Jusqu'ici tout va bien...
Alex Frei cible plusieurs dangers pour l'avenir du football suisse

Les clubs suisses ne forment plus assez de jeunes et ceux-ci partent trop tôt à l'étranger! Nouveau sélectionneur des M21, la légende du football suisse Alexander Frei attire l'attention sur une situation potentiellement dangereuse.
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Alexander Frei, fort de ses 84 sélections, est attentif à l'avenir du football suisse.
Photo: keystone-sda.ch
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Peu de monde est mieux placé qu'Alexander Frei pour donner son avis sur l'évolution des résultats de l'équipe de Suisse de football. Le recordman des buts avec la Nati (42 en 84 matches) vient d'être nommé entraîneur des M21 et il le sait mieux que personne: se qualifier pour chaque grand tournoi international depuis 2014 et, encore mieux, atteindre à chaque fois les 8es est un miracle à l'échelle suisse. Seules la Nati et la France peuvent se vanter d'une telle régularité à haut niveau, des formations comme l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et le Portugal ne pouvant pas en dire autant.

Alors, Alexander Frei, comment ce miracle est-il possible? «Nous faisons beaucoup de choses juste dans la formation», a commencé par dire l'ancien attaquant, qui a été au coeur de grands résultats avec l'équipe de Suisse, mais a également connu quelques cuisants échecs entre 2001 et 2011.

Attention à l'auto-satisfaction

L'élargissement des compétitions est également un facteur explicatif, vu qu'il est plus facile de se qualifier pour un Euro à 24 qu'à 16, mais elle n'est de loin pas la seule. Et plusieurs dangers guettent la Nati à l'avenir. «L'un des plus grand est l'auto-satisfaction», prévient Alex Frei.

«Nous devons tout faire pour que cette série positive continue. Et quand je dis 'nous', je veux dire l'entier du football suisse: les clubs, les dirigeants, la fédération», continue l'ancien attaquant, en pointant du doigt les résultats des clubs suisses en Europe.

«Les clubs sont moins performants, c'est indéniable. Or, c'est une des clés du développement du football suisse. Celui qui veut générer de la valeur sur un joueur, et donc le vendre, a besoin que celui-ci brille en Europe ou avec l'équipe nationale. Ou alors vraiment que ce soit un phénomène qui marque un but par match en Super League. Nous devons travailler encore mieux avec nos jeunes, pour le bien de tous», assure-t-il.

Pas assez de jeunes Suisses en Super League?

Les clubs le font-ils suffisamment? Lucerne est un bon exemple, mais que dire d'YB ou de Bâle, les deux clubs-phare du pays? «Je dois être diplomate maintenant, je porte le costume de l'ASF», a souri Alex Frei. Sa réponse? «Je me suis entretenu récemment avec Dani Stucki, le directeur sportif de Bâle, et je vais le faire avec Christoph Spycher et Mathieu Béda à YB. Ce que je peux dire, au vu de mon expérience, c'est que c'est aussi aux jeunes de gagner leur place sur le terrain: il n'existe aucun entraîneur dans le monde qui ne fait pas jouer un jeune s'il est bon.»

Le fait est que lui a commencé à marquer des buts à Bâle, Thoune, Lucerne et Servette avant de partir à l'étranger, à 24 ans. Mais aujourd'hui, les jeunes talents partent de plus en plus tôt, à l'image de Johan Manzambi, qui a fait le bon choix en rejoignant Freiburg avant ses 18 ans. Qu'en pense Alex Frei? «Pour moi, le meilleur chemin, c'est d'avoir deux saisons pleines en Super League avant de partir. J'irais même plus loin: aie déjà cinq sélections avec la Nati avant de penser à l'étranger», commence-t-il par dire.

«Il y a un chemin plus intelligent, plus sage»

«A mon époque, Johan Djourou est parti très tôt à Arsenal, mais contrairement à ce que l'on pense aujourd'hui, Philippe Senderos avait déjà joué des dizaines de matches avec Servette. Il n'y a pas de juste ou de faux, mais à mon avis les exemples des joueurs qui sont partis tôt et qui sont revenus en ayant échoué sont plus nombreux que ceux ayant réussi. Je pense qu'il y a un chemin plus intelligent, plus sage, qui te fait arriver à l'étranger avec un statut et de l'expérience», assure l'ancien buteur de Dortmund. 

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