Joël Mall a tiré plusieurs leçons de vie durant ses deux ans et demi passés à Genève et la résilience en fait partie. «J’ai beaucoup souffert mentalement, mais j’ai appris à mieux gérer mon ego. Plus je vieillis, plus il m’est facile de faire la part des choses.» On vit mieux quand «tout ne tourne pas toujours autour de soi», admet le gardien, bien au-delà d’un simple constat de surface.
Un constat qui vaut aussi pour le Servette FC dans son ensemble. Ce qui fait défaut, selon lui: la stabilité. Trop d’incertitudes, trop de zones floues. Depuis son arrivée, Joëk Mall est en concurrence directe avec Jérémy Frick, régulièrement freiné par les blessures. Impossible, sur la durée, de déterminer clairement un numéro 1. «Cela dépend beaucoup de la communication», explique Joël Mall à propos de cette situation confuse, que l’on pourrait aussi qualifier d’hésitante de la part des dirigeants. «Ce n’est toujours pas tranché aujourd’hui. Mais Jérémy et moi avons une très bonne relation. Nous nous parlons ouvertement, chacun peut se mettre à la place de l’autre.»
Face à la crise, son ambition personnelle est claire: «Je veux être un leader. Bien sûr, je veux jouer, mais avant tout faire partie d’une équipe qui gagne. Je suis prêt à mettre mes intérêts personnels de côté. En revanche, ce que j’attends, c’est une communication claire.» Un plan, une ligne directrice, des annonces nettes. Le reste n’aide pas, même si «en tant que professionnel, je dois faire avec». D’où son engagement total: «Je n’ai pas envie de faire autre chose, encore moins de faire la tête. Les bons joueurs ne suffisent pas: le vestiaire est décisif. L’ambiance et l’esprit d’équipe font la différence dans les matches serrés.»
Inquiétude après la reprise
Ces deux dernières saisons, Joël Mall avait connu une véritable embellie avec les Grenat. De cette renaissance genevoise, il ne reste aujourd’hui que peu de choses. La réalité est brutale: cinq victoires en 18 matches de Super League, une avant-dernière place, une élimination humiliante en Coupe à Yverdon, et une disparition prématurée de la scène européenne.
Le gardien de 34 ans ne cherche pas à minimiser. Pour expliquer ce recul après «deux années extraordinaires», il parle sans détour: «On a vécu le pire des scénarios. Beaucoup de choses ont mal tourné.» Il repense à l’été, au deuxième tour de qualification européenne: «On gagne à Plzen, puis on mène au retour... et on se retrouve éliminés. Mentalement, ça a été un point de rupture. Ensuite, nous n’avons eu aucune chance contre Utrecht, puis nous avons encore manqué de réussite contre le Shakhtar Donetsk en play-off de la Conference League.»
Ces désillusions européennes ont profondément marqué un collectif pourtant bien huilé. Une vitrine essentielle disparaît, la confiance s’effrite, les premières remises en question apparaissent. L’entraîneur Thomas Häberli est rapidement sous pression et perd son poste le 4 août. «Ne pas être présent sur la scène internationale a été – et reste – extrêmement dur à digérer. Pour les joueurs comme pour le club», confie Joël Mall à Blick. «Nous avons traîné cette énorme déception trop longtemps en Super League. Nous n’avons pas réussi à la laisser derrière nous.»
Son successeur, Jocelyn Gourvennec, fort d’une solide expérience en Ligue 1 (Nantes, Lille, Bordeaux), peine lui aussi à redresser la barre. «Nous avons eu plus de blessés que d’habitude. Tout s’est cumulé. Presque tout le monde est passé en dessous de son niveau. Une situation compliquée pour n’importe quel entraîneur», analyse Joël Mall, évoquant aussi les difficultés liées au changement de coach. «Reprendre une équipe sans confiance, dans un championnat que l’on découvre, sans connaître tous les paramètres, c’est très difficile. J’ai le sentiment que ses idées et sa patte commencent seulement maintenant à apparaître.»
Joël Mall décrit deux profils très différents: «Häbi était très proche du terrain, très chaleureux, humainement exceptionnel. Gourvennec est plus distant, plus directif, plus autoritaire. Les deux approches peuvent fonctionner si elles sont assumées avec authenticité et cohérence. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise méthode.»
Indépendamment du banc, la qualité de l’effectif reste respectable, «même si nous avons reculé d’un ou deux pas à tous les niveaux». La clé réside dans la constance: «Nous avons tellement de hauts et de bas... J'ai rarement vu ça. J’espère que la pause nous a permis de faire le point et de corriger cela. Avec un nouvel élan et une meilleure mentalité, on peut s’en sortir.» Son objectif pour le second tour est limpide: «Nous devons immédiatement gagner en stabilité. C’est la seule manière de quitter le bas du classement et de viser le top 6. C’est notre feuille de route.»
Le théâtre genevois en mouvement
À Genève, l’organigramme du club est régulièrement ajusté. Hervé Broch est président depuis juin 2024 et avait prolongé Thomas Häberli au printemps dernier. Mais la nouvelle commission sportive mise en place cet été (Alain Geiger, Gérard Bonneau et le recruteur Yoan Loche) a rapidement infléchi la trajectoire. Fin novembre, un autre tournant majeur survient: Didier Fischer, figure forte de la Fondation 1890, se retire après dix ans d’engagement. Depuis janvier, c’est le banquier Grégoire Pictet qui pilote désormais l’organisation.
Joël Mall perçoit ce changement et s’intéresse aux mécanismes internes du club. En privé, il se penche depuis longtemps sur les questions stratégiques: «J’ai étudié le marketing et le management du sport. Et je viens de suivre un module de formation à l’UEFA.» Il sait ce qui est fondamental dans le sport de haut niveau: «Une communication claire entre toutes les parties, avec une répartition des rôles lisible et fonctionnelle.» Aux côtés de l’ancien directeur sportif et entraîneur René Weiler, il a beaucoup appris: «J’ai été impressionné par sa capacité à tout orienter vers le succès. Il ne cherchait pas les conflits, mais ne les fuyait pas non plus.»
Pas de départ pour les Etats-Unis
L’idée de suivre René Weiler aux États-Unis – désormais entraîneur de DC United en MLS – a-t-elle existé? La réponse est nette: «Non, ce n’est pas un sujet. En famille, nous avons déjà vécu beaucoup d’aventures. Les enfants sont scolarisés, ma femme est engagée professionnellement.» Pas question de tout déraciner à nouveau. «Il y a des choses plus importantes que de doubler son salaire. Je veux une famille saine, de l'équilibre dans mon couple.»
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Thoune | 19 | 16 | 40 | |
2 | FC St-Gall | 19 | 16 | 37 | |
3 | FC Lugano | 19 | 5 | 33 | |
4 | FC Bâle | 19 | 8 | 32 | |
5 | Young Boys | 19 | 0 | 29 | |
6 | FC Sion | 18 | 4 | 27 | |
7 | FC Zurich | 19 | -7 | 24 | |
8 | FC Lucerne | 19 | 0 | 21 | |
9 | FC Lausanne-Sport | 18 | 0 | 21 | |
10 | Servette FC | 18 | -6 | 20 | |
11 | Grasshopper Club Zurich | 19 | -9 | 17 | |
12 | FC Winterthour | 18 | -27 | 10 |