu mes tremblements. Comme j’avais de toute façon décidé que je pouvais gérer la maladie, j’ai choisi de le réveler dans les médias.»

Car Ralph Krüger souhaite donner du courage à d’autres personnes touchées. Il a récemment constaté, lors d’une fête de la lutte à Morat (FR), qu’il pouvait y parvenir en brisant le tabou autour de cette maladie. On lui a demandé de prononcer un discours sur scène, et il a également parlé de sa maladie de Parkinson. «Ce n’est qu’une partie de moi, mais pas tout mon être», a-t-il déclaré à cette occasion. Après cela, un homme âgé, les larmes aux yeux, l’a remercié en lui disant qu’il ne se sentait plus seul. «Cela m’a beaucoup touché.» C’est pour cette raison que Ralph Krüger souhaite poursuivre son engagement. Il rencontrera cet été des représentants de la «Michael J. Fox Foundation», la fondation du célèbre acteur américain qui œuvre activement pour la recherche sur la maladie de Parkinson. Ralph Krüger souhaite aider les gens. Autrefois, c'étaient ses joueurs. Aujourd’hui, ce sont les personnes atteintes de la maladie de Parkinson.

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