L'ambiance est exécrable
Le nouveau président Marc Lüthi a de nombreux problèmes à régler dans le hockey suisse

Le hockey suisse a un nouveau patron: Marc Lüthi. L'ancien homme fort du CP Berne devient le quatrième dirigeant en deux ans et fait face à des jeux de pouvoir internes et une gestion financière critiquée. Et il doit absolument réformer la Swiss League.
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Le nouveau président du conseil d'administration de la Fédération suisse de hockey sur glace s'appelle Marc Lüthi.
Photo: keystone-sda.ch
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Stephan Roth, Nicole Vandenbrouck et Marcel Allemann

Il a franchi avec brio son premier obstacle. Le nouveau patron du hockey sur glace suisse s’appelle Marc Lüthi, élu ce jeudi président du conseil d’administration de la Fédération suisse de hockey sur glace (SIHF) par 42 voix contre 6. Un score éclatant. Mais le fait qu’il soit déjà le quatrième homme à occuper cette fonction en l’espace de deux ans montre à quel point la tâche qui l’attend est loin d’être simple.

Marc Lüthi a tenu les rênes du CP Berne pendant 28 ans. Un dirigeant qui n’a jamais hésité à faire parler de lui en dehors de la glace, recrutant et licenciant à tour de bras. À la tête de la fédération, il ne pourra toutefois pas agir de la même manière. Sa marge de manœuvre dépendra largement de sa capacité à nouer des alliances et à réunir des majorités.

La Fédération suisse de hockey sur glace est certes une PME réalisant un chiffre d’affaires annuel de plus de 30 millions de francs. Mais ses structures doivent tenir compte des intérêts du hockey de formation, amateur et féminin (NAFS), au même titre que ceux du sport d’élite. Les statuts prévoient ainsi que le conseil d’administration soit composé à parts égales de représentants de la National League, de la Swiss League et de la NAFS.

Intrigues et jeux de pouvoir au sein de la fédération

Pour ses détracteurs, ce système n’est plus adapté à notre époque. Ils reprochent aux membres du conseil d’administration d’être avant tout des représentants d’intérêts. Avec, à la clé, un esprit de clocher et une mentalité du «chacun pour soi».

Des initiés assurent que les jeux de pouvoir et les intrigues sont monnaie courante. Chacun défendrait avant tout son propre camp, au détriment de l’intérêt général du hockey suisse. Autre problème: certaines personnes seraient amenées à prendre des décisions dans des domaines dont elles ne maîtrisent que très partiellement les enjeux. Les besoins d’une entreprise professionnelle n’ont évidemment pas grand-chose à voir avec ceux d’un club évoluant en 4e ligue.

Le conseil d’administration compte désormais sept membres: Marc Lüthi, le CEO des ZSC Lions Peter Zahner – tous deux issus de la National League –, le président de Viège Stefan Volken, représentant de la Swiss League, ainsi que le quatuor de la NAFS composé de Marc-Anthony Anner, Marc Affolter, Kathrin Lehmann et Sacha Thür. Afin de préserver l’équilibre entre les milieux professionnel et amateur, les voix sont réparties de manière paritaire lors des décisions du conseil d’administration.

Durant la campagne électorale, Marc Lüthi est parvenu à jeter des ponts. Si l’on part du principe que les 24 délégués des clubs professionnels lui étaient acquis, il a également réussi à convaincre 18 des 24 représentants de la NAFS.

Vendredi, lors de sa première conférence de presse, il a d’ailleurs attribué une partie de ce succès au vice-président Marc-Anthony Anner, assis à ses côtés. Pourtant, le directeur d’école d'Ollon, Villars et Gryon s’était encore fermement opposé à la candidature de Marc Lüthi lors des assemblées régionales. Vendredi, le ton avait radicalement changé: «Je suis convaincu que tout ira bien avec Marc.»

Ces dernières années, les relations déjà tendues entre la fédération et la puissante National League – qui peut, à tout moment, fermer le robinet financier – se sont encore détériorées. Le dialogue était pratiquement gelé.

La SIHF est également soupçonnée, de manière générale, de dépenser trop généreusement l’argent qu’elle reçoit en grande partie de la Ligue. De nouveaux postes ont été créés et les frais de personnel auraient augmenté de quatre millions de francs ces dernières années, alors que le chiffre d’affaires n’aurait progressé que d’environ trois millions.

400'000 francs pour un nouveau logo et une refonte du site

Le nouveau logo, la nouvelle identité visuelle – avec notamment une police de caractères propre à la fédération – ainsi que le nouveau site internet, jugé peu convaincant, ont eux aussi suscité de nombreuses critiques, et pas seulement dans les milieux de la National League. Selon certaines sources, l’ensemble aurait coûté 400'000 francs à la fédération. Une somme qui aurait sans doute pu être utilisée à meilleur escient.

Ces dernières années, la fédération a pourtant bénéficié à deux reprises de recettes exceptionnelles: d’abord grâce aux indemnités versées après l’annulation du championnat du monde 2020 en raison du Covid, puis grâce aux revenus générés par le Mondial organisé à Zurich et Fribourg.

On peut donc imaginer que Marc Lüthi mettra un sérieux coup de frein aux dépenses. Le nouveau patron dit vouloir une «fédération plus agile et plus légère». Lui-même percevra une rémunération annuelle de 90'000 francs, à laquelle s’ajouteront 30'000 francs de frais forfaitaires.

Le président ne dirige toutefois pas les affaires courantes – même si une autre impression a parfois pu se dégager ces dernières années. Cette responsabilité revient au CEO. Martin Baumann occupe cette fonction depuis bientôt deux ans. L’ancien directeur de la Champions Hockey League fait aujourd’hui l’objet de vives critiques.

Une tentative visant à le démettre de ses fonctions avait déjà échoué sous la présidence d’Urs Kessler, le prédécesseur de Marc Lüthi à la tête du conseil d’administration.

Selon plusieurs observateurs, l’ambiance au siège de la fédération à Glattbrugg, tout près de l'aéroport de Kloten, serait à nouveau exécrable. C’était déjà le cas il y a deux ans. Une situation qui avait alors poussé Patrick Fischer, entraîneur de l’équipe nationale, à suggérer au président de l’époque, Stefan Schärer, de démissionner: «Je pense que ce serait mieux pour tout le monde si tu partais.»

Marc Lüthi pourra-t-il vraiment «repartir de zéro»?

Le plus grand casse-tête du hockey suisse reste évidemment la Swiss League, qui ne compte plus que dix équipes depuis le départ de Winterthour.

L’ancienne Ligue nationale B a été considérablement affaiblie par les promotions d’Ajoie et de Kloten pendant le Covid, sans qu’aucune équipe ne soit reléguée. Dans le même temps, la National League est passée à 14 équipes. Une évolution qui semble jusqu’ici irréversible: les clubs de l’élite n’ont aucune envie de s’exposer au risque d’une relégation. Et encore moins vers une ligue qui accuse plusieurs années-lumière de retard sur le plan économique.

Pourtant, presque tout le monde s’accorde à dire que, dans l’intérêt général du hockey suisse, une élite limitée à une douzaine de clubs serait préférable.

En affirmant vendredi qu’il fallait «repartir de zéro», Marc Lüthi a clairement montré qu’il ne portait désormais plus la casquette du CP Berne, mais celle de l’ensemble du hockey suisse.

Mais Lüthi n’est pas le président américain Donald Trump, capable de rebaptiser sur un coup de tête le lac Ontario en «lake America». Il ne peut pas décider seul de la taille des ligues. Cette compétence appartient à ses anciens collègues de la National League.

S’il parvenait à convaincre ces derniers de réduire le nombre d’équipes dans l’élite et à remettre la Swiss League sur les rails, ce serait sans doute un exploit encore plus grand que les sept titres de champion remportés avec le CP Berne – dont un dans le hockey féminin.

Mais cela ne réglerait pas tous les problèmes du hockey suisse. Il reste encore d’importants chantiers, notamment dans le hockey féminin et dans la formation des jeunes.

National League 26/27
Équipe
J.
DB.
PT.
1
EHC Bienne
EHC Bienne
0
0
0
1
EHC Kloten
EHC Kloten
0
0
0
1
EV Zoug
EV Zoug
0
0
0
1
Genève-Servette HC
Genève-Servette HC
0
0
0
1
HC Ajoie
HC Ajoie
0
0
0
1
HC Ambri-Piotta
HC Ambri-Piotta
0
0
0
1
HC Davos
HC Davos
0
0
0
1
HC Fribourg-Gottéron
HC Fribourg-Gottéron
0
0
0
1
HC Lugano
HC Lugano
0
0
0
1
Lausanne HC
Lausanne HC
0
0
0
1
SC Berne
SC Berne
0
0
0
1
Rapperswil-Jona Lakers
Rapperswil-Jona Lakers
0
0
0
1
SCL Tigers
SCL Tigers
0
0
0
1
ZSC Lions
ZSC Lions
0
0
0
Playoffs
Barrages qualificatifs
Barrages de relégation
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