Cela fait exactement dix ans que Gianni Infantino a été élu à la présidence de la Fédération internationale de football. Sa promesse, à l’époque: «Nous allons restaurer l’image de la FIFA et le respect de cette organisation dans le monde entier». Il annonçait une nouvelle ère. «Une ère où nous remettrons le football au centre et où nous pourrons nous concentrer pleinement sur ce merveilleux sport», déclarait-il lors de son élection. Dix ans plus tard, le constat s’impose: davantage de politique, davantage d’argent et une expansion sans précédent du football.
La FIFA et la politique
«Il faut séparer le sport de la politique»: telle est l’argumentation souvent avancée par des athlètes qui ne souhaitent pas s’exprimer sur ces sujets. À la FIFA, les deux sphères sont désormais étroitement liées. Gianni Infantino est devenu un proche du président américain Donald Trump. On l’a vu à ses côtés lors d’un sommet pour la paix en Égypte, durant un déplacement au Proche-Orient ou encore dans le cadre d’un nouveau conseil consacré à la paix.
Le Suisso-Italien assume cette proximité. Il n’a pas hésité à porter une casquette aux couleurs des États-Unis ni à créer un prix de la paix destiné à récompenser Donald Trump, initiative qui a suscité l’irritation bien au-delà du monde du football.
Travail de développement
Les nouveaux qualifiés pour la Coupe du monde de cet été, comme le Cap-Vert, Curaçao, la Jordanie ou l’Ouzbékistan, sont-ils le fruit d’une vaste offensive d’investissement? La FIFA répond par l’affirmative. Avec son programme Forward, l’instance affirme avoir investi plus de cinq milliards de dollars américains dans le développement du football depuis 2016. C’est sept fois plus qu’avant l’arrivée d’Infantino, alors même que les recettes n’ont pas progressé dans les mêmes proportions.
Les fédérations disposant de moyens limités, notamment en Afrique, en Asie ou en Amérique centrale et du Sud, bénéficient en priorité de ces fonds pour développer leurs infrastructures. Par ailleurs, 75 académies de talents ont été créées à travers le monde afin de promouvoir la formation et l’égalité des chances chez les jeunes joueurs.
Nouvelle compétition de clubs
Certains joueurs ont dénoncé l’alourdissement du calendrier, mais les clubs ont accueilli avec enthousiasme la nouvelle Coupe du monde des clubs. La FIFA et son président ont intégré cette compétition au calendrier international et la présentent comme un succès majeur. Le tournoi est appelé à durer.
En 2029, le nombre de participants devrait encore augmenter et l’hypothèse d’une organisation tous les deux ans circule déjà. À l’avenir, davantage de grands clubs européens pourraient être invités, tandis que les formations d’Amérique du Sud, d’Asie ou d’Afrique bénéficieraient non seulement d’une vitrine mondiale supplémentaire, mais aussi de ressources financières accrues
La plus grande Coupe du monde de l'histoire
Non seulement la Coupe du monde des clubs a été introduite et doit être élargie, mais la Coupe du monde aux États-Unis, au Mexique et au Canada sera également la plus grande et la plus longue de l'histoire avec 48 équipes nationales et 104 matches au total.
Le même modèle est envisagé pour le football féminin. À partir de 2031, 48 sélections participeront également à 104 rencontres, contre 64 aujourd’hui. Pour les fédérations, cette croissance signifie aussi davantage de revenus: lors de la Coupe du monde masculine 2026, un montant record de 727 millions de dollars américains sera distribué en primes.
Un Mondial 2022 critiqué
Bien que l’attribution de la Coupe du monde au Qatar ait eu lieu sous la présidence de Sepp Blatter, Gianni Infantino s’est retrouvé au centre des critiques durant le Mondial 2022. Il a systématiquement écarté les reproches concernant les droits humains, les polémiques autour du brassard arc-en-ciel ou encore l’interdiction de la vente d’alcool décidée à la dernière minute.
Infantino a défendu le Qatar sans réserve. En Europe occidentale, les critiques ont été vives et ont laissé des traces durables dans ses relations avec les supporters, les fédérations et les médias. Le tournoi a également marqué une évolution dans sa communication. Lancement d’un compte Instagram personnel, nouvelle image en costume et baskets blanches siglées FIFA, et tentative de discours solennel lors de l’ouverture: «Aujourd’hui, je me sens qatari. Aujourd’hui, je me sens arabe. Aujourd’hui, je me sens africain. Aujourd’hui, je me sens gay. Aujourd’hui, je me sens handicapé. Aujourd’hui, je me sens travailleur immigré».
Une première attribution controversée
Les liens d’Infantino ne se limitent pas à Donald Trump ou à l’émir du Qatar. Le président valaisan entretient également des relations étroites avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. En 2034, la Coupe du monde se déroulera en Arabie saoudite.
Un montage institutionnel a rendu cette désignation possible. Pour respecter le principe de rotation continentale après le Qatar et l’Amérique du Nord, l’édition 2030 aurait dû revenir successivement à l’Amérique du Sud, à l’Afrique et à l’Europe. En attribuant le Mondial 2030 au Maroc, au Portugal et à l’Espagne, avec des matches inauguraux en Uruguay, en Argentine et au Paraguay, l’ensemble de ces continents est inclus dans une seule édition. La voie a ainsi été dégagée pour l’Arabie saoudite en 2034, première attribution controversée sous la présidence d’Infantino.
Le football féminin en expansion
Sur ce point, le constat est largement partagé: sous la présidence d’Infantino, la FIFA a fortement accru ses investissements en faveur du football féminin. La Coupe du monde 2023 en Nouvelle-Zélande et en Australie a été présentée comme un succès et 152 millions de dollars américains ont été distribués en primes, soit dix fois plus qu’en 2015.
Selon la FIFA, 1757 projets ont été menés dans 204 fédérations depuis septembre 2020, du développement de base à la formation des entraîneurs et à l’élite. Des règlements ont également été adoptés pour protéger les joueuses en cas de grossesse, d’adoption ou de congé familial.
Progrès technologique
L’ère Infantino a aussi été marquée par l’introduction de l’innovation la plus débattue de l’histoire récente du football: l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR). Elle est aujourd’hui utilisée dans 200 compétitions réparties dans 70 pays.
Les dispositifs technologiques reposent sur des outils récents, testés et évalués en permanence. La technologie du hors-jeu semi-automatisé est en cours de développement. Plus récemment, un système de «video challenge» a été expérimenté lors de la Coupe du monde des moins de 17 ans.
Procédure pénale en Suisse
La présidence d’Infantino a également été marquée par une procédure pénale d’envergure en Suisse. La justice a enquêté pour violation du secret de fonction, abus d’autorité et incitation éventuelle à la violation du secret de fonction.
Trois rencontres entre le procureur général de la Confédération de l’époque, Michael Lauber, et le président de la FIFA, ainsi que d’autres participants, ont été examinées alors que le Ministère public de la Confédération instruisait des dossiers visant des responsables du football. Aucun des protagonistes n’a pu préciser le contenu de ces réunions, Michael Lauber a démissionné et, par la suite, les soupçons ont été levés. «C’est une victoire totale, claire et nette pour moi, pour la nouvelle FIFA et pour la système judiciaire», a déclaré Infantino après le classement de la procédure.
Départ de la Suisse?
Sous la direction de Gianni Infantino, la FIFA est régulièrement soupçonnée de s’éloigner progressivement de la Suisse, où l’organisation, fondée à Paris en 1904, est installée depuis 1932. Des bureaux ont été ouverts à l’étranger, notamment à Paris, New York ou Miami.
Le président a transféré son domicile familial à Doha, au Qatar, et il a récemment obtenu un passeport libanais. Une modification des statuts en 2024 rendrait théoriquement possible un départ du siège de Zurich, mais la FIFA a toujours démenti toute intention en ce sens. Le président de la Confédération, Guy Parmelin, a souligné qu’il était «extrêmement important» que la fédération demeure en Suisse. «C’est l’une des plus grandes organisations sportives du monde, elle représente pour notre pays davantage d’emplois, davantage de salaires et constitue un atout pour notre réputation», déclare le politicien UDC dans une vidéo diffusée par la FIFA.