Débat relancé au Parlement
L'UDC propose d'exclure les jeunes filles portant le hijab à l'école

L’UDC relance le débat sur le voile à l’école avec une motion visant à interdire le hijab aux filles de moins de 16 ans. Le texte de Therese Schläpfer prévoit sanctions, voire exclusion, et pourrait réunir une majorité avec des soutiens au centre et au PLR.
L'UDC remet le débat du voile à l'école sur la table du Parlement alors que les positions se durcissent en Suisse alémanique.
Photo: Daniel Bockwoldt
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ATS Agence télégraphique suisse

L'UDC remet l'interdiction du voile à l'école sur la table du Parlement. Elle a lancé une salve de motions pour interdire le port du hijab aux jeunes filles de moins de 16 ans. L'une d'elles, soutenue par plusieurs PLR et centristes, pourrait réunir une majorité.

Le texte de la conseillère nationale Therese Schläpfer (UDC/ZH) prévoit d'interdire le port du voile aux élèves durant les cours, les pauses et les activités scolaires obligatoires. Si les jeunes filles de moins de 16 ans ne respectent pas cette règle, elles pourraient se voir expulsées de l'école ou mises à l'amende. La députée évoque même le retrait du droit de séjour des parents s'ils ne sont pas de nationalité suisse.

Le texte vise spécifiquement les écolières musulmanes. Des exceptions sont prévues pour la croix chrétienne et la kippa juive. La parlementaire UDC relance un débat qui s'est intensifié dernièrement en Suisse alémanique. Le gouvernement zurichois a récemment soutenu une motion visant le même objectif.

A Saint-Gall, l'UDC a déposé l'été dernier une pétition pour interdire le voile aux professeurs suite à l'annulation du contrat d'une enseignante. Des parents avaient jugé inacceptable qu'elle porte le hijab en classe. Au Parlement suisse, l'idée de Therese Schläpfer séduit au-delà de l'UDC. Plusieurs députés centristes et PLR ont cosigné son texte.

De Quattro et Mahaim s'en mêlent

Cette discussion est «légitime», a déclaré la conseillère nationale Jacqueline de Quattro (PLR/VD) à Keystone-ATS. La Vaudoise s'inquiète que les jeunes filles portant le voile ne se retrouvent sexuées malgré elles. Or, jusqu'à 16 ans, âge de la majorité sexuelle, elles sont protégées par la loi, a-t-elle indiqué.

Le centriste Martin Candinas (Centre/GR) craint que des «points de vue extrêmes» ne prennent le pas en Suisse si le pays n'agit pas à temps. «On peut vivre sa religion comme on le veut, mais il faut suivre les règles du pays», a-t-il dit. Le Grison estime aussi qu'une telle interdiction éviterait la discrimination entre les enfants. «Il ne faut pas oublier qu'ils peuvent être très méchants entre eux», a-t-il précisé.

L'élu du Centre risque bien d'être suivi par plusieurs collègues de parti lors des débats. Le PLR sera certainement davantage partagé. La gauche est, elle, opposée. Un tel texte est «lourdement contre-productif», a déclaré le conseiller national Raphaël Mahaim (Vert-e-s/VD). Les débats ne sont pas attendus avant juin.

Une mesure anticonstitutionnelle

Le gouvernement, déjà plusieurs fois interpellé sur le sujet, garde la même ligne: une telle mesure serait anticonstitutionnelle. Elle va à l'encontre de la liberté de religion et touche directement la liberté personnelle ainsi que la sphère privée, écrit le Conseil fédéral dans sa prise de position.

Interdire le port d'un vêtement à travers une loi n'est jamais une bonne idée, a réagi Amir Dziri, directeur du Centre Suisse Islam et Société de l'Université de Fribourg. Il voit dans une telle mesure un profilage politique. Elle va créer des clivages, sans convaincre les personnes concernées.

D'autant que ce genre de loi peut facilement être contourné avec l'école à la maison ou dans un établissement privé. Et au final, les élèves se retrouvent plus isolées qu'incluses dans la société, a souligné le professeur d'études islamiques. Il déplore que des décisions soient prises à la place des premières concernées. Les raisons de porter le voile étant très diverses.

L'instrumentalisation patriarcale du voile doit être discutée dans un débat substantiel et pédagogique, mais une interdiction n'atteindra jamais cet objectif, estime le spécialiste. «Je me demande d'ailleurs si, dans un monde sans hommes, le voile serait toujours un tel sujet à débat», a-t-il fait remarquer.

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