La dernière danse de Julien Sprunger
«Si je me fais des scénarios, je vais louper certaines étapes»

Ce vendredi, Julien Sprunger va entamer les derniers play-off de son incroyable carrière. Le capitaine de Fribourg Gottéron s'est confié à Blick avant de débuter la série face à Rapperswil.
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Julien Sprunger va vivre une dernière danse avec Fribourg Gottéron.
Photo: keystone-sda.ch
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Matthias DavetJournaliste Blick

«Julien? C'est le GOAT.» Pour le Fribourgeois Andrea Glauser, il y a peu de place au doute. Son coéquipier Julien Sprunger est le greatest of all time (ou le meilleur de tous les temps en français). Le No 86 de Gottéron va mettre un terme à sa carrière ce printemps et va donc vivre ses derniers play-off avec son club de toujours.

Logiquement, lors du media day organisé par son club, le capitaine des Dragons a été sollicité. Très sollicité. En français ou en allemand, il a répondu de nombreuses fois aux mêmes questions. Blick étant dans les derniers, il y avait un risque que Julien Sprunger en ait marre. Mais c'est mal connaître le Fribourgeois, professionnel jusqu'au bout des patins, qui a répondu avec le sourire à toutes nos questions. Interview.

Julien, est-ce que tu as encore des réponses pour moi?
Elles sont prêtes, ne t'inquiète pas, je suis rodé là (rires).

Elles l'étaient déjà ce matin?
Elles sont prêtes avec l'expérience. En plus, il y en a pas mal qui reviennent donc ça va.

C'est un truc qui ne va pas te manquer, ces marathons d'interviews?
Bien sûr que l'après-midi avant le début des play-off, tu préfères être chez toi, te changer les idées. Avec moi, il y a aussi les questions sur ma fin de carrière qui me viennent, viennent et reviennent. Donc, tu ne parles que de ça. Ça brasse beaucoup de choses. Après, ça fait partie de mon job. C'est un exercice qui ne m'a jamais trop dérangé dans ma carrière.

Justement, entrons dans le sujet. À quel point ces play-off ont une saveur particulière pour toi?
Automatiquement, quand ce sont tes derniers, tu as envie de tout faire pour aller au bout. Tu sais que c'est ta dernière chance de gagner. En fait, ce qui est un peu spécial, c'est qu'on est sur de l'inconnu. Au début de saison, tu as 52 matches et tu sais que le 22 octobre, tu es là-bas et que le 27 novembre tu joues à la maison. Là, on rentre dans une période où on n'a aucune certitude. On ne sait pas ce qui va se passer la semaine prochaine. On ne sait pas si on va gagner 4-0, si on va perdre 4-0, si on va en demi-finale ou pas. Tu ne sais pas trop à quoi t'attendre, comment gérer ça. Mais sinon, j'entame ça comme des play-off normaux. Je me réjouis d'être à fond dedans, ce sera moins cérébral.

Je parlais avec Reto Berra avant. Il m'a dit que lui, au fil de sa carrière, il y a eu tout un processus par rapport à l'approche des play-off. Au début, c'était quasi que de la pression. Aujourd'hui, on est plutôt sur du plaisir. C'est aussi ton cas?
Bien sûr. Je crois que quand on a une carrière comme Reto ou comme moi, on a vécu des moments incroyables. On a aussi vécu des moments difficiles. C'est une chance de pouvoir vivre la période des play-off. Alors oui, c'est intense. Ça demande beaucoup. Il y a beaucoup d'attention, mais c'est le meilleur moment de l'année. Les patinoires sont pleines et il y a une autre ambiance. L'enjeu n'est pas le même aussi et ça rend le sport intéressant.

Cette montée d'adrénaline qui arrive au moment des play-off, elle a un peu changé au fil des années?
Ça dépend toujours un peu le rôle que tu as. Aujourd'hui, je le vis plus sereinement, parce que j'ai acquis cette expérience. J'ai une vision un peu différente de certaines choses. Quand tu sais que c'est la fin, tu essaies de profiter encore plus. À 20 ou 21 ans, tu peux te dire que si ce n'est pas cette année, peut-être qu'il y aura encore une chance l'année prochaine ou celle d'après. Moi, c'est totalement différent (sourire).

À l'inverse, tu te dis souvent «Si je veux gagner, c'est cette année où jamais»?
Tout le monde le sait et moi aussi. Mais c'est plutôt autour de moi qu'on en parle et, automatiquement, ça me travaille un peu. Personnellement, plus on va avancer, plus je suis sûr qu'il y aura ce côté nerveux. Un matin, je risque de me lever et de me dire que si je ne gagne pas ce soir, ma carrière est finie. Là, ça va devenir un petit peu spécial. Mais aujourd'hui, j'ai l'impression que je peux encore voir venir les choses. J'espère qu'il y a davantage que 4 matches qui m'attendent et que j'ai encore quelques semaines de hockey devant moi.

Andrei Bykov était un peu dans ta situation il n'y a pas très longtemps. Tu as un peu discuté avec lui?
On discute assez souvent, puisqu'il est présent quasi tous les jours à la patinoire. Mais pas vraiment de ça. Pour Andrei, c'était un autre contexte. Mais il me donne des conseils, on discute, on est là l'un pour l'autre.

La communication du club est énormément centrée sur toi pour ces play-off. Est-ce que tu es plus gêné de toute cette attention ou est-ce que ça te rend fier?
Un peu des deux. Fier, bien sûr. En 24 ans, j'ai essayé de donner la meilleure image possible de moi, mais surtout du club. J'essaie de toujours tout donner pour cette équipe. C'est une sorte de récompense aussi. Ça fait toujours plaisir de voir que pour le dernier match, ils ont fait un maillot spécial. Tout le monde est content de le porter. Il y a peut-être aussi un côté marketing, mais je tiens à préciser que je ne touche rien là-dessus (rires). Après, je n'ai pas envie que tout tourne là autour. Dans le vestiaire, on a eu ces discussions et on veut juste profiter. Tu essaies toujours de trouver une raison qui est plus forte que juste dire: «On veut gagner». Cette année on a envie de donner la plus belle sortie possible, mais pas uniquement à moi. L'année prochaine, Reto ne sera plus là non plus. Il y aura des choses qui vont changer. Donc, j'ai plutôt envie qu'on mette le focus sur cet ensemble-là et pas uniquement sur moi.

Et à aucun moment tous ces projecteurs ne te gênent?
L'attention, ça ne me dérange pas. J'en reçois beaucoup, depuis des années et des années. Mais à nouveau, il n'y a pas que moi. Le hockey est un sport collectif. Oui, il y a des histoires personnelles et j'ai un lien particulier avec ce club. Mais oui, je n'aime pas non plus que les projecteurs soient tout le temps braqués sur moi.

Comment tu fais pour qu'à aucun moment, les émotions ne prennent le dessus?
Ce n'est pas parce que je ne les montre pas que ça ne prend pas le dessus (sourire). J'essaie de gérer ça de la meilleure des manières et de prendre ce qui vient. J'ai la chance de pouvoir vivre ces émotions, qu'on ne retrouve pas spécialement ailleurs. C'est ce qui me donne envie de me battre au quotidien. Il y a des moments plus difficiles que d'autres. Aujourd'hui, je ne sais pas comment je vais gérer ce dernier match et ces derniers shifts. Dans un monde idéal, je me dis qu'on va en finale et qu'on gagne l'acte VI à la maison. C'est la fin rêvée. Ce sera facile à gérer parce que ça aurait été le rêve ultime. Mais tu n'en sais rien. Je repousse ce moment en attendant et je ne veux pas faire de prévision. Je ne veux pas commencer à me faire des schémas parce que je n'en sais rien. Je risque de louper certaines étapes importantes si je me projette trop loin. J'ai envie d'aller. Aujourd'hui (ndlr jeudi), c'est le media day. Demain, ça commence. Ensuite, on aura gagné ou perdu. On verra. Dimanche, on va à Rapperswil. J'ai plutôt envie de prendre les choses comme ça.

Tu t'es déjà surpris, depuis l'annonce officielle de ta retraite, à savourer en plein match certains moments?
Oui, j'ai eu des moments comme ça. Le dernier match que j'ai fait à Fribourg, par exemple, ce sont mes deux plus petits enfants qui ont accompagné les Top Scorer. Ils étaient contents et on en a parlé à la maison avant. Ma petite avait de la peine à patiner donc je lui ai donné la main pour revenir au banc. C'est des petits moments comme ça, un peu personnels, qui touchent. C'est unique et c'est le dernier moment. Et oui, pendant les matches, j'essaie juste de m'imprégner et de profiter de ces moments. Mais quand je suis sur la glace, ça reste un match. Je fais un peu abstraction de tout ça.

National League 25/26
Équipe
J.
DB.
PT.
1
HC Davos
HC Davos
52
71
117
2
HC Fribourg-Gottéron
HC Fribourg-Gottéron
52
46
100
3
Genève-Servette HC
Genève-Servette HC
52
15
91
4
ZSC Lions
ZSC Lions
52
32
91
5
HC Lugano
HC Lugano
52
30
89
6
Lausanne HC
Lausanne HC
52
18
85
7
Rapperswil-Jona Lakers
Rapperswil-Jona Lakers
52
-4
81
8
EV Zoug
EV Zoug
52
-19
75
9
SC Berne
SC Berne
52
-10
68
10
EHC Bienne
EHC Bienne
52
-22
67
11
SCL Tigers
SCL Tigers
52
-7
64
12
EHC Kloten
EHC Kloten
52
-26
63
13
HC Ambri-Piotta
HC Ambri-Piotta
52
-49
59
14
HC Ajoie
HC Ajoie
52
-75
42
Playoffs
Barrages qualificatifs
Barrages de relégation
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