Ses avocats dénoncent «un coupable idéal»
Procès hors norme en France: un médecin accusé de 30 empoisonnements de patients

Un anesthésiste-réanimateur français est accusé de 30 empoisonnements de patients, dont 12 mortels. Le procès de Frédéric Péchier, qui plaide son innocence, débutera le 8 septembre à Besançon, dans une affaire sans précédent en France.
Publié: 09:36 heures
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Frédéric Péchier, 53 ans, comparaîtra libre et encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Photo: AFP
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Médecin brillant injustement accusé ou tueur en série au mobile énigmatique? Un anesthésiste-réanimateur poursuivi pour 30 empoisonnements de patients lors d'opérations, dont 12 mortels, s'apprête à être jugé en France lors d'un procès fleuve.

Plus de trois mois d'audiences prévues, 55 avocats de victimes, 150 parties civiles… L'affaire pour laquelle va comparaître Frédéric Péchier devant la cour d'assises du Doubs à Besancon (est) à partir du 8 septembre est présentée comme «sans équivalent dans les annales judiciaires françaises» par le procureur Etienne Manteaux lors de sa demande de renvoi. «Ce qui lui est reproché, c'est d'avoir empoisonné des patients en bonne santé», selon le magistrat, qui insiste que les faits n'avaient «rien à voir avec des euthanasies».

Placé sous contrôle judiciaire depuis le début de l'affaire, Frédéric Péchier, 53 ans, comparaîtra libre et encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il n'a jamais cessé de plaider son innocence et ses avocats comptent demander son acquittement.

Les 30 victimes, dont il est soupçonné d'avoir pollué les poches de perfusion lors d'opérations, étaient âgées de 4 à 89 ans au moment des faits, qui se sont produits entre 2008 et 2017 dans deux cliniques privées de Besançon.

Frédéric Péchier, le «dénominateur commun»

L'affaire a débuté en janvier 2017, après l'arrêt cardiaque suspect d'une femme de 36 ans en cours d'opération. Une dose potentiellement létale de potassium avait été découverte dans une poche de soluté utilisée pour son anesthésie. Rapidement suspecté, le docteur Péchier est interpellé et mis en examen deux mois plus tard. Après avoir étudié pendant sept ans plus de 70 problèmes importants et inattendus survenus lors d'actes médicaux, les enquêteurs ont retenus 30 cas de patients victimes d'un arrêt cardiaque en pleine intervention chirurgicale. Douze n'ont pas survécu malgré les tentatives de réanimation.

Pour l'accusation, Frédéric Péchier est le «dénominateur commun» entre tous les cas. Son mode opératoire aurait été d'introduire discrètement du potassium ou des anesthésiques locaux dans des poches de solutés de réhydratation ou de paracétamol utilisées pour des opérations, à des doses potentiellement létales.

Quant à son mobile, il reste flou. Les enquêteurs ont évoqué l'hypothèse d'un «pompier-pyromane» qui empoisonnerait des patients de ses collègues pour les réanimer et démontrer ses talents. Autres scénarios envisagés: une volonté de nuire à des collègues avec qui il était en conflit, ou encore une recherche d'adrénaline de la part d'un médecin qui s'ennuyait dans son travail.

Ses avocats dénoncent «un coupable idéal»

Ce père de trois enfants, lui-même fils d'un anesthésiste et d'une infirmière, marié à une cardiologue, bénéficiait avant l'affaire d'une réputation flatteuse, décrit comme compétent, passionné et consciencieux. Au point d'être toujours le premier à la clinique le matin - ce qui lui aurait permis, selon les enquêteurs, de polluer les poches sans être vu. Il présentait cependant des troubles dépressifs et certains confrères voient en lui un homme arrogant, voire manipulateur.

Les victimes «attendent beaucoup de l'éclairage judiciaire de ce dossier», relève l'un de leurs avocats Frédéric Berna, sceptique sur de possibles «explications sincères et loyales du docteur Péchier». «Ce sont des empoisonnements, purement gratuits, de victimes qui n'ont rien à voir avec lui, qui n'ont jamais rien fait», insiste l'avocat, qui évoque un «dossier vertigineux» de par «son ampleur, sa durée et sa complexité technique».

La défense conteste au contraire la réalité de la plupart des empoisonnements, Frédéric Péchier soutenant que la majorité des cas retenus résultaient «d'erreurs médicales» de ses collègues. Ses avocats dénoncent «un coupable idéal, créé par l'accusation, mais quand on regarde point par point, ça ne tient pas et nous allons le démontrer à l'audience». Frédéric Péchier «est le plus combatif possible» et «il a la ferme intention de démontrer son innocence dans cette affaire», assurent-ils à l'AFP.

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