«Nous avons toujours averti la FIA et les équipes: avec de tels écarts de vitesse, des accidents de ce type allaient forcément se produire. Nous espérons désormais que la voix des pilotes sera davantage entendue», a déclaré Carlos Sainz, directeur de l’association des pilotes.
308 contre 250 km/h
Le crash d’Oliver Bearman au 22e tour à Suzuka — théâtre de l’accident mortel de Jules Bianchi en 2014 — sonne peut-être comme un ultime avertissement.
À l’approche du virage Spoon, le pilote Haas enclenche le mode «boost» et déboule à 308 km/h. Environ 150 mètres devant lui, Franco Colapinto roule en mode économie d’énergie à près de 250 km/h. Un léger écart vers la gauche, et Oliver Bearman se retrouve instantanément dans ses roues.
Impact à 50 G
À cet endroit du circuit, l’espace pour dépasser est quasi inexistant. Le Britannique n’a alors que deux options: percuter l’Alpine ou tenter de passer dans l’herbe.
Le pari tourne mal. La Haas part en tonneaux, est renvoyée sur la piste, puis termine sa course dans les barrières de pneus. L’impact, estimé à 50 G, classe cet accident parmi les plus violents. Par miracle, Bearman s’en sort avec de simples contusions.
Carlos Sainz alerte: «Imaginez ce scénario à Bakou, Singapour ou Las Vegas, sans zone de dégagement.»
La course bascule
L’intervention de la voiture de sécurité redistribue ensuite les cartes chez Mercedes. Kimi Antonelli en profite pour effectuer un arrêt «gratuit», contrairement à George Russell, passé par les stands un tour plus tôt. «J’aurais probablement gagné», regrette le Britannique. Le nouveau leader du championnat, originaire de Bologne, reconnaît lui-même: «En Formule 1, il faut aussi savoir saisir sa chance.»
Polémique et jugement
Si la FIA a logiquement classé l’incident entre Bearman et Colapinto sans suite, l’ancien pilote Timo Glock (91 Grands Prix, trois podiums) n’est pas du même avis: «La responsabilité incombe à Colapinto.»
«Le miracle de Melbourne»
Une sortie qui fait grincer, tant Colapinto avait été salué quelques semaines plus tôt. À Melbourne, dès le départ de la saison, l’Argentin avait évité un carambolage majeur grâce à une manœuvre exceptionnelle face à la Racing Bulls de Liam Lawson, quasiment à l’arrêt.
Un geste encore applaudi lors du briefing des pilotes à Shanghai, qualifié de «miracle de Melbourne» par ses pairs.
Le précédent du Mans
La Formule 1 s’en sort une fois de plus sans drame. Mais pour combien de temps? Carlos Sainz insiste: «Il faut des solutions avant Miami pour réduire ces écarts de vitesse.»
Reste à savoir lesquelles. Car dans d’autres disciplines, comme les 24 Heures du Mans, des différences de vitesse supérieures à 100 km/h coexistent — y compris de nuit — sans provoquer de telles inquiétudes.
Trois problèmes majeurs
Profitant de la pause imposée (Bahreïn et l’Arabie saoudite étant perturbés par la guerre en Iran), la FIA doit se pencher sur plusieurs dossiers brûlants : la gestion de l’énergie, les procédures de départ (quatre absents en Chine, onze positions perdues pour les deux Audi au Japon), et surtout ces écarts de vitesse jugés dangereux.
Max Verstappen, lanceur d’alerte ignoré ?
Rien ne garantit toutefois des changements rapides. À force d’empiler les règles, la Formule 1 s’est elle-même piégée.
Certains pilotes, à commencer par Max Verstappen, avaient pourtant tiré la sonnette d’alarme face à cette nouvelle ère technique. Longtemps critiqué, le Néerlandais voit aujourd’hui ses avertissements validés par ses pairs.
Peut-être trop tard — si la superstar décidait de tourner le dos à un sport qu’il a longtemps adoré.