Voilà qui s'appelle prendre un virage à 180 degrés! Pour succéder à Sacha Stauch à la tête des M21, l'ASF a décidé de faire appel au meilleur buteur de l'histoire de la Nati, l'homme qui a marqué 42 buts en 84 sélections, ce qui n'a pas manqué d'être relevé par Adrian Arnold, chef de la communication. Oui, la Fédération suisse était particulièrement fière de présenter Alex Frei ce mercredi matin à Muri, dans la «maison du football suisse». Quoi qu'on pense de sa carrière d'entraîneur (Wil, Winterthour, Bâle, Aarau), l'ancien avant-centre est une légende du football suisse et son charisme est toujours intact. Son estime de lui aussi et il en a d'ailleurs rigolé ce mercredi matin.
«Je n'ai jamais manqué de confiance en moi. Je peux aussi en apporter à ceux qui n'en ont pas», a-t-il souri, lui qui était parti de son dernier club, le FC Aarau, voilà près de deux ans en parlant d'une certaine lassitude et d'une perte de motivation. Pourquoi a-t-il accepté de replonger dans ce monde où la pression est partout? N'aurait-il pas été plus heureux en s'adonnant à sa nouvelle fonction de maître fromager?
Entraîneur de club c'est (presque) définitivement fini
«Je savais que la question allait venir. La réponse est très simple. Je ne parle jamais de 100%, parce que je ne veux jamais être traité de menteur. Mais je peux dire aujourd'hui à 99,99% que je ne serai plus entraîneur de club. J'ai toujours dit que deux missions pouvaient allumer une flamme chez moi et l'une des deux était celle de devenir sélectionneur des M21», a-t-il assuré ce mercredi.
Pourquoi précisément ce poste? «Parce qu'il est très intéressant. Et je l'ai toujours pensé. Tu peux transmettre ton expérience, parler avec ces jeunes, les conseiller pour construire leur carrière. D'ailleurs, plusieurs jeunes m'appellent aujourd'hui lorsqu'ils ont une question par rapport à leur carrière ou lorsqu'ils se trouvent dans un creux. Je leur réponds volontiers. La seule chose que je leur demande, c'est de ne pas m'appeler monsieur Frei, mais Alex.»
Alors, quand l'ASF s'est approchée de lui voilà quelques jours, il a tout de suite accepté, sans hésiter. «Dans ma tête, c'était clair: si j'étais appelé pour être sélectionneur des M21, c'était oui.» Et l'autre mission qu'il serait prêt à accepter? «Il y a un club en particulier qui pourrait me motiver. Un seul. Mais je ne veux pas en parler, ils ont de super entraîneurs en place.»
Un Alex Frei de très bonne humeur
L'ancien joueur du FC Begnins, qui habitait sur la Côte quand il était enfant avant de retourner en famille dans la région de Bâle, n'a pas caché son plaisir de revenir «à la maison» à l'ASF et a enchaîné les bons mots tout au long de sa conférence de presse. A un jeune journaliste qui lui demandait les différences entre l'époque où il était attaquant des M21 et aujourd'hui qu'il en est le sélectionneur, le Bâlois de 46 ans a répondu par un sourire. «Tu étais où à cette époque?» «Je suis né en 2004». «Ah, alors tu n'étais pas né!». Ses cheveux grisonnants ne peuvent pas le cacher: son époque avec les M21 a débuté dans un autre millénaire, en 1999. Son nombre de buts, il le connaît par coeur: 9, en 19 sélections.
Justement, comment l'ancien attaquant de très haut niveau veut-il redresser cette Nati M21, loin d'être assurée de participer au prochain Euro après son début de campagne plus que mitigé (deux victoires face aux Féroé et l'Estonie, deux nuls face à la France et l'Islande, une défaite au Luxembourg, troisième place provisoire).
«Cette équipe a du potentiel, sinon elle n'aurait pas fait 1-1 contre la France. Mais elle a perdu au Luxembourg trois jours plus tard avec les mêmes joueurs et ça, c'est un problème. Parce que les joueurs ne perdent pas leur niveau en trois jours. C'est impossible de me dire ça. Ils n'ont sans doute pas abordé le match avec la même concentration et c'est précisément ce qui ne joue pas. Tu te qualifies pour un Euro seulement si tu prends les points que tu dois prendre contre les équipes plus abordables. Si tu veux aller à un Euro, tu dois battre le Luxembourg. Sinon, tu n'y vas pas, c'est très simple.»
Objectif Euro 2027
Assis à côté de lui, le nouveau coordinateur des M21, son ancien coéquipier de la Nati Diego Benaglio, acquiesce. «L'objectif, c'est de se qualifier pour l'Euro, il n'a pas changé. La première place n'est plus dans nos mains, mais on veut y aller. Le premier objectif, c'est d'atteindre les play-off désormais. Et Alex a une autre mission en parallèle: développer nos jeunes joueurs et les aider à progresser individuellement et collectivement pour faire le saut avec les A et les aider dans leur carrière.» Parmi les talents à développer: Zachary Athekame, Liam Chipperfield, Sascha Britschgi, Alessandro Vogt, Cheveyo Tsawa, Roggerio Nyakossi...
Le fait qu'il connaisse très bien Murat Yakin ne sera à coup sûr pas un désavantage dans ce processus. «C'est vrai. Mais cela n'a pas été un critère déterminant dans notre choix», répond Diego Benaglio.
Directeur des équipes nationales et naturellement impliqué dans ce choix fort, Pierluigi Tami a été particulièrement séduit par le discours du Bâlois. «Il nous a convaincu dès la première réunion. Il nous a montré sa passion et son enthousiasme. C'est un profil important pour la Nati, il a prouvé qu'il savait travailler avec les jeunes. Et il a de l'expérience comme entraîneur, nous n'avons pas oublié la promotion en Super League avec Winterthour. Il est convaincu et convaincant, il est authentique. Les joueurs des M21 pourront profiter de son immense expérience», s'est réjoui le Tessinois.
Marquer, toujours le job le plus compliqué
Justement, comment le recordman des buts avec la Nati compte-t-il faire pour porter assistance à ce poste plus compliqué que les autres? «La clé, c'est la constance. Mais marquer des buts, c'est toujours particulier, il n'y a pas de certitudes. Certains joueurs sont prolifiques en M16 et plus après. D'autres sont hors des radars au début et marquent plus tard.» Et de rappeler son propre exemple, lui qui n'était pas le premier choix en M16, mais l'a été par la suite, de son propre mérite.
«Instagram, Tik-Tok, Tik-Tak...»
Si le football a évolué, les joueurs aussi, et Alex Frei assure qu'il n'est pas réfractaire au changement. «Il y a certaines valeurs immuables. Si tu arrives dix minutes en retard, il y a un problème, en 1996 comme en 2026. Les règles de comportement, elles ne changeront jamais. Mais pour certaines choses, tu dois t'adapter en tant qu'entraîneur. Les réseaux sociaux, ce ne sera jamais mon monde, mais il y a un pas à faire dans cette direction. Que ce soit Instagram, Tik-Tok, Tik-Tak ou quel que soit leur nom, ils font partie du monde des joueurs aujourd'hui. Il y a simplement des moments où ces réseaux n'ont pas leur place.» Plier sur certaines choses, mais ne pas craquer sur les valeurs de base, tel sera son credo.