Au moment d'appréhender ce quart de finale contre la Suède, il y a une tentation presque malsaine. Celle de se comporter comme les pirates dans Astérix, effrayés d'avoir encore à croiser le chemin des «Gau-Gau.... des Gaulois». Car oui, il y a un vrai traumatisme qui existe face à la Suède. Il remonte à la finale de 2018 à Copenhague et une défaite lors des tirs aux buts contre le «Tre Kronor».
Si l'on ajoute à cela les revers en 2019 lors du Mondial à Bratislava (3-4) et la tarte deux ans plus tard à Riga (0-7), ce sentiment n'en a été que renforcé. Il n'en suffisait pas de plus pour que les Nordiques deviennent la bête noire de tout un peuple rouge à croix blanche.
Pourtant, un simple tour sur les différents sites de paris suffit pour s'en rendre compte: la Suisse est favorite de ce quart de finale face à la Suède. Et cela ne tombe pas de nulle part. Il y a des raisons objectives de le penser.
La Suède est moins forte que d'habitude
Lors de la finale perdue à Copenhague, la Suède pouvait compter sur treize joueurs ayant inscrit au minimum 30 points la saison précédente en NHL. Parmi eux, huit totalisaient plus de 15 buts. Le «Tre Kronor» entraîné par Rikard Grönborg pouvait compter sur un impressionnant nombre de joueurs capables de faire la différence. On peut citer en vrac Mika Zibanejad, Rickard Rakell ou encore John Klingberg.
Cette année, les Suédois ne sont pas venus en vacances en Suisse. Mais la sélection de Sam Hallam est, sur le papier, moins impressionnante. Ce n'est pas forcément un hasard quelques mois après les Jeux olympiques. Contrairement à 2018, les stars de NHL ont pu disputer les joutes milanaises rendant plus compliqué le fait de vouloir les convier à un deuxième tournoi international peu après. Il n'y a que huit joueurs de NHL dans le vestiaire suédois en Suisse.
La Suisse a appris le haut niveau
Depuis 2022, la sélection nationale est conviée au Euro Hockey Tour en lieu et place de la Russie, bannie après l'annexion de l'Ukraine. Concrètement, qu'est-ce que cela a changé? En quatre années, la Suisse a déjà affronté à 17 (!) reprises la Suède. Pour trouver trace d'autant de rencontres face aux Nordiques avant la finale de 2018, il faut remonter à...2009. Près d'une décennie. Et cette statistique est également valable pour les duels contre la Finlande et la République tchèque.
Bref, depuis quatre ans, la Suisse a troqué ses matches de préparation contre l'Allemagne et la Slovaquie contre des parties face à des grandes nations. Ce sont certes des effectifs différents de ceux du Mondial, mais les internationaux suisses côtoient régulièrement le très haut niveau. Et il y a un chiffre qui ne trompe pas. Depuis 2022, la Suisse a disputé 35 matches de phases de poules et n'en a perdu que... deux.
Une équipe plus expérimentée
L'équipe de Jan Cadieux possède moins de très jeunes joueurs et plus d'éléments expérimentés. Là où la Suède a convoqué les incroyables pépites que sont Viggo Björck et la future star Ivar Stenberg (tous deux 18 ans), les Helvètes, eux, n'ont aucun joueur n'ayant pas fêté ses 22 ans. Nicolas Baechler (22 ans) est le cadet de cette sélection, suivi par Attilio Biasca (23 ans) et Théo Rochette (24 ans). L'équipe de Suisse est la plus âgée du tournoi avec une moyenne de 29,52 ans contre 27,64 pour son adversaire.
Au moment où l'enjeu va grandir de manière exponentielle, pas sûr que ceux qui disputent leur premier championnat du monde puissent jouer au même niveau qu'en phase de poules. Et comme les leaders suédois ont peiné à se mettre en route dans cette compétition, on comprend bien vite pourquoi la Suisse a les faveurs de la cote.
L'avantage de jouer à domicile
Il y a évidemment le facteur émotionnel. La Suisse va jouer devant quasi 10'000 personnes totalement acquises à sa cause. Lors de la finale du tournoi à Copenhague, c'était totalement l'inverse avec une marée jaune et bleue qui a traversé le détroit d'Öresund en provenance de Malmö. Cela joue forcément un rôle.
Et puis il y a le fait que la Suisse aura l'avantage du dernier changement. Grâce à son statut de meilleure équipe de la première phase, l'équipe de Jan Cadieux aura un avantage tactique non négligeable pour la suite de la compétition. Depuis le début du Mondial, l'ancien entraîneur de Genève-Servette a prouvé avoir une approche très proactive des matches. Ce qui peut lui permettre de dicter davantage le jeu face aux Suédois. Sur un match qui devrait se jouer sur des détails, cela peut compter.
Ce qui ne «tue» pas...
Avec les excellents résultats depuis le début de la campagne zurichoise, on en vient presque à oublier le tremblement de terre qu'elle a traversé. Mais c'est bien ce qui est arrivé avec le départ tumultueux de Patrick Fischer pour sa sombre histoire de faux certificat Covid. Et pourtant, l'équipe de Suisse vit bien et les internationaux paraissent heureux d'être ensemble.
Mais ce ne fut pas un chemin tranquille pour autant. Des discussions fermes et des débats ont eu lieu dans l'intimité du vestiaire ou par téléphone. Les «pro Fischer» voulaient son retour. D'autres s'accommodaient de son départ ou ne remettaient du moins pas en question la décision de la Fédération. Finalement, une unité s'est créée, comme nous l'a raconté Roman Josi à Ängelholm le jour de son arrivée sous les drapeaux. Ce qui n'a pas tué l'état d'esprit de cette équipe l'a rendu encore plus fort.
Et ce dernier point peut faire la différence à lui seul.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Suisse | 7 | 32 | 21 | |
2 | Finlande | 7 | 20 | 18 | |
3 | Lettonie | 7 | 7 | 12 | |
4 | Etats-Unis | 7 | 4 | 11 | |
5 | Allemagne | 7 | 1 | 10 | |
6 | Autriche | 7 | -12 | 9 | |
7 | Hongrie | 7 | -24 | 3 | |
8 | Royaume-Uni | 7 | -28 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Canada | 7 | 20 | 20 | |
2 | Norvège | 7 | 11 | 15 | |
3 | République Tchèque | 7 | 2 | 13 | |
4 | Suède | 7 | 11 | 12 | |
5 | Slovaquie | 7 | 2 | 11 | |
6 | Danemark | 7 | -11 | 6 | |
7 | Slovénie | 7 | -12 | 6 | |
8 | Italie | 7 | -23 | 1 |


