La scène fait froid dans le dos et ne doit plus jamais se reproduire. «Vous avez tué mon fils. Mon fils, il est où? Vous êtes des monstres.» A quelques centimètres des visages apeurés de Jessica et Jacques Moretti, une mère les invective. D'autres parents de victimes l'imitent. Comment ces crieurs ont-ils pu s’approcher aussi près des prévenus du drame de Crans-Montana? Que se serait-il passé si l’un d’eux, malintentionné, avait brandi une arme ce jeudi 12 février?
L’arrivée des tenanciers du bar «Le Constellation» au campus Energypolis, à Sion, où Jessica Moretti avait rendez-vous pour être auditionnée, s’est donc faite sous une pluie d'insultes et l'altercation aurait pu très mal tourner. Des proches des victimes du dramatique incendie du 1er janvier attendaient de pied ferme les patrons de l’établissement dans lequel 41 personnes sont décédées et 115 autres ont été blessées.
Préserver l'Etat de droit
Il ne s’agit pas de remettre en question la douleur de ces familles. Leur peine est immense et le comportement du Ministère public valaisan, visiblement dépassé par les événements, jette du sel sur leurs plaies béantes. Les personnes meurtries dans leur chair doivent pouvoir exprimer leurs tourments, y compris de la façon la plus vive qui soit. Mais l’Etat doit garantir la sécurité des époux Moretti qui, rappelons-le, sont présumés innocents et ne se soustraient pas à la justice.
Malheureusement, les pouvoirs publics n’ont pas été à la hauteur. Avec pour seuls boucliers deux sympathiques agents de police, le couple – également encadré par ses avocats (et gardes du corps de fortune) Nicola Meier et Yaël Hayat – n’aurait rien pu faire si certains individus menaçants avaient décidé de commettre l’irréparable.
Protéger les Moretti de la vindicte populaire, c’est préserver notre bien commun le plus précieux: l’Etat de droit. C’est par ailleurs permettre un procès qui lèvera, espérons-le, toutes les zones d’ombre quant à la chaîne de responsabilités ayant conduit à l’horreur. Pour que lumière soit faite, les Moretti doivent rester en vie. Aux autorités, qui n’ont pas réussi à empêcher la tragédie de Nouvel An, d'éviter d’avoir une nouvelle fois du sang sur les mains.