Elle a été psychomotricienne et propose des consultations de sexologie, lui est un ancien gendarme, complotiste, qui relaie des publications antisémites: voici ce que l'on sait sur Marine R. et son compagnon Marc B., soupçonnés d'avoir abandonné au bord d'une route du Portugal les deux petits garçons de cette femme résidant à Colmar.
La mère et son compagnon sont arrivés vendredi en fin de journée au tribunal de Setubal, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Lisbonne, non loin du lieu où les deux enfants de 4 et 5 ans ont été retrouvés mardi, en pleurs, assis au bord d'une route.
Une mère «discrète»
Sur les réseaux sociaux, Marine R., 41 ans, se présente comme «sexologue spécialisée en pratiques corporelles, dynamique développementale et soins spécifiques des traumatismes». «J'aide les femmes et les hommes à s'épanouir sexuellement. A ton rythme, même si tu es traumatisé.e», précise-t-elle sur son profil LinkedIn. Celle qui a également été psychomotricienne – elle a exercé à Troyes (nord-est de la France) de 2014 à 2022 – dit pouvoir s'adresser aussi aux «enfants et adolescents qui en auraient besoin» s'ils sont «accompagnés par un parent».
La disparition de la quadragénaire a été signalée le 11 juin par sa famille. Elle «n'était pas chez elle, n'avait pas de raison de pas y être, et n'a prévenu personne», a retracé le procureur de Colmar (nord-est), Jean Richert. L'enquête a établi qu'elle était partie en voiture. «On a pu resserrer sa localisation, successivement dans le sud de la France, en Espagne et au Portugal, mais sans pouvoir entrer en contact avec elle», a raconté le magistrat
Le père des enfants, qui selon la justice portugaise, dispose «d'un droit de visite limité et supervisé», a déposé plainte pour soustraction de mineurs: «Il est comme tout le monde, il ne comprend pas», selon Jean Richert. Selon le maire de la ville, Eric Straumann, Marine R. s'était installée en Alsace assez récemment. Elle avait un emploi «dans le milieu hospitalier», selon l'édile qui évoque des «gens très discrets», «plutôt CSP+», «de bon niveau intellectuel».
Domiciliée à Colmar, dans un vieil immeuble en plein centre-ville, elle élevait seule ses enfants. L'un fréquentait une crèche municipale, l'autre une école maternelle publique, a précisé le maire. Selon Eric Straumann, «aucun signal particulier» n'a pu attirer l'attention des services sociaux sur cette mère. «On n'était pas du tout en présence d'une famille qui avait des difficultés sociales majeures, en tout cas ce n'était pas visible par les équipes éducatives», a dit l'édile vendredi aux nombreux journalistes présents à Colmar – dont certains venus du Portugal – pour rendre compte de cette affaire.
Ancien gendarme complotiste et antisémite
Son actuel compagnon, Marc B., 55 ans, est un ancien adjudant, qui a quitté la gendarmerie à sa demande en 2010, selon une source proche du dossier, et se décrit lui-même sur sa page Facebook comme un «esclave affranchi du ministère de la Défonse» (sic).
Le quinquagénaire, qui a vécu dans les Pyrénées-Orientales (sud), notamment à Perpignan, est connu des services de police pour des faits allant de violences sur conjoint à des menaces, en passant par la réitération de messages malveillants, selon cette source.
Privé de la garde de sa fille, il se présente sur les réseaux sociaux et dans un livre auto-édité comme la victime d'un «système» et d'«individus en robe noire se prétendant juges». Sur son compte Facebook, dont la dernière publication remonte à fin mars, il alterne publications antisémites et complotistes, lançant à de nombreuses reprises: «Vibrez haut!», ou encore «Seuls les JUSTES survivront et verront le Nouveau MONDE!!!».
A son arrivée vendredi au tribunal de Setubal, il est sorti du fourgon des forces de l'ordre en criant à deux reprises «je vous aime!», tandis que sa compagne chantait une mélodie. En quittant le tribunal peu après minuit samedi, il a crié «Armageddon!» à plusieurs reprises depuis le fourgon.