La marge de progression est là
Rafel Navarro: premier examen réussi, sans plus

Rafel Navarro a-t-il réussi ses deux premiers matches officiels à la tête de la Nati? Oui et non. Les deux victoires face à l'Irlande du Nord et Malte sont incontestables et méritées, mais les intentions du coach catalan ne sont pas encore appliquées par ses joueuses.
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Deux matches dans ces qualifications pour la Coupe du monde, deux victoires. L'essentiel est là. Mais pas encore le reste.
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Rafel Navarro lui-même l'a admis: il est sorti à «70% satisfait» du premier match face à l'Irlande du Nord (2-0), et «à 50%» de celui disputé à Malte (4-1). Pourtant, la Nati a gagné les deux premières rencontres officielles sous la direction de leur nouvel entraîneur, mais, tout comme ses joueuses, celui-ci ne s'en contente pas. «Le résultat est une chose, la manière de jouer une autre», assure-t-il.

Ses deux premiers matches officiels

La Suisse a pourtant dominé ces deux rencontres et a amplement mérité de les gagner, mais la faiblesse de l'opposition (surtout celle proposée par l'Irlande du Nord, étonnamment) vient occulter ce constat. Au-delà de la froide réalité des chiffres, se pose la question: le Catalan a-t-il réussi son premier examen à la tête de la Nati? 

Son premier rassemblement, en novembre à Jerez de la Frontera, lui a permis de prendre ses marques, mais cette prise de contact avec ses joueuses a été marquée par le décès de son père, qui l'a contraint à s'absenter durant plusieurs entraînements. Pas simple à gérer, mais déjà, en Andalousie, la rupture avec Pia Sundhage avait pu être constatée.

Les joueuses de la Nati sont en effet passées sans transition du «hard rock football» prôné par la Suédoise à la symphonie de passes voulues par leur nouvel entraîneur catalan. Il n'y a ici même pas besoin de caricaturer et d'entrer dans les clichés: regarder les matches et écouter les joueuses suffit. 

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Le Catalan a été choisi par l'ASF pour incarner ce changement de philosophie et le mettre en place, pas seulement dans le discours ou pour la façade. Le style de jeu prôné par Pia Sundhage avait été jugé pertinent dans le cadre d'un Euro et pour dynamiser tout un pays (mission largement accomplie), mais bien trop minimaliste pour le long terme et pas adéquat pour le développement des jeunes joueuses, une priorité pour la Fédération. Moins charismatique, moins électrisant, moins populaire et moins bon communicateur, son successeur est un homme pour qui la méthodologie est une valeur plus importante que l'énergie. Le travail de Rafel Navarro devra donc être jugé sur le long terme, c'est une évidence, mais il n'est pas interdit de prendre les temps de passage tout de même.

Quels sont-ils, ces fameux temps de passage après les quatre premiers matches du Catalan? Premièrement, c'est l'évidence même, la Suisse essaie de poser le jeu depuis l'arrière et de faire circuler le ballon jusqu'à faire tourner la tête de ses adversaires et c'est aussi pour cette raison que Rafel Navarro a demandé à Sydney Schertenleib de jouer désormais au milieu de terrain et non plus en pointe pour finir les actions. Le Catalan a identifié la joueuse du Barça, qu'il connaît bien, comme étant la joueuse suisse la plus douée balle au pied et veut la voir au coeur du jeu, au départ des actions. 

Qui sera l'avant-centre de la Nati?

Cette initiative a un corollaire: Svenja Fölmli et Aurélie Csillag, qui se disputent le poste d'avant-centre désormais, n'ont pas les mêmes qualités que leur jeune coéquipière. Et le poste d'avant-centre est pour l'heure en souffrance, ce que ne cherche pas vraiment à cacher Rafel Navarro. «On a peut-être fait une erreur à Malte, c'est à réfléchir, en faisant jouer Svenja en première période et Aurélie en deuxième, alors que leurs qualités suggèrent plutôt le contraire. Aurélie est une joueuse de profondeur, Svenja est plus à l'aise dans les seize mètres.» Sous-entendu: aucune des deux n'est aujourd'hui une joueuse complète.

Iman Beney ailière gauche, une bonne idée

Aujourd'hui, le constat est clair: la Suisse manque énormément de percussion offensive, malgré les très bonnes performances d'Iman Beney côté gauche. Le positionnement de la Valaisanne est à mettre au crédit de Rafel Navarro, qui a trouvé un moyen intéressant d'utiliser au mieux ses qualités, sans qu'elle doive s'épuiser dans trop de courses défensives. Bien vu: en ayant plus de fraîcheur, la dynamique ailière fait mal à tout le monde. Si la Suisse doit encore très largement gagner en vitesse et en précision dans ses attaques (quel ennui contre l'Irlande du Nord...), alors il suffit de suivre la voie tracée par Iman Beney.

Derrière, il y a encore du boulot

La Suisse maîtrise le ballon, c'est indéniable, et cela avait déjà le cas en novembre contre le Pays de Galles et la Belgique, avec deux défaites à la clé en raison d'une défense trop friable face à des adversaire de meilleur niveau. L'Irlande du Nord n'a pas attaqué, donc difficile de savoir si la Nati a progressé entre novembre et mars, mais les offensives maltaises ont fait mal samedi soir et cela ne peut pas être rassurant en vue des prochaines échéances, y compris celles face à la Turquie en avril. Derrière, c'est clair, il y a encore du boulot.

Les joueuses adhèrent au projet de jeu, ce qui est le principal

On l'a compris, il y a du bon et du moins bon à tirer de ces deux premiers matches, mais le principal enseignement est à trouver chez les joueuses, qui croient dans leur ensemble fermement à ce nouveau projet, ce qui se sent largement dans leur discours, qu'il soit formel ou informel. Et ces signaux-là sont perceptibles. Ils l'avaient été avant l'Euro, lorsque Pia Sundhage ne faisait plus l'unanimité et s'était mis plusieurs cadres à dos, dont Ana-Maria Crnogorcevic. Rien de tel pour l'heure avec Rafel Navarro, dont le projet de jeu est adopté par ses joueuses, ce qui est le principal pour qu'une union dure. Mais ce qui n'empêche pas de constater avec objectivité que d nombreux points doivent encore être améliorés sur le terrain si la Nati entend être compétitive en barrages à la fin de l'année face à des équipes de division A. 

Si la Norvège ou les Pays-Bas devait affronter la Suisse dans un mois (sans même parler de l'Espagne ou de l'Angleterre...), le résultat serait sans doute défavorable à la Nati. Tout l'enjeu est que le rapport de forces soit moins défavorable d'ici six mois. Et c'est là le travail à long terme qu'entend mener Rafel Navarro pour faire progresser cette équipe.

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