Par Antoine Hürlimann
Le problème n’est pas le service civil, c’est l’armée

Alors que Berne cherche à freiner l’attrait du service civil, le débat actuel passe à côté de l'essentiel, estime notre journaliste Antoine Hürlimann. L’armée peine à séduire, et c’est cette réalité qui devrait être au cœur des réformes.
La réforme du service civil passe à côté de l'essentiel, car c'est l'armée qui peine à séduire.
Photo: Blick
Antoine Hürlimann - Responsable de l'actualité L'illustré
Antoine HürlimannResponsable de l'actualité de L'illustré

L’armée est nécessaire. Dans un contexte international tendu, sa légitimité n’est pas en débat. Le service militaire conserve tout son sens. Ce qui interroge, c’est la manière choisie pour le renforcer.

Le Conseil fédéral et le Parlement ont opté pour une solution de facilité: rendre le service civil moins attractif. Face à l’augmentation du nombre de personnes qui s’y engagent, leur réponse consiste à en diminuer l’attrait.

Une telle logique paraît intellectuellement paresseuse. Lorsqu’un système peine à convaincre, la réponse attendue est plutôt de le réformer afin qu’il donne de bonnes raisons d’y entrer et d’y rester. Or le réflexe des autorités est inverse. Au lieu de se demander pourquoi toujours davantage de citoyens privilégient une autre approche, on complique cette alternative. Comme si le problème venait du choix lui-même, et absolument pas de la nature de ce qui est proposé.

Rendre l’armée plus sexy

Officiellement, l’armée est la règle et le service civil l’exception. Dans les faits, beaucoup jugent ce dernier plus cohérent, plus concret et parfois plus utile pour leur quotidien comme pour leur carrière. Au lieu d’en tirer les conséquences, on serre la vis. On pourrait pourtant moderniser la formation militaire et ses barbants cours de répétition, mieux reconnaître les compétences acquises, renforcer les passerelles vers la vie professionnelle ou carrément imaginer offrir des avantages tangibles à celles et ceux qui accomplissent leur service sous l’uniforme. Bref, rendre l’armée plus séduisante.

Cela supposerait d’agir sur l’offre et non pas sur la concurrence. Car la vraie question est simple: pourquoi une partie des astreints choisit-elle le service civil plutôt que l’armée? La réforme proposée ce 14 juin la contourne et passe à côté de l’essentiel. Une armée solide ne s’impose pas en réduisant les options. Elle s’impose parce qu’elle apparaît comme la voie la plus utile, la plus crédible et la plus convaincante. En évitant toute remise en question de fond, Berne se trompe de combat.

Articles les plus lus