«Pas de Suisse à 10 millions!»
Beat Jans lance la bataille contre l'UDC, avec un soutien considérable

Le Conseil fédéral lance sa campagne contre l’initiative UDC «Pas de Suisse à 10 millions!». Le gouvernement avertit qu’elle menace la voie bilatérale et accentue les incertitudes.
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Le conseiller fédéral Beat Jans a lancé la campagne du non à l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions!».
Photo: keystone-sda.ch
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ATS Agence télégraphique suisse

Le conseiller fédéral Beat Jans, des représentants cantonaux et des partenaires sociaux, ont lancé lundi la campagne du gouvernement contre l'initiative de l'UDC «Pas de Suisse à 10 millions!». Ce texte remet en cause la voie bilatérale avec l'UE.

Le Conseil fédéral et le Parlement rejettent l’initiative populaire «Pas de Suisse à 10 millions!», qui sera soumise au vote populaire le 14 juin, a rappelé le conseiller fédéral Beat Jans lundi devant la presse à Berne. Elle crée davantage d’incertitude en ces temps déjà compliqués, a-t-il poursuivi.

Le ministre de la justice a mis en garde contre ses conséquences pour les relations entre la Suisse et l’Union européenne. «L’initiative remet en cause la voie bilatérale dans son ensemble», a-t-il déclaré. Soumise au vote le 14 juin, l’initiative exige que la population résidante permanente de la Suisse ne dépasse pas 10 millions d’habitants d’ici 2050. Pour atteindre cet objectif, elle prévoit notamment des mesures pouvant aller jusqu’à la dénonciation de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE.

Selon le gouvernement, un tel scénario aurait des répercussions économiques importantes. «La fin des accords bilatéraux I entraînerait des pertes de revenus de plusieurs milliards de francs pour l’économie suisse», a-t-il averti. Les cantons et les partenaires sociaux ont également exprimé leurs inquiétudes. Ils ont prévenu que les entreprises, les hôpitaux, les EMS et d’autres établissements publics pourraient avoir davantage de difficultés à recruter du personnel en provenance de l’UE et de l’AELE.

Pénurie de personnel

«La pénurie de personnel toucherait en premier lieu les régions rurales», ont-ils souligné. Selon eux, les formalités administratives pourraient compliquer l’engagement rapide de travailleurs étrangers lorsque le marché du travail en a besoin. Les opposants ont aussi évoqué les conséquences possibles pour la sécurité. La participation de la Suisse aux accords de Schengen et Dublin pourrait être menacée, ce qui compliquerait la coopération policière européenne.

«Sans accès aux bases de données de l’UE, la lutte contre la criminalité et le terrorisme serait plus difficile», a averti Beat Jans. Il a estimé qu’une telle évolution affaiblirait la sécurité intérieure du pays. Le Conseil fédéral entend plutôt répondre aux défis de la croissance démographique avec des mesures ciblées. «Nous devons gérer la croissance, pas mettre en péril la prospérité et la stabilité du pays», a affirmé le conseiller fédéral.

L'ère du «papy-boom»

Le président de l’Union syndicale suisse (USS), Pierre-Yves Maillard, a également appelé à rejeter l’initiative. Selon lui, le projet intervient à un moment particulièrement délicat sur le plan démographique.

«Nous sommes confrontés aujourd’hui à un ‘papy-boom’, avec l’arrivée à la retraite des générations nées dans les années 1950 et 1960», a-t-il expliqué. «C’est justement le moment où nous avons besoin de jeunes forces de travail pour porter ce choc démographique.»

Le syndicaliste a aussi mis en garde contre les conséquences pour les assurances sociales. «Si l’immigration recule fortement, l’impact sur les rentes de retraite sera évident», a-t-il estimé.

Impact sur le 2e pilier

Selon les calculs des syndicats, les prestations du deuxième pilier pourraient être affectées. «Le risque se monte à environ 2000 francs par an pour les rentes si les objectifs de l’initiative étaient atteints», a-t-il affirmé. Il a également rappelé que la population étrangère contribue largement au financement des assurances sociales. «Les étrangers cotisent davantage qu’ils ne reçoivent en rentes», a-t-il souligné.

Pierre-Yves Maillard a enfin averti que l’initiative pourrait fragiliser les mécanismes de protection des salaires liés aux accords bilatéraux. «Le risque serait d’avoir non pas moins d’immigration, mais une immigration sans droits, avec des statuts précaires et une pression accrue sur les salaires.»

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