Johan Manzambi, 20 ans seulement, s'est imposé comme l'un des grands espoirs du football suisse. En un peu plus de deux ans, le Genevois est passé du statut de jeune talent prometteur du Servette FC à celui de titulaire en Bundesliga avec Freibourg, jusqu'à disputer une finale d'Europa League. Une progression fulgurante qui lui a également ouvert les portes de l'équipe de Suisse, où il a marqué les esprits dès ses premières apparitions sous le maillot de la Nati en juin 2025.
À quelques jours de la Coupe du monde, le milieu de terrain, qui rêvait petit de devenir gardien, continue pourtant d'afficher la même sérénité. Ni les rumeurs de transferts, ni l'attention grandissante qui l'entoure ne semblent détourner son regard de l'essentiel. Entre le souvenir encore vif de son but avec la Suisse à Genève, ses échanges avec les cadres de la sélection et son envie de s'imposer au plus haut niveau, Johan Manzambi évoque son ascension, ses ambitions et le rendez-vous mondial qui l'attend désormais.
Johan, tu sors de deux années où tout semble s'être accéléré. Quand tu regardes le chemin parcouru, êtes-tu surpris?
Franchement, je n'y aurais pas cru. Après, quand je suis dans le moment, je n'y pense pas. Pour moi, c'étaient deux années extraordinaires où tout est passé vite d'un coup.
Ta première saison complète au plus haut niveau, dans la peau d'un titulaire, s'est terminée il y a quelques jours, avec notamment une finale d'Europa League. Quel bilan en tires-tu?
Je suis satisfait. Après, je pense qu'on peut toujours faire mieux. Mais pour cette première saison pleine, je suis fier de moi quand même. Être titulaire est un plaisir, la Bundesliga est l'un des meilleurs championnats du monde.
Tu as été élu révélation de la saison d'Europa League.
Je suis heureux, même si j'aurais préféré la gagner (sourire).
Tu donnes souvent l'impression de pouvoir jouer partout. Dans quelle position te sens-tu le plus fort?
Je pense que la position où je serais le plus fort, ce serait au milieu de terrain. Franchement, numéro 8 box-to-box, c'est ma meilleure position. Après, ça dépend de ce que l'entraîneur veut de moi, mais je pense que je peux jouer à toutes les positions.
Deux fois tu as été expulsé cette saison. Qu'as-tu retenu de ces épisodes?
Je pense que le premier carton rouge, c'était surtout un manque d'expérience. Le deuxième, je dirais plutôt un manque de chance. Mais on apprend de ses erreurs et maintenant je sais ce qu'il faut faire pour ne pas prendre de cartons rouges.
En juin 2025 tu as marqué les esprits lors de ta première sélection avec la Suisse. Quel souvenir gardes-tu de ce voyage aux États-Unis?
Un très beau souvenir. C'était important parce que c'était ma première sélection, là où j'ai fait connaissance avec tous les joueurs et le staff. Je devais tout donner sur le terrain pour faire bonne impression. Un an avant la Coupe du monde, pour moi c'était vraiment parfait.
Quelques semaines plus tôt, alors que tu jouais contre le Bayer Leverkusen, Murat Yakin se trouvait dans les tribunes. Le savais-tu au moment d'entrer sur le terrain?
Oui, je le savais.
Cela t'avait ajouté une pression supplémentaire?
Non, pas du tout même. Le plus important pour moi était de gagner le match. Et si je pouvais tirer mon épingle du jeu, ça aurait été parfait. Je pense avoir réussi.
Après ton match contre les États-Unis, ton téléphone a dû exploser.
Franchement, j'ai reçu beaucoup de messages (sourire). J'ai fait un bon match, j'ai mis un but, une passe décisive et j'ai été élu homme du match.
Tu es l'un des plus jeunes joueurs de cette équipe de Suisse. C'était facile d'entrer dans cette équipe?
Quand on arrive en sélection, on ne fait pas forcément attention à l'âge des joueurs. Je m'y sens bien, je me faufile entre tout le monde. Si on est en sélection A, qu'on ait 30 ans ou 15 ans, l'âge ne joue pas de rôle. Le plus important, c'est de faire de bonnes performances et de gagner tous ensemble.
Que représente pour toi le fait de côtoyer des joueurs comme Granit Xhaka?
Je peux beaucoup apprendre d'eux. Ce sont des joueurs qui ont beaucoup d'expérience. Ils ont énormément de sélections et beaucoup de matches dans leur carrière. Il n'y a pas que Granit, il y a aussi d'autres joueurs. Je pense que je peux tirer un peu d'expérience de chacun.
Comment fais-tu pour garder les pieds sur terre malgré l'attention qui t'entoure?
Ma famille qui m'aide à garder les pieds sur terre. Et je pense aussi que je suis quelqu'un comme ça. Je suis calme sur tout et je ne me projette pas trop loin. Je sais que je suis un assez bon joueur, mais je ne me dis pas non plus que je suis le meilleur tout le temps. Le club de Freiburg aide aussi beaucoup parce que c'est vraiment un club familial qui garde les pieds sur terre.
Les rumeurs de transferts ne te perturbent pas? On entend parler du PSG, du Real Madrid ou encore du Bayern Munich.
Non. Au final, c'est quelque chose auquel je ne prête pas attention. C'est vrai que parfois on m'envoie des choses ou je peux tomber dessus, mais je garde les pieds sur terre et j'essaie de jouer mon football. Tout ce qui est extra-sportif, c'est plutôt mon agent et mon frère qui gèrent. Moi, je préfère rester sur le terrain et pouvoir exprimer mes qualités.
Quelle est ta plus grande fierté jusqu'à maintenant?
Mon but contre la Suède à Genève. C'était un grand moment, devant mes amis, ma famille, dans ma ville. C'est là où j'allais tout le temps voir les matches quand j'étais petit. Je n'ai jamais eu l'occasion d'y jouer avec Servette. Jouer ici avec la sélection pour la première foise et marquer, pour moi, c'était incroyable.
Comment étaient tes parents après la rencontre? Ont-ils lâché une larme?
Non, je ne pense pas qu'ils ont pleuré (rire). Mais ils étaient très fiers de moi.
Forcément tu espères être titulaire à la Coupe du monde.
Oui, chaque joueur veut commencer les matches. Mais ce sont les décisions du coach. Moi, j’accepte mon rôle.
Quel est ton premier souvenir d'un Mondial?
C'est la victoire de l'Allemagne en 2014. C'est la première Coupe du monde que j'ai bien suivie.
D'où ton admiration pour Manuel Neuer.
Il avait fait une très bonne Coupe du monde, oui (rire).
Tu ne te souviens donc pas de Suisse-Argentine, en 8es de finale de la compétition?
Non, je n'ai pas trop de souvenirs de la Suisse lors de ce Mondial. Mon premier vrai souvenir de la Nati date de l'Euro 2016. J'étais triste après l'élimination contre la Pologne.
Que penses-tu du groupe de la Nati, composé du Qatar, de la Bosnie et du Canada?
C'est un bon groupe. Beaucoup de monde dit qu'on est favoris, mais c'est une Coupe du monde, tout le monde joue pour son pays et donne tout pour gagner. Mais on a la qualité nécessaire pour passer la phase de groupes.
Avec quelles ambitions pars-tu à la Coupe du mondes?
Pour la gagner. Je vais donner tout ce que j'ai, et j'espère pouvoir aider l'équipe. On a un bon groupe avec beaucoup de qualités. Je pense qu'on l'a montré pendant les qualifications.
Tu es quelqu'un d'ambitieux?
Oui, c'est quelque chose de naturel. J'ai toujours eu de grands objectifs. Après, il faut maintenant se donner les moyens pour réussir. J'espère pouvoir les réussir. Peut-être que certaines personnes diront que c'est trop grand pour moi, peut-être que d'autres diront que j'ai raison de penser comme ça. Mais moi, je pense que c'est la bonne façon de penser pour aller le plus loin possible.

