Les jeunes manquent toujours de temps de jeu en Suisse
«Dans d'autres pays, l’âge importe peu: si tu es bon, tu joues»

La génération 2008 suisse reprend la compétition face à la Hongrie. Cinq mois après le Mondial, l’intégration des jeunes en Super League reste au cœur des débats.
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L'équipe de Suisse M18 retrouve le chemin de la compétition mercredi à Carouge.
Photo: keystone-sda.ch
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Bastien FellerJournaliste Blick

Mercredi à Carouge, l’équipe de Suisse M18 retrouve la compétition face à la Hongrie dans le cadre des qualifications à l’Euro M19 2027. Cinq mois après son élimination en quarts de finale de la Coupe du monde contre le Portugal (2-0), cette rencontre offre l’occasion de dresser un bilan: où en est la génération 2008 dans son passage vers le monde professionnel?

Sept joueurs présents au Qatar en novembre ont obtenu du temps de jeu en Super League cette saison, avant ou après le Mondial: Olivier Mambwa (Young Boys, 7 apparitions, 355 minutes), Giacomo Koloto (Bâle, 10, 597), Nevio Scherrer (Saint-Gall, 2, 29), Adrien Llukes (Sion, 5, 40), Sandro Wyss (Lucerne, 5, 110), Jill Stiel (Zurich, 1, 8), Erblin Sadikaj (Lucerne, 1, 48). À l’inverse, Ethan Bruchez n’a connu que le banc au Lausanne-Sport (3 matchs de Conference League, 1 en Super League). Deux blessures (clavicule, sacrum) sont venues freiner sa progression à un moment où il semblait pouvoir s’installer dans la rotation.

Une expérience profitable

«Il y a eu une belle évolution, se réjouit le sélectionneur M18 Luigi Pisino. Je pense que l’expérience de la Coupe du monde a vraiment été un accélérateur de progression pour les joueurs. On en voit certains qui ont commencé à entrer en Super League et ça c’est bien. Il y en a d'autres qui sont en train de se faire une place au sein des groupes pro. Ça fait partie du processus.»

Photo: IMAGO/Ulmer/Teamfoto

La suite du processus, pour une partie du groupe présent au Qatar (Mambwa est convoqué avec les M19, Koloto les M21, Bruchez est blessé), passera donc par les qualifications pour le prochain Euro M19. Compétition que la Suisse n’a jamais disputée. Pour deux raisons selon Luigi Pisino. «D’abord, à l’étranger, les jeunes ont beaucoup plus de minutes en professionnel. Ensuite, nos joueurs doivent gagner en maturité pour entrer dans le top 7 européen», explique-t-il, détaillant que seules les huit meilleures nations d'Europe participent au tournoi.

«Soit tu es bon, soit tu ne l'es pas»

Un constat qui met en lumière les limites du système suisse, qui restreint l'accès au monde professionnel pour les jeunes talents. D'autant plus regrettable compte tenu de la qualité de la formation helvétique. «On ne leur donne pas assez de place. Pourtant, les joueurs qui ont performé à la Coupe du monde sont capables de jouer chez les professionnels. Il y a une différence entre jouer et faire carrière, mais ils ont le niveau», assure le Genevois, qui voit là une grosse différence avec l'étranger. «Dans d’autres pays, l’âge importe peu: soit tu es bon, soit tu ne l’es pas. En Suisse, on se demande encore s’ils sont prêts», regrette-t-il, avant d'ajouter clairement: «S’ils sont bons, ils doivent jouer».

Photo: Pascal Muller/freshfocus

Giacomo Koloto du FC Bâle en est un très bon exemple. Performant lors du Mondial au Qatar, il est titulaire à la pointe de l'attaque rhénane depuis l'intronisation de Stephan Lichtsteiner. «Je ne suis pas partisan de freiner les jeunes joueurs», expliquait l'ancien international suisse après la victoire, et le doublé de son jeune attaquant, face au Lausanne-Sport début mars.

Deux gestions très différentes

«Je ne suis pas surpris. Il a une mentalité exceptionnelle et se comporte comme un professionnel depuis longtemps. À Bâle, il s’est imposé immédiatement comme un pro parmi les pros», se réjouit Luigi Pisino. Ce qui lui déplaît en revanche: le traitement réservé à Olivier Mambwa du côté d'YB. À l’opposé du cas bâlois.

Profitant du départ à la CAN puis de la blessure du titulaire Jaouen Hadjam dans le couloir gauche, il a pu enchaîner deux titularisations entre la mi-décembre et la mi-janvier. La seconde, face au LS, s'est terminée par un carton rouge. Depuis, le latéral n'a disputé que dix minutes en Super League et n'est même plus convoqué depuis six rencontres de championnat.

Pire: la direction bernoise lui a ajouté de la concurrence cet hiver en recrutant un joueur serbe de 20 ans. «Chaque club a sa réalité, tempère Luigi Pisino. Moi, je défends toujours les jeunes Suisses. Ils doivent avoir du temps de jeu. Ils feront des erreurs, c’est normal. La question est: les autres en font-ils moins? J’aimerais voir Olivier chez les pros, il en a le niveau.»

Didier Tholot fait mûrir un talentueux Valaisan

À Sion, Adrien Llukes a fait partie des neuf derniers groupes de Didier Tholot. À quatre reprises, il est entré en jeu. Le coach bordelais explique sa gestion du talent valaisan. «On avait un plan avec lui. On a dit qu’on voulait lui laisser de la place dans le groupe. Il est en train d’apprendre le haut niveau, d’apprendre ce que c’est que l’entraînement», avance-t-il, conscient que le «projet jeune» prend du temps.

Photo: keystone-sda.ch

«On voit un avant-après Coupe du monde. Il a vraiment bossé physiquement et passé un palier à ce niveau-là. On sait qu’il lui faudra encore du temps. Mais c’est un joueur qui a du talent et qu’on va essayer de faire progresser et de faire mûrir tranquillement.»

Conscient du talent brut dont il dispose, le FC Sion souhaite participer à son développement, en lui faisant découvrir l'élite, sans lui brûler les ailes. Chose que fait également très bien le FC Lucerne depuis plusieurs années. Reste à la Super League, pour le bien du football suisse, de trouver encore d'autres clubs désireux de suivre cette voie.

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