Le week-end dernier, à Berne, un rassemblement pacifique contre le nettoyage ethnique en cours à Gaza a été accueilli comme il se doit: avec des canons à eau, des coups de matraques et des balles en caoutchouc, parfois tirées à bout portant. C’est qu’il n’y a pas de raison d’être tendre ici quand, là-bas, on soutient activement Israël et les exactions que commet son armée. Au moins, on ne peut pas crier à l’incohérence!
Mais c’est que le Conseil Fédéral n’a plus que cela, de la cohérence. Tout le reste, il l’a jeté par-dessus bord, et tout a coulé: humanité, décence, diplomatie, sens du réel. Tout a été sacrifié au nom d’un soutien actif, presque halluciné, au gouvernement de Benjamin Netanyahu, complicité qui s’incarne caricaturalement en la personne d’Ignazio Cassis, ministre des Affaires étrangères, et ami éternel de l’extrême droite israélienne.
Ignazio Cassis… mais aussi tous les autres
Ces dernières semaines, ce personnage a été très justement pris pour cible par toutes et celles et ceux qui, dans ce pays, se soucient encore du droit humanitaire et de la décence commune. Il a essuyé les critiques non seulement de ses opposants politiques, mais encore d’anciens conseillers fédéraux. Or, Cassis est l’arbre qui cache le génocide. Sa position personnelle est alignée sur celle du Conseil Fédéral, elle-même alignée sur l’aile la plus réactionnaire des grands partis de droite de ce pays.
Vilipendons Cassis, soit! Mais n’oublions pas les insultes outrancières lancées par certains membres du PLR contre l’UNRWA (l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens), n’oublions pas les prises de position tonitruantes de certains caciques de l’UDC, qui donnaient l’impression de jouir des photos d’Arabes morts qu’ils découvraient sur leur écran, avec cette jubilation goguenarde qui leur tient si souvent lieu de programme politique, et qui trouve un écho favorable chez presque un quart de nos concitoyens. Ce sont bel et bien sur ces thuriféraires des massacres que le Conseil fédéral, et non le seul Cassis, a choisi de s’aligner.
Les manifestantes et les manifestants ne s’y sont pas trompés, à Berne, samedi dernier, qui ont exigé que la Suisse clarifie enfin sa position, sous les jets d’eau et les tirs de balles en caoutchouc. Pendant ce temps, Israël continue de commettre des crimes de guerre, aucun nouvel otage n’a été libéré, la population palestinienne est affamée et l’armée occupera bientôt toute la bande de Gaza, en violation du droit international. Cela s’appelle un nettoyage ethnique. Et le Conseil fédéral en est le hideux complice.