Christian Wohlwend, coach d'Ajoie
«Je ne suis pas qu'un impulsif jetant des gourdes sur la glace»

Ancien coach de l'équipe nationale M20 et de Davos, Christian Wohlwend a repris le HC Ajoie cet été. Le volubile coach revient sur sa personnalité, l'image qu'il dégage et qui il est au cours d'une interview en marge des Hockeyades à La Vallée de Joux.
Publié: 17.08.2023 à 16:40 heures
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Grégory BeaudJournaliste Blick

De toute sa carrière, Christian Wohlwend n'a connu que l'est et le sud du pays. Entre Bülach, Davos, Thurgovie ou Lugano, le technicien ne s'est jamais installé au-delà du «Röstigraben». Il ne l'a d'ailleurs jamais franchement approché. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles sa signature au HC Ajoie pour une saison avec option a pu surprendre.

Passé le stade de la surprise, «Wolvo» a eu le temps de prendre ses marques du côté de Porrentruy où il a même disputé - et remporté - ses deux premiers matches amicaux lors du tournoi des Hockeyades à la Vallée de Joux. Assis sur les gradins du centre sportif du Sentier, Christian Wohlwend a pris le temps de parler de hockey, de lui et de développement personnel. Interview dans un îlot de fraîcheur avec le bouillonnant entraîneur.

Alors, on la fait en français cette interview?
(il rigole) Non non, je t'ai dit la dernière fois qu'il me faudrait encore du temps pour parler français. On n'y est pas encore. 

C'est possible d'être bien accueilli dans le Jura en ne parlant pas français?
Très clairement! Depuis que je suis arrivé à Porrentruy, je n'ai eu que des discussions positives. Pas seulement avec mes joueurs, mais aussi avec les gens rencontrés en ville. Cela me donne un excellent sentiment pour la suite de voir toute cette énergie positive qui se dégage. Cela me touche beaucoup d'avoir été accueilli de manière si chaleureuse.

Cela aurait peut-être été encore plus chaleureux si tu avais été québécois non? La tradition de ce club avec cette région canadienne est assez profondément ancrée.
C'est vrai qu'il y a un joli historique. Mais comme je suis né à Montréal, je ne compte pas un peu comme un Québécois? (rires) Mais plus sérieusement, je ne vois pas le sport en général et le hockey en particulier de cette manière. C'est une grande famille. Et pour moi, c'est très bien ainsi.

Par le passé, tu as souvent eu de bonnes équipes entre les juniors suisses, Lugano comme assistant ou Davos. Ajoie est évidemment d'un autre calibre. Comment vas-tu adapter tes propres attentes à celles de ton équipe?
Je te rejoins sur le fait que nous allons principalement jouer contre des équipes plus talentueuses que nous. Je le sais et mes joueurs aussi. Personne ne sera surpris. Ce sera à nous de proposer un hockey très structuré et solide défensivement. La clé de notre réussite sera le jeu sans le puck. Si cette partie du travail est bien réalisée, nous aurons des chances de nous créer des occasions, j'en suis convaincu. Si tu regardes les résultats de la saison dernière, Ajoie a perdu beaucoup de matches par un but. Il y a donc une solide base.

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J'ai entendu dire que durant tes différents entretiens tant à Bienne qu'à Ajoie, tu as épaté ton auditoire par ton niveau de préparation.
Vraiment? On t'a dit ça?

Oui, tout le monde connaît ta facette passionnée et volontiers extravertie. Mais peut-être un peu moins le technicien minutieux.
J'ai participé à de très nombreuses formations. J'ai commencé à 20 ans. J'ai fait beaucoup de cours et je suis quelqu'un qui aime faire des présentations. Je lis beaucoup et j'interviens dans des séminaires. Mes meetings sont toujours très importants et c'est pourquoi je ne viens pas les mains dans les poches. Je suis convaincu qu'il est important de parvenir à faire une bonne première impression et cette préparation est capitale.

Tu as l'impression que ton image publique puisse faire penser que tu n'es pas quelqu'un d'aussi précis dans ton travail et qui ne jure que par la passion et les émotions?
J'ai un peu l'impression que l'on pense cela de moi, je suis d'accord avec ça. Mais cette image est créée par les médias, pas par moi. Dès que j'ai signé à Ajoie, les photos qui sont sorties - et également dans Blick - me montraient en train de crier. Mais ce ne sont que 5% des matches. Durant 95% du temps, je suis comme ça (il se tient tout droit et ne bouge pas). Je tape sur l'épaule des gars et leur dis bravo.

Les médias créent une partie de cette image, mais pas seulement non?
Non, je suis d'accord. J'ai aussi ma part de responsabilité là-dedans. J'ai fait des choses par le passé qui donnent cette impression.

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Comme jeter des gourdes sur les arbitres?
Oui, par exemple. Mais je ne le fais pas un match sur deux, non? Je ne suis pas qu'un impulsif jetant des gourdes sur la glace. J'ai beaucoup d'autres côtés dans ma personnalité et c'est parfois agaçant d'être réduit à un motivateur. C'est vrai que j'ai aussi donné une interview avant un match contre le Canada qui a beaucoup fait parler. Mais ce n'est pas quelque chose de réfléchi. Je suis comme ça. Je suis quelqu'un d'extraverti qui communique les choses avec beaucoup de passion.

Ce côté passionné a-t-il été compliqué à canaliser durant les mois sans travail entre ton départ forcé du HC Davos et ton arrivée au HC Ajoie?
J'ai beaucoup réfléchi sur le point dont nous avons discuté: mon image et la manière de communiquer. Et tu as raison, j'ai ma part à jouer. C'est à moi de donner le moins de raisons aux médias de mettre en avant certaines choses. J'ai fait des choses qui ne me plaisent pas. Au moment où j'entame ma 19e saison comme entraîneur, je commence à me connaître. Je dois aussi réfléchir sur ma manière de travailler. Ce qui me plaît. Ce que je dois améliorer. Ce que je dois modifier. Cela m'a beaucoup occupé durant ces mois. J'ai énormément écrit. J'ai préparé des workshops et séminaires. Je me suis créé un site internet. Je suis très intéressé par le développement personnel. J'ai l'impression de pouvoir amener quelque chose dans ce milieu grâce à mon expérience. Ces réflexions ont lieu chaque été. Mais lorsque tu as une pause forcée, cela renforce ce sentiment.

C'est une volonté de rupture qui t'a fait accepter ce challenge de quitter une certaine zone de confort en venant en Suisse romande?
Non, pas vraiment. Comme déjà dit, je suis né au Canada. À 2 ans, je suis parti vivre aux Bahamas, j'ai ensuite fait mon jardin d'enfants à Porto Rico avant d'arriver en Suisse. Comme tu l'as dit précédemment, je suis également passé par Lugano où la mentalité est très différente. J'aime découvrir d'autres cultures et c'est plutôt une des raisons qui m'a donné envie de relever ce défi et de venir au Jura. Au final, tu sais, les gens ne sont pas si différents. Un homme est un homme. En étant une bonne personne avec des valeurs, tu vas pouvoir créer des liens. À moi de bien communiquer, d'être ouvert et franc.

Je suis quelqu'un d'entier. Si je t'aime bien, je te le dirai et si ce n'est pas le cas, tu le sauras aussiChristian Wohlwend, entraîneur du HC Ajoie

Ce que tu as l'air d'être.
Je suis quelqu'un d'entier. Si je t'aime bien, je te le dirai et si ce n'est pas le cas, tu le sauras aussi. Je ne vais pas te taper sur l'épaule et te dire que tu es super si je pense l'inverse. Ce n'est pas comme ça que je fonctionne. Chaque joueur doit en tout temps savoir ce qu'il en est de manière honnête. C'est vraiment le mot le plus important pour moi. Je crois être honnête et j'attends des gens qu'ils le soient avec moi. 

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Tu penses que cela t'a parfois joué des tours d'être ouvert et franc à ce point?
Non, je ne le pense pas. Et si un jour, ce devait être le cas, c'est que je ne suis simplement pas dans un endroit qui me convient. Si tu regardes mon parcours, je suis toujours resté trois ou quatre ans en poste. Lorsque je m'engage, je ne le fais pas à court terme. Je ne suis pas du genre à changer chaque année de club. J'ai l'impression de parvenir à trouver ma place et à m'installer là où je décide de le faire. C'est avec cet état d'esprit que je viens à Porrentruy pour entraîner le HC Ajoie.

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