Un commentaire d'Antoine Hürlimann
Le PLR rampe devant Dieu Broulis

Pascal Broulis bénéficie d’une étonnante indulgence dans le fiasco du bouclier fiscal, estime notre journaliste Antoine Hürlimann. Ses camarades libéraux-radicaux auraient tout intérêt à retrouver leur esprit critique.
Pascal Broulis bénéficie d’une étonnante indulgence dans le fiasco du bouclier fiscal, estime notre journaliste Antoine Hürlimann.
Antoine Hürlimann - Responsable de l'actualité L'illustré
Antoine HürlimannResponsable de l'actualité de L'illustré

202 millions de francs. Dans le canton de Vaud, c’est désormais l’ordre de grandeur du manque à gagner lié à la mauvaise application du bouclier fiscal entre 2009 et 2021.

202 millions. Dans n’importe quel autre dossier, un tel chiffre aurait déclenché des excuses, des enquêtes politiques, des prises de distance immédiates. Ici, il provoque surtout des contorsions lexicales et des relativisations à peine croyables.

La présidente du Parti libéral-radical (PLR) vaudois Florence Bettschart-Narbel parle d’une «faible somme» au regard de ce que le canton aurait pu perdre si les fortunes chouchoutées étaient parties sous des cieux encore moins attachés à la bonne redistribution des richesses. Pascal Broulis, drapé dans son costume de sénateur sur le plateau d'Infrarouge, se dit quant à lui «très content du travail».

Une immunité de fait

On touche à quelque chose de plus révélateur que le dossier lui-même: une forme d’immunité politique de fait. Et déjà une première contradiction apparaît. Le PLR, qui revendique la discipline des comptes publics, ne retrouve plus ses lunettes dès lors que les chiffres concernent l’un des siens.

La question n’est plus seulement technique. Comment un ancien ministre des Finances peut-il tranquillement s’asseoir sur un tel fiasco sans qu’aucune figure de son camp n’ose bouger une oreille? Comment ce même parti peut-il banaliser un tel manque à gagner lorsqu’il touche l’un de ses piliers?

A ce stade, une hypothèse s’impose, même si elle dérange. Le PLR craint-il Pascal Broulis? Ou plutôt: craint-il ce que deviendrait le mythe savamment entretenu de ses années au pouvoir si l’on cessait enfin de le protéger?

La protection au détriment de la cohérence

Car une deuxième contradiction apparaît. Plus les faits s’accumulent, plus la réaction politique glisse du terrain de l’évaluation vers celui de la loyauté. Comme si le bilan devenait secondaire dès lors qu’il risque d’ébranler une figure centrale du parti. 

On touche alors à quelque chose de plus large que ce cas précis: une solidarité d’appareil qui ressemble de moins en moins à une posture cohérente et de plus en plus à un réflexe de protection.

Car les faits, eux, ne bougent pas. Et plus ils s’accumulent, plus le crédit public s’abîme face à une fidélité interne extrême aux allures de soumission. Cette confiance, essentielle en démocratie, repose sur une exigence simple: aucun bilan, aussi prestigieux soit-il, ne devrait échapper au jugement critique. Pas même celui de Pascal Broulis.

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