Les Valaisans se souviennent
Rolland Courbis au FC Sion: passage éclair, souvenir éternel

De passage à Sion au printemps 2012, Rolland Courbis, décédé ce lundi, n’y aura dirigé que quelques entraînements. Mais son franc-parler, son charisme et sa vision du jeu ont marqué durablement joueurs et dirigeants sédunois. Témoignages.
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Rolland Courbis a dirigé le FC Sion durant quelques semaines au printemps 2012.
Photo: Keystone
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Bastien FellerJournaliste Blick

Ce mercredi soir face à Winterthour, le FC Sion aura une pensée pour les victimes du drame de Crans-Montana, survenu dans la nuit du 31 au 1er janvier dernier. Mais aussi pour Rolland Courbis, entraîneur français passé par Tourbillon au printemps 2012. A l'époque venu pour «donner un coup de main», selon ses propres termes, durant quatre semaines, le Marseillais n'est resté en Valais que quelques jours. La faute à une licence UEFA qui lui faisait défaut pour entraîner en Suisse.

Le technicien passé notamment par Bordeaux, Marseille et Montpellier a malgré tout eu le temps de marquer les esprits des joueurs présents dans l'effectif à cette époque. «Au départ, ça faisait drôle, parce qu'il était quand même un personnage important du football. Moi, je le connaissais par les médias, par son parcours. C’était une grande figure, donc c’était forcément impressionnant de le voir arriver», se souvient Kevin Fickentscher, lequel garde un souvenir intact de «Coach Courbis».

Une théorie qui reste dans les mémoires

«Ce qui m’avait aussi frappé, c’est qu’il était relativement simple et ouvert à la discussion. On pouvait facilement parler avec lui, il allait vers tout le monde. J’étais assez jeune quand il est venu à Sion et il n’avait aucun problème à être ouvert avec les jeunes. On a eu plusieurs discussions. C’était quelqu’un de facilement abordable, donc plutôt appréciable», appuie l'ancien gardien de but, qui n'oublie pas non plus que son entraîneur du moment ne se trouvait pas souvent sur le terrain lors des entraînements. «Durant les séances, il était au bord du terrain, mais très souvent au téléphone», sourit-il.

«Rolland Courbis était un garçon extrêmement attachant», salue Christian Constantin.
Photo: KEYSTONE

Si le Marseillais n'avait pas pu prendre place sur le banc face à Thoune en raison d'un empêchement professionnel à Paris, il l'était face au Lausanne-Sport, à la Pontaise, trois jours plus tard. «Je me souviens notamment de sa théorie à Lausanne, à la Pontaise. C’était son premier match. La première chose qu’il nous dit, c’est: «Je ne vais pas vous parler de Lausanne. Je ne les connais pas et ça ne m’intéresse pas. On va se concentrer sur nous-mêmes.» Il s’est focalisé sur ce qu’il avait vu à l’entraînement pendant la semaine et sur ce qu’il attendait de nous. Ça m’avait marqué, parce qu’il ne voulait pas perdre d’énergie sur l’adversaire. Il estimait que c’était sur nous qu’il fallait se concentrer, et c’était intéressant», raconte Kevin Fickentscher.

«C'est un garçon extrêmement attachant»

Mais comme le rappelle Christian Constantin, qui connaissait Rolland Courbis bien avant de l'engager: «il ne faut pas parler de son passage à Sion, mais de la personne qu'il était». «Quand il était chez moi, il était déjà dans une phase différente. Il avait beaucoup d’activité avec la radio RMC, notamment. Chez moi, il était déjà dans une période où il basculait davantage vers le showbiz que vers le rôle de ténor du football. Il avait toujours envie d’être sur le terrain, mais la télévision, la radio, ça lui plaisait, parce qu’il avait une belle audience. Faire les deux en même temps, c’était compliqué», estime «CC», qui garde le souvenir d'un «sacré personnage».

«C’était un garçon extrêmement attachant: par ses phrases, son humour, ses formules, son imaginaire. Il réussissait à faire rêver ses joueurs. Il avait surtout la capacité de contact avec les joueurs, supérieure à ce que d’autres entraîneurs peuvent avoir. Il y a des entraîneurs qui essaient de travailler plus avec la tête des joueurs. Lui, il essayait de travailler plus avec le cœur», explique le Valaisan.

Rolland Courbis a lancé Didier Tholot

Actuellement entraîneur de la formation sédunoise, Didier Tholot connaissait lui aussi très bien Rolland Courbis. «C’est lui qui m’a lancé à Toulon, puis je l’ai retrouvé à Bordeaux», commente-t-il, reconnaissant envers «Coach Courbis». «C’est lui qui a accepté mon prêt à Niort qui a lancé ma carrière. C’est quelqu’un qui a marqué le football français et qui m’a marqué personnellement.»

D'abord comme joueur, puis encore lorsque le Bordelais se lance comme entraîneur. «On discutait beaucoup, on s’appelait assez souvent. Quand j’étais à Pau, lors de ma première saison qui a été difficile, on a échangé à Noël et à travers la discussion, il m’a guidé vers un plan qui a clairement pesé sur la deuxième partie de saison. C’était quelqu’un que tu pouvais appeler à n’importe quelle heure, il te répondait toujours.»

Un exemple pour d'autres entraîneurs

Une anecdote a notamment marqué Didier Tholot et qui rejoint les propos de son président au sujet de la façon de faire du Marseillais. «Je me souviens d’un déplacement avec Bordeaux, lors de la dernière journée de stage. On était dans le bus, il a pris la parole et il a dit: 'Écoutez-moi bien, ce soir, celui qui rentre avant 3 heures du matin, il ne jouera pas une minute'. Le message était clair: je ne veux pas d’individualités qui partent avant les autres, je veux un groupe, et un groupe jusqu’au bout.»

Comme d'autres entraîneurs, notamment Walid Regragui, actuel sélectionneur du Maroc, Didier Tholot confie s'inspirer en partie de son ancien entraîneur pour réaliser ses discours d'avant-match. «Quand tu sortais de la causerie, tu avais l’impression d’être Maradona, et que ton adversaire était un gars qui jouait le dimanche matin au fond de la campagne. Il te mettait dans cet état-là. Aujourd’hui, au-delà de la préparation physique, il y a un aspect humain et motivateur extrêmement important, et sur ce point, il était très, très fort.»

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